Samedi 27 novembre 2021
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Rencontre avec Pro Patrimonio, la fondation lauréate du Grand Prix Europa Nostra

Par Grégory Rateau | Publié le 18/10/2021 à 00:00 | Mis à jour le 18/10/2021 à 21:33
Photo : Crédit : Camil Iamandescu
Rencontre avec Pro Patrimonio, la fondation lauréate du Grand Prix Europa NostraFrance

Cette semaine notre rédaction est allée à la rencontre de Caroline d'Assay, Présidente de Pro Patrimonio France et membre du conseil de la Fondation roumaine Pro Patrimonio, la fondation qui a coordonné la restauration de la petite église en bois du 18e siècle située à Urși, dans la région roumaine de Valcea. Ce projet, coordonné par l'architecte Raluca Munteanu, a reçu au début du mois le Grand Prix dans la catégorie conservation et le Prix du Public aux prix européens du patrimoine/prix ​​Europa Nostra, la plus haute distinction européenne dans le domaine. Caroline revient sur cette belle aventure et sur bien d'autres projets de première importance pour sauver le patrimoine roumain.

 

 

En l'absence d'un système national de protection du patrimoine efficace, cohérent et équitable, la fondation cherche à encourager les initiatives de terrain, qui sont les seules à pouvoir apporter des changements structurels dans le temps et à créer des modèles inspirants pour le reste de la population.

Grégory Rateau: Votre fondation, Pro Patrimonio, est en activité depuis presque 20 ans. Comment choisissez-vous vos projets?

Caroline d'Assay: Au début de sa création, notre fondateur, l’architecte Serban Cantacuzino, aujourd’hui disparu, a désiré créer des modèles de restauration et aider les propriétaires de monuments récupérés après le communisme. Mais ces situations étant tellement difficiles et souvent bloquées pendant des années, petit à petit la stratégie de Pro Patrimonio a consisté à répondre aux appels d'urgence et à traiter les cas graves dont personne ne voulait s'occuper. Au fil du temps, l'activité s'est de plus en plus concentrée sur l'éducation et l'information du public et sur la fourniture de modèles et de conseils, les possibilités d'intervention de la Fondation  Pro Patrimonio étant trop faibles par rapport aux pertes de patrimoine. Souvent, ce sont les projets qui viennent à nous et nous voyons si nous avons l’expertise nécessaire et si cela en vaut la peine. En l'absence d'un système national de protection du patrimoine efficace, cohérent et équitable, la fondation cherche à encourager les initiatives de terrain, qui sont les seules à pouvoir apporter des changements structurels dans le temps et à créer des modèles inspirants pour le reste de la population, la stratégie de la tâche d’huile.

 

L'église en bois restaurée du village d'Urși
Crédit photo : Camil Iamandescu / L'église en bois restaurée du village d'Urși

 

L'église restaurée du village d'Urși, a été la grande gagnante des prix européens du patrimoine/prix ​​Europa Nostra. Combien de temps cette restauration vous a pris? Une anecdote que vous aimeriez nous raconter sur ce chantier?

En 2009, une intervention d'urgence a été réalisée pour sécuriser l'église suite à l'effondrement de la voûte de l'autel. À cette époque, la Fondation Pro Patrimonio et l'Ordre des Architectes de Roumanie ont pris la décision de restaurer complètement l'église. Les travaux ont été achevés en 2020, mais n'ont pu être inaugurés que cette année en raison de restrictions sanitaires.

La peinture qui a survécu, est en partie fragmentaire et ne présente pas les visages complets des saints. Des représentants de la haute hiérarchie de l'Eglise ont fait savoir à un moment donné que la restauration devait faire les yeux doux aux saints, même s'ils n'existent pas actuellement. Sur la base des principes de conservation appliqués, nous ne pouvions évidemment pas l'accepter, et nous avons donc pris cela pour une gentille blague. Depuis, l’église a été re-sacralisée dans les meilleures formes.

 

 

Quels seraient les éléments principaux qui font la particularité de cette église?

La caractéristique principale est le décor de fresques murales à l'intérieur et à l'extérieur de l'église. La technique de la fresque appliquée directement sur le bois est une rareté. Enfin, le type de construction en poutres horizontales avec des joints simples est une technique efficace, très courante à l'époque, et dont il reste peu d'exemples aujourd'hui.

 

 

Quel impact croyez-vous que ce prix aura sur la communauté locale et sur la pérennité de l'église?

Pour le village et les habitants, ce prix est une source de fierté et de satisfaction, car ils savent que leurs efforts sont appréciés et qu'ils en valent la peine. Nous espérons accroître l'intérêt et le nombre de visiteurs, d'autant plus que la région possède de nombreuses attractions culturelles et naturelles.

 

Un projet vraiment très réussi est celui de Honest Goods, où des jeunes architectes ont conçu des objets d'utilité quotidienne qu'ils ont fabriqués avec des artisans locaux de l'une des régions où Pro Patrimonio est actif, la région de Muscel. De cette façon, nous encourageons la région sur le plan économique, nous augmentons l'intérêt pour la région et nous finançons d'autres projets dans le processus.

En plus de les restaurer, vous essayez aussi d'introduire les bâtiments historiques dans un circuit économique et culturel. Avez-vous un exemple dont vous êtes particulièrement fière et dont vous aimeriez nous parler?

Dans tous les projets Pro Patrimonio, en plus du travail de conservation/restauration proprement dit, nous avons des actions de sensibilisation à la valeur des bâtiments mais aussi des actions à vocation culturelle/économique. Un projet vraiment très réussi est celui de Honest Goods, où des jeunes architectes ont conçu des objets d'utilité quotidienne qu'ils ont fabriqués avec des artisans locaux de l'une des régions où Pro Patrimonio est actif, la région de Muscel. De cette façon, nous encourageons la région sur le plan économique, nous augmentons l'intérêt pour la région et nous finançons d'autres projets dans le processus. Nous proposons aussi un tourisme culturel de maisons d’hôtes comme c'est le cas avec la Villa Golescu à Campulung-Muscel.

 

 

Avez-vous reçu du soutien de la part des autorités locales ou du gouvernement quant à vos différents projets?

Dans le cas de l'église d'Urși, nous avions le soutien total de la mairie, quels que soient les maires qui se sont succédé. Le soutien était exclusivement logistique (transport de matériel, aide à la diffusion de l'information, expositions et événements promotionnels) mais réel. Pour le reste, il faut souligner que ce sont uniquement des fonds privés qui ont permis cette renaissance. Dans le cas des autorités centrales, il n'y a pas eu d'intérêt ou de soutien tout au long du projet, je dirais même maintenant, après l'obtention des prix, et c’est difficilement compréhensible et pour finir attristant.

 

 

En 20 ans d'activité, avez-vous remarqué une prise de conscience du grand public roumain quant à la valeur de leur patrimoine?

Oui, le projet de Ursi était un projet d'école. Il a formé des générations d'architectes et de restaurateurs qui continuent à travailler dans ce domaine, chacun dans la carrière de son choix. De ce point de vue, ce projet a été un précurseur dans le domaine. Sinon, en général, les choses changent, mais très doucement.

 

Nous avons trouvé des artisans compétents dans les techniques traditionnelles et continuons à travailler avec eux pour les encourager à conserver leur métier et même à attirer des jeunes pour perpétuer la tradition.

Justement, arrivez-vous à trouver des artisans ou des personnes qualifiées qui sachent faire ce travail de restauration?

Nous avons trouvé des artisans compétents dans les techniques traditionnelles et continuons à travailler avec eux pour les encourager à conserver leur métier et même à attirer des jeunes pour perpétuer la tradition. C'est compliqué car il faut un financement, même si des opportunités existent sur d’autres projets de la Fondation ou d’autres lieux partenaires. Une politique nationale est nécessaire à cet égard, mais, là encore, l'état roumain n'est pas impliqué et ne considère pas cela comme une priorité, alors que la crise des artisans de la restauration est critique.

 

 

Quelle serait pour vous l'urgence dans un avenir proche?

La survie de la fondation. Notre travail est soutenu uniquement par le parrainage et les cotisations des membres. Il a toujours été difficile d’avoir un budget minimum pour cette activité et cela ne date pas de la pandémie. Maintenant, c'est encore plus difficile. Ce prix Europa Nostra augmente beaucoup les attentes du public et il croit que nous pouvons faire plus et mieux. C’est vrai, mais pour cela il faut de l'argent, le plus de membres possible et une équipe qui s'agrandit.

 

Cette solidarité européenne véhicule l'idée qu'il n'existe pas de patrimoine mineur et que ce sont les valeurs culturelles européennes qui nous unissent.

Un message aux Roumains qui souhaiteraient peut-être vous rejoindre dans votre lutte pour préserver le patrimoine en danger?

Le projet de restauration de l'église d'Urși a remporté le prix du public grâce au public européen. Au-delà des amis de la Fondation Pro Patrimonio qui ont voté, le projet a été apprécié par la plupart des citoyens européens convaincus de sa valeur. Cette solidarité européenne véhicule l'idée qu'il n'existe pas de patrimoine mineur et que ce sont les valeurs culturelles européennes qui nous unissent. Notre travail est principalement soutenu par des communautés en dehors de la Roumanie et nous motive davantage ici. Notre message serait d'encourager le public à devenir membre de Pro Patrimonio, la cotisation annuelle étant en fait une action concrète que chaque membre peut faire pour protéger, sauver et améliorer le patrimoine et le paysage culturel. Les petits ruisseaux font les grandes rivières et ce n’est pas juste une jolie image, cela peut être une réalité. Beaucoup se lamentent sur l'état du patrimoine et exigent que quelqu'un fasse quelque chose de concret. C'est ce que nous faisons, mais nous avons besoin de soutien.

 

credit Pro Patrimonio Foundation
Crédit Pro Patrimonio Foundation : L'équipe au complet de la fondation Patrimonio

 

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grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
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