Face à l’afflux de demandes aux affrontements, la Banque nationale du Cambodge donne la priorité aux soldats pour les allègements de dettes, appelant les familles déplacées à la compréhension.


Des retards liés à l’afflux de demandes
Les soldats engagés en première ligne dans les affrontements frontaliers bénéficieront d’une priorité dans l’octroi des aides financières, a indiqué la Banque nationale du Cambodge (NBC). L’institution appelle à la compréhension des familles déplacées, confrontées à des retards dans le traitement de leurs dossiers.
Selon la NBC, ces délais s’expliquent par l’augmentation soudaine des demandes d’allègement de dettes déposées auprès des banques et des institutions financières par les personnes affectées par le conflit.
« Afin d’encourager les soldats en première ligne qui ont accompli leur mission de protection de l’intégrité territoriale du pays, la Banque nationale du Cambodge demande respectueusement la compréhension des familles déplacées, une priorité étant accordée aux soldats engagés sur le front », précise le communiqué.
Des mesures annoncées dès le 10 décembre
L’allègement des charges financières s’inscrit dans le cadre des mesures publiées le 10 décembre en soutien aux familles touchées par les affrontements.
Le porte-parole de la Cambodia Microfinance Association (CMA), Kaing Tongngy, a assuré que les déplacés continuaient de bénéficier d’un traitement préférentiel, même si leurs demandes n’avaient pas encore été finalisées.
« Pour déterminer leur éligibilité, ils peuvent contacter leurs agents de crédit et déposer officiellement leur dossier ultérieurement, une fois qu’ils seront en mesure de rentrer chez eux en toute sécurité », a-t-il expliqué.
Le nombre exact de familles déplacées et de soldats ayant sollicité ou reçu une aide financière n’a pas été communiqué. Les autorités étudient encore la possibilité de rendre ces données publiques, a ajouté Kaing Tongngy.
Engagement des institutions financières
Le 10 décembre, la CMA et l’Association of Banks in Cambodia (ABC) ont réaffirmé leur engagement à soutenir les personnes affectées par le conflit, en mettant l’accent sur l’aide financière, l’assistance humanitaire et la solidarité nationale.
Cette position fait écho à l’appel lancé le même jour par la NBC aux banques et institutions financières afin d’alléger les charges pesant sur les communautés touchées.
Allègements spécifiques pour les soldats
La NBC a notamment exhorté les établissements financiers à annuler les dettes allant jusqu’à 10 millions de riels (environ 2 500 dollars) pour les soldats blessés durant les affrontements, et jusqu’à 80 millions de riels (environ 20 000 dollars) pour les soldats décédés ou leurs co-emprunteurs.
Elle a également recommandé d’exonérer les soldats en première ligne de l’ensemble des frais et pénalités de crédit pendant six mois, jusqu’au 31 mai, de supprimer les intérêts et de suspendre le remboursement du principal sur la même période. Les institutions sont tenues de ne pas capitaliser les intérêts sur le capital restant dû.
Soutien aux civils déplacés
Pour les civils déplacés, la NBC encourage les établissements financiers à accorder un soutien préférentiel, incluant l’exonération de tous les frais et pénalités liés aux crédits jusqu’au 31 mars. Elle recommande également la suppression des intérêts et la suspension du remboursement du principal jusqu’à cette date.
Le poids de crédit
Au Cambodge, le niveau d’endettement des ménages apparaît modéré au regard des indicateurs macroéconomiques, mais il masque de fortes vulnérabilités sociales. Selon les données compilées par CEIC Data, la dette des ménages représentait environ 27,2 % du produit intérieur brut en 2024, en léger recul par rapport à 2023 (28,6 %). Ce ratio reste inférieur à celui observé dans de nombreux pays émergents ou développés. Toutefois, cette approche globale ne reflète pas la réalité vécue par une partie importante de la population, notamment en milieu rural.
En effet, l’endettement des ménages cambodgiens repose très largement sur le microcrédit, dont le poids est exceptionnel à l’échelle mondiale. D’après plusieurs rapports de Human Rights Watch, plus de 3,8 millions de ménages détiennent des prêts de microfinance, pour un encours total dépassant 18 milliards de dollars. Le montant moyen des prêts est souvent supérieur aux revenus annuels des emprunteurs, exposant certains foyers à des situations de surendettement, avec des conséquences documentées telles que la vente de terres, la réduction des dépenses alimentaires ou le retrait des enfants de l’école. Des études relayées par la Banque mondiale et Microfinance Opportunities soulignent également qu’une part significative des ménages emprunteurs consacre plus de 75 % de leurs revenus au remboursement de leurs dettes, un seuil considéré comme critique.
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