

(Photo: Barbara Vignaux)
Elle a une voix grave et patiente. Elle cherche les termes exacts. Elle s'assure, dans le regard de son interlocuteur, qu'elle a été bien comprise. Elle a peu de temps, mais la courtoisie de répondre à toutes les questions. Sa beauté est lumineuse et sans âge sa douceur, irrésistible.Connue pour son long compagnonnage sur scène avec Alfredo Arias, Marilú Marini est installée en France depuis 1975. En 1984, elle recevait le Prix de la meilleure actrice de la critique française pour son jeu dans La femme assise, de Copi, adapté et mis en scène par Arias. Depuis, elle n'a pas quitté les planches hexagonales. A son retour en France, le mois prochain, l'attend une tournée de huit mois pour présenter Madame de Sade, de Mishima, mise en scène par Jacques Vincey, après le succès remporté au théâtre de la Ville. Et elle est officier des Arts et des Lettres.
Le fantastique caché
La comédienne argentine présente actuellement au Teatro Alvear Invenciones, le fruit « d'une recherche et d'une idylle avec la poète Silvina Ocampo » : « J'étais hantée par l'idée de faire un spectacle avec ses textes littéraires, surtout ses deux derniers recueils, Invenciones del recuerdo et Ejército de la oscuridad ». S?ur de Victoria, épouse d'Adolfo Bioy Casares et amie de Jorge Luis Borges, Silvina Ocampo, explique Marilú, « transfère la langue du quotidien dans un langage poétique », montre, « derrière le réel, le fantastique caché » et offre ainsi « une dimension qui nous propulse dans l'imaginaire ». Réalisateur de El Impostor (1997), adaptation du conte homonyme de Silvina Ocampo, Alejandro Maci a été chargé de la mise en scène. C'est lui qui a réalisé « le travail titanesque » d'assemblage des textes. Et Marilú de souligner la difficulté de l'entreprise : « Avec un livre, on a le temps de la relecture, la réflexion, la dégustation, le retour en arrière. Dans le fait théâtral, il y a cette chose de l'immédiat. La mise en forme est très difficile ».
Climat de mer rude
Marilú Marini se sent-elle argentine ? Française ? Elle établit des correspondances : « J'ai une grande tendresse pour la Bretagne et la Vendée, je m'y sens comme chez moi. Mon père était pêcheur et j'ai vécu toute mon enfance à Mar del Plata j'aime le climat de mer rude, l'iode qui pique les narines, les promenades avec le vent et le sable ». Elle établit des distinctions : « Ici, les gens sont incroyablement loufoques et en même temps très affectifs. Il existe toujours la possibilité d'une relation inattendue avec le voisin de table, au café. En France, les relations sont beaucoup plus codifiées. Le dix-huitième siècle et son protocole de cour ont beaucoup marqué la culture française ».
Quel regard porte-t-elle sur son pays aujourd'hui ? « Il faudrait que les gouvernements argentins soient un peu plus lucides sur la place de la culture dans la société actuelle : la culture argentine a énormément identifié notre pays dans le monde. Il faudrait des programmes conséquents d'aide et d'accompagnement aux artistes. Et puis, les Argentins sont passés par tellement de situations chaotiques que beaucoup d'entre nous sommes désenchantés par ce qui se passe. C'est dangereux : il ne faut perdre ni la foi, ni la conviction ».
Intelligence du corps
C'est comme danseuse que Marilu a fait ses premiers pas sur scène. Avant de quitter l'Argentine, elle a présenté des chorégraphies à l'institut Torcuato Di Tella, réalisé des performances avec Marta Minujiin et Pablo Suárez. Elle a même étudié avec Martha Graham et Merce Cunningham [mort le 27 juillet dernier, ndlr] : « C'était travailler avec l'intelligence du corps, l'élargissement des possibilités de la danse, la liberté donnée à l'expression de l'émotion ». Un hasard ? « Ils ont enlevé tout soupçon de solennité, introduit un besoin de légèreté ? dans le sens de légèreté de l'âme? En cela, ils rejoignent Silvina ».
Teatro Presidente Alvear
Complejo Teatral San Martín
Corrientes 1659
Du mercredi au samedi à 21h et le dimanche à 19h
Jusqu'à la mi-septembre
Entrées : $10 à $35
Barbara VIGNAUX (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 4 août 2009






































