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Les edjaïs, ramasseurs de déchets et rouages du recyclage au Cambodge

Par Virginie Vallée | Publié le 21/01/2020 à 20:00 | Mis à jour le 21/01/2020 à 20:00
Photo : Kong Vanny, une edjaï de Phnom Penh, gagne entre 2,5 et 7,5 dollars par jour. Crédits : Miguel Jerónimo
edjai expo photo cambodge

Chaque jour ils sillonnent les rues de Phnom Penh. Invisibles, les edjaïs, nom donné aux chiffonniers et collecteurs d’ordures informels, réalisent une grande part du tri et du traitement des déchets dans la capitale. Miguel Jerónimo expose jusqu’au 8 février au centre Bophana une collection de photographies qui leur est dédiée.

Tellement présents dans le paysage des grandes villes cambodgiennes, les chiffonniers, appelés « edjaïs » en khmer, sont pourtant invisibles. Le photographe portugais Miguel Jerónimo a suivi pendant plusieurs mois ces « soldats invisibles », comme il les appelle, qui s’évertuent à ramasser les déchets recyclables - canettes, cartons, bouteilles en verre ou en plastique pour les revendre contre quelques riels à des intermédiaires qui les expédient dans les centres de recyclage à l’étranger. Les chiffonniers cambodgiens gagnent ainsi entre 2,5 et 7,5 dollars par jour. Très sensible aux causes environnementales et sociales, le photographe s’est attaché à redonner de la visibilité à cette tranche de la population parfois invisible. « Je voulais raconter les histoires personnelles des edjaïs, mais aussi montrer l'importance de leur travail », explique le photographe installé au Cambodge depuis plus de deux ans.

 

expo photo edjai cambodge
Crédits : Miguel Jerónimo

 

La fondation Heinrich Böll, engagée sur les questions environnementales, a financé l’exposition, visible jusqu’au 8 février au centre Bophana, à Phnom Penh. L’occasion d’en apprendre davantage sur les edjaïs et leurs conditions de vie difficiles. « Au départ, quand je leur demandais si je pouvais les prendre en photo les collecteurs de déchets que je croisais étaient étonnés, mais ils ont accepté volontiers de se prêter au jeu », raconte l’artiste qui expose au centre audiovisuel Bophana jusqu’au 8 février.

Le photographe a été marqué par les conditions de vie difficiles des edjaïs, parfois sans abris et souvent victimes de discriminations par la population locale. « Comme ils travaillent dans un environnement sale, les gens les méprisent souvent, regrette le photographe. Ceux qui sont sans abris sont régulièrement arrêtés par la police. Pourtant, les chiffonniers jouent un rôle essentiel dans le tri des déchets au Cambodge ». En périphérie de la capitale, des chiffonniers s’attèlent à séparer le carton, le plastique et le métal des autres déchets avant de les compresser pour les vendre à des entreprises qui se chargeront ensuite de leur exportation vers le Vietnam ou la Thaïlande. En effet, le Cambodge aucun centre de recyclage des déchets n’est présent au Cambodge. « En faisant ce travail photographique, j’ai appris que le phénomène des edjaïs recouvre des réalités multiples, entre les chiffonniers qui ouvrent les sacs poubelles, les personnes qui tirent des charrettes à bras pour acheter les déchets des ménages, ou les intermédiaires qui trient, emballent et expédient les déchets à l’étranger », explique Miguel Jerónimo.  Selon un rapport du ministère de l’environnement cambodgien datant de 2108, le secteur informel participe participe au recyclage de 11% des déchets du pays.

 

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Crédits : Miguel Jerónimo

 

Au cour de l'exposition, Miguel Jerónimo évoque l’histoire de Kong Vanny, une mère de trois enfants, célibataire, vivant dans la rue, qui fait la collecte des ordures quotidiennement avec son plus jeune enfant à ses côtés. « Elle doit travailler coûte que coûte pour nourrir sa famille car il n’y a pas de système d’aides sociales ici, si elle ne travaille pas ils ne mangent pas ». Avec cette exposition le photographe espère sensibiliser la population au tri des déchets mais aussi redonner une partie de sa dignité à une population dans une situation extrêmement précaire, dont le travail est pourtant important pour l’environnement.

 

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