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MUSIQUE - Accord majeur : Le phénomène Songkites

Écrit par Lepetitjournal Cambodge
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 23 octobre 2014

Le Petit Journal vous propose un rendez-vous régulier au coeur de la scène musicale cambodgienne. Quoi de mieux qu'un musicien averti, reconnu aussi, pour découvrir l'effervescence artistique. Phlippe Javelle sera notre guide.

La scène musicale cambodgienne est en pleine ébullition. A mesure qu'ouvrent de nouveaux lieux de divertissement, artistes locaux ou étrangers multiplient les concerts et, de temps à autre, développent des collaborations non seulement ambitieuses, mais aussi fructueuses.

Songkites est l'exemple le plus significatif de succès artistique et commercial obtenu par un collectif de créateurs  ambodgiens, encadré par des compétences expatriées.

En 2012, Carrie Herbert et Kit Loring, fondateurs de l'ONG Ragamuffin' à Phnom Penh, dont la mission est de soigner les victimes d'abus sexuels et de violences familiales à l'aide de thérapies artistiques, décident de diversifier leur activité en autoproduisant l'enregistrement et la diffusion d'un CD concept réunissant 10 auteurs-compositeurs-interprètes locaux.

A l'aide du compositeur et producteur australien Euan Gray, musicien bien connu des lieux de divertissement de la capitale, ils vont sélectionner 10 talents nouveaux, aux personnalités et influences musicales aussi différentes que complémentaires. L'album SONGKITES SEASON 1 sort officiellement en mars 2014, lors d'un concert de lancement à Koh Pich City Hall, devant 3000 spectateurs de toutes origines. L'impact médiatique est foudroyant et le collectif vend près de 2000 CD à 5 $ l'unité en 15 jours : du jamais vu au Cambodge où les compilations de chansons au format KTV des stars locales, qui sont essentiellement des copies de hits vietnamiens, thaïlandais ou coréens, se distribuent à quelques centaines d'exemplaires de piètre qualité, dans la rue.

Songkites invite, à l'occasion de ses sessions scéniques télévisées sur CTN le dimanche, des musiciens de renommée internationale tels Lewis Pragasam, légende vivante de la batterie en Asie, et Philippe Javelle, multi-instrumentiste français vivant au Cambodge depuis 2009, également conseiller musical du collectif par intérim, en l'absence de Euan Gray.

Une ligne directrice engagée ?

Le succès de SONGKITES a des conséquences aussi variées qu'inattendues.
Ses membres, déjà actifs dans le monde du divertissement local, sont devenus des références incontournables : les nouveaux établissements haut de gamme cambodgiens, tels Summer, Apros Pub ou Zeus, se les arrachent, en leur proposant des cachets parfois dix fois supérieurs au tarif habituel. De ce fait, les musiciens cambodgiens qui tiennent le haut du pavé, sur les conseils de Songkites, ont renégocié leurs conditions de travail, et obtenu gain de cause.

Le CD SONGKITES SEASON 1 a fait l'objet de commentaires très positifs de la part de ses acheteurs. « Je suis fier d'économiser 5 dollars pour pouvoir me procurer cet album, le premier vrai CD de chansons originales cambodgiennes à 100% depuis les années 60 », commente un fan sur Facebook. Réaction de Hang Meas Productions, la plus grosse maison de disques locale ? L'embauche d'un compositeur maison pour faire à son tour preuve de création. Preap Sovath et Aun Sokunkanha sortiront donc prochainement des titres originaux, écrits par ? un Anglais, Charlie Corrie. Très talentueux, mais pas cambodgien.

Les membres de Songkites ont d'ailleurs refusé, malgré l'invitation de Hang Meas, titulaire de la licence du programme, de participer à The Voice Cambodia. La perspective d'être un produit du catalogue Hang Meas après avoir réussi soi-même une autoproduction de qualité internationale ne les a aucunement séduits.

 

Le collectif Songkites se voit proposer quantité de collaborations diverses, notamment la création de chansons ou de musiques pour des jingles radio et des campagnes de pub. Chaque fois, il met l'accent sur le gagne-pain du créateur : les royalties. Si la loi n'est pas appliquée au Cambodge, elle existe cependant, et Songkites négocie auprès de ses clients pour qu'ils s'y conforment.

Ainsi, non seulement Songkites fait la couverture de The Advisor, Cambodia Daily ou Justeen, mais ses membres s'investissent pour que les conditions de travail des créateurs au Cambodge soient meilleures, et que les artistes parviennent à obtenir un statut social reconnu. Les artistes féminines du collectif, elles, s'évertuent à valoriser leur image : vu l'archaïsme du show-business local, les chanteuses, même célèbres, sont habituellement mises au banc des prostituées.

Songkites aujourd'hui n'est plus seulement un groupe de jeunes créateurs qui ont réussi leur pari. C'est un modèle artistique et social pour la jeunesse cambodgienne, qui bien que surprise par ces talents dévoilés, s'y identifie très rapidement.

Nouvelles Stars ? 

Nikki Nikki est la fille d'un éminent général de l'armée cambodgienne. Elle officie également dans la mannequinat. Sa collaboration avec Songkites l'a propulsée au sommet de la création artistique locale : de Glamazon à Universal Music, de Porsche à Brown Coffee, toutes les enseignes de luxe et de divertissement nouvellement présentes au Cambodge se l'arrachent.

Jimmy Kiss est le fils d'un des compositeurs dévoués à Sin Sisamuth, l'icône pop cambodgienne. Jimmy multiplie les concerts et les clips vidéo, notamment depuis qu'il a rejoint Dub Addiction, un groupe musical phare, autre expérience réussie de fusion d'artistes locaux et expatriés.

Propey Sen Chhuth, leader d'un groupe punk-rock et néanmoins romantique, pourrait aisément être comparé à Bruno Mars, ou à Jason Mraz. Son style d'écriture, reggae-pop simple et efficace, et son charisme naturel en scène en font un M.C. désigné. C'est lui qui présente et anime les sessions live de Songkites.

Soria Oung est batteur, compositeur, performer, vidéaste, coach ? Après des études de perfectionnement musical aux Etats-Unis, il supervise désormais les productions artistiques locales les plus en vue.

Kan Pich est sans conteste une des plus belles voix du Cambodge, dont la suavité est comparable à celle de Luther Vandross, dont il interprète d'ailleurs magistralement le plus grand succès, « Dance With My Father ».

Eugene Ma Champanha est un producteur indépendant. Spécialiste de vidéo, de publicité, d'écriture musicale et de mode, il est sur tous les fronts. Son grand-père était un des réalisateurs qui ont dirigé Sin Sisamuth dans ses films majeurs.

Alexta Kava, Syra Run et Nikki Chilzz ont récemment fait la couverture du Justeen, le magazine ado best-seller du Cambodge, avec leur groupe Count Us In. Elles multiplient les concerts de charité qu'elles organisent elles-mêmes pour aider les plus démunis. 

Syra Run a été embauchée par la compagnie de divertissement multi-média Sabay comme compositrice.

La dernière ?uvre collective de Songkites, sous l'impulsion de Propey Sen Chhuth et Soria Oung, est la première chanson publicitaire originale produite localement, en collaboration avec l'agence franco-cambodgienne AD' Communication et la société &Phil Events, pour une compagnie financière internationale.

Nouvelles Stars ? ou simplement vrais professionnels en pleine ascension ?

Philippe JAVELLE ? www.lepetitjournal.com/cambodge - Mercredi 22 octobre 2014

 

 

  

 

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Publié le 21 octobre 2014, mis à jour le 23 octobre 2014
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