Samedi 15 août 2020

TEMOIGNAGE – Princesse Sylvia Sisowath, quelque part entre Phnom Penh et Paris

Par Lepetitjournal Cambodge | Publié le 31/03/2011 à 00:00 | Mis à jour le 14/11/2012 à 11:30

A l'occasion de la reprise des vols entre Paris et Phnom Penh, la Princesse Sylvia Sisowath, ancienne hôtesse, offre un témoignage touchant de l'époque où les premiers vols entre les deux villes ont démarré. Elle se souvient?

Bien qu'elle soit née au Cambodge, la Princesse Sylvia Sisowath a vécu son enfance en région parisienne. A l'âge de 12 ans, elle rentre au pays, dans son pays, mais un pays qu'elle ne connait pas. L'adaptation à sa nouvelle vie, une vie de princesse, n'est pas chose facile. Elle fréquente le lycée français Descartes, mais ne rêve que d'une chose : pouvoir être un jour hôtesse de l'air.

1973, année de ses 18 ans, son rêve va peut-être devenir réalité ! Alors que partout en ville des affiches d'Air Cambodge annonçant le recrutement d'un équipage pour la nouvelle ligne Paris-Phnom Penh sont placardées, elle tente sa chance ! Après tout, pourquoi pas elle ? Elle se lance donc et participe au concours. Il se déroule dans les locaux de l'Institut de Technologie du Cambodge. L'amphithéâtre est plein à craquer. Près de 2.000 personnes se présentent aux épreuves écrites, se souvient-elle. Les candidats ont une épreuve de khmer obligatoire et, au choix, une épreuve de français ou d'anglais. A l'issu de l'écrit, il ne restera qu'une centaine de candidats. Les résultats tombent. Sylvia est admise à l'oral ! A l'issu de cet examen, seulement vingt personnes seront retenues pour faire partie du personnel navigant, alors, la concurrence est rude. Elle passe cette deuxième étape avec succès, et le rêve devient réalité ! La formation de personnel navigant va durer un mois. Ça sera intensif !


Destination Phnom Penh

Deux instructeurs d'UTA (ancienne compagnie nationale française) font le déplacement à Phnom Penh pour former la nouvelle équipe. Les bureaux d'Air Cambodge sont transformés en cabine d'avion, afin d'apprendre la façon de se déplacer dans les allées, de faire le service, de préparer les cocktails, etc? Tous les matins, la piscine du cercle sportif (actuelle ambassade des Etats-Unis) est réquisitionnée pour les cours de sauvetage. De plus, des cours d'élégance sont dispensés par la ministre du Tourisme de l'époque en personne. Elle sera aussi la designer de la tenue de l'équipage : un chemisier blanc, avec surpiqûres assorti à une jupe traditionnelle vert feuille.
Une fois la formation terminée, le premier équipage est prêt à décoller. Deux hôtesses embarquent à bord du vol Phnom Penh-Paris, assuré en partenariat avec Air France ou UTA. Selon la compagnie partenaire, l'escale se fait à Karachi, Téhéran, Nouméa ou Colombo. Ainsi, une hôtesse assure la première partie du vol pendant que la seconde prend place à bord de l'avion habillée en civil, et à l'escale, les rôles s'échangent ; alors que le personnel navigant d'Air France ou d'UTA descend pour qu'une nouvelle équipe prenne place. Le temps de repos à Paris est de courte durée, seulement 2 à 4 jours, et il faut déjà repartir pour Phnom Penh. Avec cette rotation, les hôtesses embarquent en moyenne une à deux fois par mois sur ce vol.

Malheureusement, les évènements de 1974 obligent la compagnie à stopper les vols avec la France. Au grand regret de Sylvia, pour qui le rêve de petite fille prend fin. Air France lui proposera plus tard un poste d'hôtesse au sol, qu'elle refusera. Puis elle partagera sa vie entre le Cambodge et la France, pays pour lesquels elle a un profond attachement, avant de s'installer définitivement au Cambodge en 2006, après avoir fait le trajet Paris-Phnom Penh non pas en avion, mais en voiture !

Alors que le vol inaugural d'Air France se posera sur la piste de Pochentong cet après midi, Sylvia n'exprime qu'un seul regret, que la compagnie Air Cambodge n'existe plus pour ce nouveau départ.

Anaé Pinel (www.lepetitjournal.com/cambodge.html) jeudi 31 mars 2011

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