

Un jeune polytechnicien présente son pari fou. Guillaume Virag et son ami Victor Combal-Weiss, 24 ans, montent une entreprise : le Projet Alba. Le but est de multiplier par trois le revenu des agriculteurs khmers tout en faisant des bénéfices. Acheter plus cher, vendre à un prix concurrentiel et faire du profit. Pas si insensé que ça
(crédit photo : Laura Roche Villareal)
Conjuguer profit et aide social, c'est l'objectif avoué de ces deux copains qui se sont rencontrés à Polytechnique. L'idée de base, créer une entreprise "sociale". Le Projet Alba a pour but de soutenir 15.000 agriculteurs en jouant sur trois points. Prêter du matériel agricole. Une aide pour cultiver leur terres à l'aide de pompes à eau modernes et autres tracteurs légers. Ils cherchent aussi à augmenter la rentabilité des exploitations locales, en se faisant les intermédiaires entre les producteurs et les acheteurs. Leur dernier fer de lance est d'enseigner les techniques agricoles modernes pour diminuer les pertes. Guillaume Viral, économiste avant tout, le constate "l'agriculture est une science minutieuse. Il n'y a pas de place pour le hasard". Pragmatique, et pas traditionnel pour un sou, il ne croit pas du tout au savoir transmis mais aux nouvelles méthodes.
Pour ces polytechniciens, l'avenir économique doit être humain. Plusieurs études, issues de pays en voie de développement, montrent que la malnutrition infantile entraîne un développement intellectuel plus lent. Ils sont partis de ce constat et ont donc choisi l'agriculture. Pourquoi le Cambodge ? Un climat économique et social propice. Ils ont de l'ambition mais restent rationnels avant tout. "Au départ on voulait faire une start-up en informatique. Mais Victor a travaillé dans les campagnes chinoises et moi dans la microfinance au Guatemala. J'ai réussi à y gérer 50.000 dollars. On a réfléchi et on a décidé de monter un projet", explique Guillaume, enthousiaste.
Un projet en construction
Quand ils se sont rendus au Cambodge, ils ont rencontrés des ONG, comme Agrisud, et soumis l'idée à des fermiers locaux, notamment à Takeo, Kompong Speu et Battambang. Leur tour du Cambodge ne s'arrête pas là. Et chaque rencontre apporte son lot de confirmation dans leur projet. "Un jour un fermier qui parlait mieux anglais que les autres a compris notre idée. Il nous a alors déclaré que c'était un bon business et qu'il voulait faire la même chose. Ça nous a touché", raconte-t-il amusé. Convaincus donc. C'est comme ça que le Projet Alba est né.
Ils ont donc lancé leur entreprise. Guillaume s'est installé au Cambodge, tandis que Victor continue à faire le tour du monde à la recherche de nouveaux investisseurs et partenaires. Pour l'instant, l'expérience n'a pas encore débuté sur le terrain. Cependant les premiers recrutements commencent. Sont présents actuellement, les deux patrons, une stagiaire en master politique publique. Jean Paul Romano, ingénieur spécialisé en agriculture tropicale, les a rejoints en juillet 2010. Seulement quatre pour réaliser leurs ambitions. Mais ils cherchent activement des Khmers qualifiés et dynamiques.
Hong Kong, Singapour, San-Francisco. Ils parcourent les villes de la planète pour lever des fonds. Les investisseurs doivent être intéressés par l'Asie, l'économie et le social. Condition sine qua non pour un partenariat, mais cela reste une denrée rare. Ils sont persuadés d'y parvenir. Guillaume le dit lui même, ils savent se vendre. L'objectif de cette année fixé à 500.000 dollars est presque atteint. Le Projet Alba réunira 4,5 millions de dollars d'ici 2015.
De gros moyens pour un projet. Ils comptent répliquer ce modèle dans d'autres pays quand ils auront atteint leurs objectifs ici. Il leur reste donc à traverser la principale épreuve : concrétiser le Projet Alba avec des agriculteurs.
Paul Barrieu (www.lepetitjournal.com) mercredi 6 juillet 2011









































