Mercredi 21 août 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Chroy Changvar, un quartier de contrastes

Par Marion Joubert | Publié le 30/04/2019 à 20:00 | Mis à jour le 01/05/2019 à 14:21
Photo : Garçon jouant avec une canne à pêche. Crédit : Martin Jacquemin
cham, communauté, phnom penh, cambodge, minorité, canne à pêche

Le café-galerie Imag’in accueille pendant un mois le travail du photographe Martin Jacquemin. L’exposition Transition présente le quotidien de la communauté des Chams dans le quartier de Chroy Changvar, à Phnom Penh.

Sur la rive droite de la capitale cambodgienne, des immeubles imposants dominent le paysage du district de Chroy Changvar, près du pont japonais. A quelques mètres de ces résidences luxueuses, il est possible d'apercevoir un autre style de construction. Une communauté Cham - un groupe ethnique minoritaire au Cambodge, principalement musulman - vit dans le quartier, entre cabanes précaires et bateaux de pêche.

Ce paysage contrasté a attiré l’attention de Martin Jacquemin, photographe et ingénieur français vivant à Phnom Penh. « On peut voir les bateaux de pêche depuis le palais royal. Cela interpelle, ces immeubles vides avec des gens qui vivent dans de telles conditions à côté », déclare-t-il.

Armé de son Fujifilm X-T3, appareil compact avec un petit objectif, il a voulu faire part de la situation, sans jugement. Ses photos sont affichées jusqu’au 25 mai au café-galerie Imag’in, dans la rue 93.

Arrivé au Cambodge en juillet 2018, le photographe autodidacte capture avant tout des images de rues ou de nature. « Cela fait une petite dizaine d’années que j’ai commencé à faire de la photo et c’est la première fois que j’aborde un thème social via cet art », confie-t-il.

La croissance urbaine se développe à une vitesse phénoménale à Phnom Penh et le quartier de Chroy Changvar n’est pas en reste. Si la communauté est menacée d’expulsion, le gouvernement n’a pour le moment donné aucune directive semblable à celle de 2007 pour le quartier de Boeung Kak.

La municipalité avait concédé le district de Boeung Kak à la compagnie Shukaku. Deux ans plus tard, les habitants avaient été expulsés pour qu’un projet de développement immobilier puisse être réalisé. Au sein de ce quartier se trouvaient des Chams, qui ont fait parti des milliers de personnes expulsées. Les familles ont reçu soit une compensation monétaire minimale ou ont été relogées loin de la ville, d’après l’ONG de défense des droits des minorités Minority Rights Group International.

A travers les photos de Martin Jacquemin, l’ambiance du quartier de Chroy Changvar semble paisible. Toutefois, si le conflit direct n’est pas visible, une tension latente reste présente. « Cette tension passe par l’architecture, et non pas par les comportements des personnes photographiées. On la ressent mais on ne la voit pas », affirme-t-il.

Le travail du photographe fige cette situation incertaine d’entre-deux, d'où le titre de son exposition Transition. La douzaine d’images joue avec les contrastes et les symboles, tout en représentant la vie quotidienne de cette communauté. « Ce bateau de pêche immergé peut évoquer un possible futur… On ne sait pas de quel côté cela va basculer », explique Martin Jacquemin.  

Si les adultes de la communauté s’inquiètent peut-être de devoir faire face à une prochaine expulsion,  les enfants continuent de jouer avec insouciance entre les bateaux de pêches et les immeubles en construction.

0 Commentaire (s)Réagir