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PREAH VIHEAR – La zone toujours militarisée, dix mois après la décision de la CIJ

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018

Dix mois après la décision de la Cour Internationale de Justice (CIJ) de la Haye, qui ordonne le retrait des troupes sur la zone du conflit de Preah Vihear, le Cambodge et la Thaïlande n'ont pas encore trouvé d'accord. Les incidents se multiplient sur la frontière toujours militarisée, et la situation est toujours verrouillée.

Le temple de Preah Vihear, construit pendant la période angkorienne - Photo © Theara Thun

Il y a maintenant plus de dix mois que la Cour International de Justice (CIJ) de La Haye a rendu sa décision concernant le conflit qui déchire la zone du temple de Preah Vihear : la Thaïlande et le Cambodge doivent retirer leurs troupes et établir ainsi une zone démilitarisé de 17.3 km2 (ordonnance du 18 juillet 2011). Cependant, les deux gouvernements n'ont, à ce jour, pas trouvé d'accord final permettant d'appliquer cette décision, et ce malgré de longues tentatives de négociations.

En Décembre 2011, lors de la 10ème réunion du Comité Général des Frontières Thaïlande-Cambodge, les deux parties ont décidé de mettre en place un groupe de réflexion commun (Joint Working Group) pour établir les conditions de retraits des troupes. Du 3 au 5 avril 2012, ce groupe de réflexion s'est réuni à Bangkok, mais sans parvenir à dégager de résolutions significatives. La prochaine réunion devrait se tenir au Cambodge. En attendant, les troupes occupent toujours la zone de conflit.

Et comme le montre les événements survenus au cours de ces derniers mois, cette présence militaire est au cœur des tensions qui embrasent régulièrement les frontières aux alentours du temple de Preah Vihear. Depuis le début de l'année 2012, plusieurs bûcherons cambodgiens, entrés de façon illégale sur le territoire thaïlandais, ont trouvé la mort sous les tirs de soldats, non loin de la zone de conflit. Suite à ces événements, Phnom Penh a adressé plusieurs lettres à Bangkok, afin de condamner ces tirs, et de demander que des mesures soient prises pour les éviter. Mais les autorités thaïlandaises répliquent : selon elle, les personnes visées apportaient des armes sur le territoire thaïlandais.

Le 29 avril dernier, des échanges de tirs ont eu lieu à 30 kilomètres du temple, blessant un soldat cambodgien. Quelques jours plus tôt, suite à un accident impliquant de ses soldats, le gouvernement thaïlandais accusait le Cambodge d'avoir placé des mines le long de la frontière. Ce que le Cambodge considère comme des accusations sans fondement.

Une pagode, des politiques : une situation verrouillée

A en juger par ces événements récents, le conflit de la frontière de Preah Vihear est loin d'être résolu. Les deux pays frontaliers n'ont à ce jour rien fait pour suivre l'ordonnance de la CIJ. Plusieurs raisons expliquent l'inertie de la part des deux gouvernements.

Parmi elles, cette pagode cambodgienne (Wat Keo Sekha Kiri Svara), construite en 1998 et située au coeur de la zone de conflit. Celle-ci avait déjà provoqué une offensive Thaïlandaise, en 2008, lorsque le Cambodge avait refusé de retiré son drapeau placé à l'extérieur du temple. Aujourd'hui, comme à l'époque d'Abhisit Vejjajiva, le gouvernement de Yingluck impose au Cambodge le déplacement de cette pagode, comme condition sine qua non pour le retrait de ses troupes. Le gouvernement d'Hun Sen rejette quant à lui fermement cette demande, arguant que cette pagode est là depuis des années.

L'un des autres obstacles à la résolution du conflit pourrait être directement lié à la "stratégie" du gouvernement Yingluck Shinawatra. En effet, la frontière est depuis longtemps l'un des sujets sensibles de la politique en Thaïlande : une mauvaise décision pourrait servir les partis politiques d'opposition, qui trouveraient aussitôt des arguments pour attaquer le pouvoir en place. Pour éviter toutes manifestations civiles ou confrontations politiques, le gouvernement Yingluck semble ainsi intentionnellement retarder la moindre prise de décision sur le retrait des troupes à Preah Vihear. De plus, il faut prendre en compte le fait que suivant la constitution thaïlandaise, toute décision lié à la question des frontières doit passer par le Parlement. De quoi retarder davantage l'avancée de la situation.

Ces deux obstacles, parmi d'autres, ont depuis des années forgé un verrou que les deux gouvernements ont aujourd'hui bien du mal à rompre. Dans les deux pays, la question des frontières reste un sujet politique épineux, ancré dans une histoire sanglante, et marqué par ses cicatrices nationalistes. Avec la présence de militaires maintenue sur la zone de Preah Vihear, il est également probable que d'autres incidents puissent survenir dans les mois à venir. La décision finale de la CIJ sur le partage de cette zone pourrait être rendue en 2013.

Theara Thun, Lundi 21 mai 2012

Theara Thun est lecteur à l'Université Royale de Phnom Penh, spécialisé en Histoire de l'Asie du Sud-Est.

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Publié le 20 mai 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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