Plus de 67 000 détenus pour des places bien plus rares : au Cambodge, la surpopulation carcérale atteint un point critique et inquiète les ONG.


PHNOM PENH — Les prisons cambodgiennes détiennent aujourd'hui bien plus de détenus qu'elles ne peuvent en contenir, plaçant les autorités face à une pression croissante liée à l'augmentation des arrestations pour trafic de drogue, escroqueries en ligne, violences de gangs et autres infractions.
Selon Chhorn Sanath, directeur général du Département général des prisons, le pays compte désormais 67 677 détenus, dont 4 530 femmes et 3 047 mineurs. Plus de 60 000 sont déjà condamnés, tandis que les autres sont en détention provisoire.
51 % des personnes incarcérées sont liées au trafic de drogue. À cela s'ajoutent 2 554 personnes liées à des escroqueries en ligne et 3 010 impliquées dans des affaires de gangs.
Des prisons largement au-delà de leur capacité
Cela met le système pénitentiaire sous tension. Selon Chhorn Sanath, les 147 établissements du pays offrent un espace moyen d'environ 1,05 mètre carré par détenu.
« Si l'on compare les plus de 67 000 prisonniers à la capacité totale des infrastructures, cela montre que nous faisons face à une surpopulation grave dans les centres correctionnels », selon Chhorn Sanath.
Le manque d'espace complique la gestion des détenus. Les autorités peinent à séparer les prisonniers selon la gravité de leurs crimes ou leur niveau de dangerosité. L'isolement des personnes atteintes de maladies infectieuses devient également difficile.
Des conséquences humaines et sécuritaires
Cette promiscuité entraîne des effets préoccupants sur les détenus.
« À ce stade, certains détenus ont des pensées suicidaires, envisagent de s'évader ou ressentent le besoin de protester ou de provoquer des émeutes », selon Chhorn Sanath.
Les détenus considérés comme à risque élevé chercheraient également à poursuivre des activités criminelles ou à s'échapper pendant leur incarcération.
La situation pèse aussi sur le personnel pénitentiaire, contraint de superviser un nombre croissant de détenus avec des moyens limités. Les recommandations de l'ASEAN suggèrent six à dix agents pour 20 à 25 détenus, tandis que les normes des Nations unies prévoient 3 à 4 m² par prisonnier.
Chhorn Sanath appelle également à renforcer les services de santé en prison et à développer les formations professionnelles, avec le soutien des institutions publiques et des organisations partenaires.
Une pression appelée à s'intensifier
Près de 5 000 personnes ont été arrêtées dans le pays au cours du premier semestre 2026. Si cette tendance se poursuit, la population carcérale pourrait atteindre environ 85 000 détenus d'ici fin 2028.
Pour faire face, le ministère de la Justice envisage de transformer un bâtiment anciennement lié à des activités d'escroquerie en ligne, situé dans la province de Prey Veng, en centre d'éducation correctionnelle.
Les ONG appellent à repenser le système
Les organisations de défense des droits humains estiment que la construction de nouvelles prisons ne suffira pas à résoudre le problème.
Am Sam Ath, directeur de la division de surveillance et de protection des droits humains à LICADHO, indique avoir constaté des conditions similaires lors de ses visites.
« Les prisons surpeuplées créent frustration et tensions parmi les détenus, augmentant les risques de violences », selon Am Sam Ath.
Selon lui, cette situation reflète des dysfonctionnements plus larges du système judiciaire, notamment le nombre élevé de personnes incarcérées pour des infractions liées à la drogue.
« La responsabilité ne repose pas uniquement sur l'administration pénitentiaire », selon Am Sam Ath.
Il appelle les autorités judiciaires à revoir l'usage de la détention, en particulier la détention provisoire.
« Le tribunal doit respecter strictement les principes juridiques, car le Code pénal établit le principe de liberté. La détention provisoire doit rester une mesure de dernier recours », indique-t-il.
Il recommande de privilégier des alternatives telles que les travaux d'intérêt général, la libération sous caution encadrée ou les remises en liberté anticipées.
Un phénomène mondial
La surpopulation carcérale n'est pas propre au Cambodge. Le rapport 2025 de Penal Reform International indique qu'au moins 120 juridictions dans le monde dépassent la capacité officielle de leurs prisons, certaines accueillant plus du double de leur capacité initiale.
Les causes principales identifiées sont le recours excessif à la détention provisoire et l'incarcération pour des infractions mineures.
Ces conditions rendent plus difficile l'accès aux soins, à l'alimentation et à des conditions de vie dignes. Elles augmentent aussi les risques de violence, d'automutilation et de suicide, tout en limitant l'efficacité des programmes de réinsertion.
L'organisation recommande de développer des alternatives à la détention, d'améliorer l'accès à la justice et d'investir davantage dans la prévention de la criminalité, tout en protégeant les groupes vulnérables.
Un choix à venir pour les autorités
Pour le Cambodge, la situation devient urgente. Si la tendance se confirme, les autorités devront choisir : augmenter encore les capacités carcérales ou engager des réformes du système judiciaire afin de réduire le nombre d'incarcérations.
Les ONG estiment que sans ces réformes, la construction de nouvelles prisons ne suffira pas à résoudre durablement la crise.
Pour en savoir plus : Le Cambodge face à une surpopulation carcérale record
Rédigé par : Lay Sopheavotey
Avec l'aimable autorisation de Cambodianess, qui a permis la traduction de cet article et ainsi de le rendre accessible au lectorat francophone.
Lien original : Cambodianess
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