Édition internationale

MEDECINE - Début de stage plutôt frustrant

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 14 novembre 2012

Être étudiants en médecine et venir travailler au Cambodge reste une expérience déroutante. Hélène et Sylvain sont arrivés fin juin et ont intégré le service de médecine interne à l'hôpital khméro-soviétique à Phnom Penh. Nous les avons retrouvés au début de leur stage. Reportage


(crédit photo : Eric Kuoch)
De grands bâtiments se dressent sur le Boulevard de la confédération russe. L'ensemble a tout d'un complexe moderne d'extérieur. Ici, à l'hôpital khméro-soviétique, chaque département a son bâtiment. Le plus imposant d'entre eux comporte quatre étages. La modernité de façade laisse place à un constat tout autre lorsque l'on pénètre à l'intérieur. Des murs fissurés, des escaliers d'une propreté douteuse, et des couloirs en extérieur, c'est dans ces conditions qu'évoluent deux Français, étudiants en médecine, fraîchement débarqués dans la capitale cambodgienne. Ils sont là pour six semaines.

L'hôpital khméro-soviétique est l'un des moins bien équipés de Phnom Penh. Les patients, qui viennent ici, appartiennent souvent aux classes les moins aisées. Loin de la modernité des machines de l'hôpital Calmette donc. Chaque examen médical a un coût. Il existe d'ailleurs un tableau, où sont répertoriés les interventions et les prix qui correspondent. Cinq dollars pour un électrocardiogramme, deux pour des ultraviolets, et ainsi de suite. Les conditions d'hébergement restent corrects. L'hôpital possède des lits propres. Chaque chambre accueille trois patients maximum. Mais les chambres restent exposés à tout vent. Pas de portes, ni de fenêtre, juste deux entrées, de part et d'autre de la chambre.

L'adaptation au Cambodge pour un stagiaire en médecine reste compliquée. "C'est dur de faire des analogies avec la France. Il faut faire pas mal de concessions au départ", témoigne Sylvain. Cet interne, à la carrure de rugbyman, est arrivé à Phnom Penh, fin juin. Il se retrouve en stage dans le service de médecine interne. L'étudiant lyonnais n'est pas vraiment déstabilisé par les conditions de travail au Cambodge. Mais il ne peut s'empêcher de se sentir limité. "C'est vraiment frustrant, quand un patient a besoin d'oxygène, ils ne sont pas en mesure de lui fournir un débit adapté. Il n'y a que des extracteurs d'oxygène ici. Cela ne suffit pas, et vu l'hygiène, l'air n'est pas de bonne qualité", déplore-t-il.

Les stagiaires français sont pourtant certains que les médecins khmers sont compétents. "Ils sont de très bon cliniciens, ils font peu d'examens complémentaires, vu que c'est le patient qui paie. Ils s'appuient beaucoup sur les signes cliniques que l'on a oublié depuis longtemps en France devant notre batterie d'examens complémentaires", explique Hélène, une stagiaire venue de l'Université d'Angers. Le seul hic reste les conditions d'hygiène. "Il n'y a pas de solutions hydroalcooliques. En France, on est censé se laver les mains avec, avant et après chaque patient. Ici, certains mettent de l'alcool, mais pas tous", raconte Hélène. Pour tout le quatrième étage, il n'y a qu'un seul point d'eau qui se résume à un récipient et du savon.

Un autre statut
Les deux étudiants ont obtenus un tout autre statut en arrivant au Cambodge. Lors de la visite médicale, une hiérarchie claire se dessine. Les médecins, reconnaissables par leur badge avec leur photo et leur nom, restent les exemples qu'il faut suivre pour les étudiants khmers. Viennent directement après, les stagiaires français. Les internes cambodgiens, eux, sont là en spectateurs. "J'écoute ce qu'ils disent, je peux apprendre beaucoup d'eux. Ils connaissent plus de choses que moi, j'en suis sûre", explique une étudiante khmère. Elle a pourtant un an d'étude de plus que les deux Français.

Un patient est allongé sur un lit. Il semble souffrir de maux de ventre. Une tumeur, indique le médecin-chef, dans un français quasi parfait. Très vite, il laisse les deux stagiaires se débrouiller. Débutent une série de palpations effectuées par les deux barangs. Chacun de leurs gestes est scruté par leurs confrères cambodgiens. Les khmers observent, prennent des notes pour certains, d'autres dissertent sur les méthodes peu habituelles des deux internes blancs.

Le Cambodge demeure une expérience bonne à prendre pour ces futurs médecins. La médecine reste la médecine, malgré les différences en terme d'équipements et de possibilités de traitement. Pour les traitements les plus lourds, les hôpitaux cambodgiens restent dépendants des subventions internationales. La plupart des personnes atteintes de VIH disposent de traitements gratuits payés par des ONGs, comme USAID, ou encore Friends. Mais se faire soigner à l'hôpital reste cher. "La plupart des patients attendent le dernier moment pour venir se soigner, pour éviter de payer. Et parfois c'est déjà trop tard", raconte Hélène. La frustration reste le sentiment dominant chez ces internes français. Du moins, en ce début de stage.

Eric Kuoch (www.lepetitjournal.com) Mardi 19 juillet 2011

SyzMrqo__400x400
Publié le 19 juillet 2011, mis à jour le 14 novembre 2012
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos