Jeudi 29 octobre 2020

Rencontre avec l'équipe de l'Institut culturel roumain de Paris

Par Grégory Rateau | Publié le 07/09/2020 à 00:00 | Mis à jour le 07/09/2020 à 00:00
Photo : Rencontre avec l'écrivain Grégory Rateau, "La Roumanie, terre d'inspiration". Doina Marian, directrice, Iulia Chealfa, chargée de projets et Léo Landon, chargé de communication
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Pour cette rentrée, nous sommes allés à la rencontre de l'équipe de l'Institut culturel roumain de Paris. Nous revenons avec eux sur leur travail acharné pour promouvoir la culture roumaine et lutter contre les clichés, et cela malgré cette pandémie qui a forcément perturbé leurs différentes activités. Bilan, projets, perspectives, vous saurez tout en lisant la suite.

 

 

Grégory Rateau: Nous souhaitions avoir des nouvelles de l'Institut culturel roumain de Paris. Comment va votre équipe après cette période particulièrement difficile pour le secteur culturel?

L'équipe de l'Institut Culturel Roumain de Paris va bien, et nous sommes chanceux c'est indéniable. Nous avons un nouveau quotidien, certes, fait de télétravail pour certains d’entre nous. Nous devons privilégier la communication virtuelle. Bien que le digital était déjà intégré dans notre activité comme un outil complémentaire, on a dû l’utiliser comme condition principale de la mise en œuvre de notre travail, pour continuer les cours de roumains ou nos différents événements culturels. Pour voir aussi le bon côté des choses, nous sommes contents de pouvoir laisser libre cours à notre imagination, réinventer notre communication événementielle, penser, repenser, composer et construire avec les nouvelles données sanitaires, sociales et économiques.   

 

Comment vous-êtes vous adaptés pendant cette pandémie pour prolonger vos activités?

Etant un Institut culturel, nos activités se concentrent avant tout sur des événements en présentiel, en faisant venir des artistes, des peintres, des écrivains. A cause de la pandémie, nous avons dû transformer cette habitude, pour la prolonger sur internet, en créant des événements virtuels.
Nous avons donc pu créer ces "séries" et formats inédits, comme "Bien Ensemble", des vidéos réalisées par des artistes, musiciens ou écrivains qui relataient sous forme d'interviews leurs façons de créer et de réagir face à cette situation si particulière. Et ce, directement de chez nous, en faisant appel à un monteur. De fait, nous respections totalement les mesures prônées, et les distanciations sociales, tout en continuant de maintenir nos activités.

 

Vous avez proposé à différentes personnalités de la diaspora franco-roumaine de revenir sur leur confinement. Quelles conclusions avez-vous tirées de cette expérience vécue "collectivement"?

C'était une expérience extrêmement enrichissante, car ces invités virtuels étaient d'horizons très larges : journalistes, écrivains, peintres, musiciens, poètes, traducteurs, et nous désirions offrir au public une connexion panoramique en ces temps d'isolement.

De fait, les réponses étaient très instructives et très variées, elles donnaient au public des perspectives multiples. On peut en tirer cependant un même fil conducteur : le confinement et la pandémie en général, avec les conséquences qu'on lui connaît, ont représenté un choc et une obligation de limiter de manière drastique la liberté personnelle et artistique. Puis, chacun a réagi à sa manière: il y a ceux qui ont profité de ce temps de repos obligatoire en essayant d'observer les conséquences, de tirer des leçons, de lire et d'étudier et de se remettre en question afin d'évoluer; et il y a eu ceux qui ont été comme abasourdis par cette période, heurtés dans leur être, dans leur profession, et qui ont été incapables de créer, d'imaginer, d'aller plus loin.

D'un côté, pour certains, pour qui leur métier artistique était la principale source de revenus, cela a été plus difficile. Cependant, ils ont évoqué l'aide pour les intermittents du spectacle, et les mesures bénéfiques prises par l'état français. L'année blanche, que les intermittents ont réclamé, a été mise en place. De l'autre côté, pour ceux qui ont un autre "métier-appui" en plus de leur activité artistique, les choses ont été relativement plus faciles.

Pour conclure, nous souhaitons reprendre les mots de la dramaturge et écrivaine Alexandra Badea : "nous devons tirer certaines leçons de cette épreuve, sinon, toute cette période de solitude, de souffrance parfois, d'isolement forcé, aura été vaine."

 

Vous avez vous-même été directement touchés dans votre équipe, avec une personne testée positive au Covid-19. Pouvez-vous nous en parler?

Effectivement, nous avons été touchés au sein de notre équipe; heureusement ce n'était pas des formes graves. Cela a renforcé encore plus notre sentiment de responsabilité. C'était une période étrange et incertaine mais nous l'avons dépassée en restant solidaires les uns avec les autres. Et c'est là la clé sans doute de cette énigme mondiale : la solidarité et le respect des autres peuvent sauver des vies. C'est pourquoi nous prenons des mesures adéquates pour éviter tout danger.

 

Quels sont vos projets pour cette rentrée?

Nous allons continuer ce programme d’envergure démarré en mai et qui se terminera en octobre, dont nous vous avons parlé plus haut : « Bien ensemble. Les créateurs de France pendant et après le coronavirus ». Pour vous en parler plus précisément, il s’agit d'interviews avec 19 jeunes artistes roumains qui travaillent en France ou des traducteurs du roumain au français – un rendez-vous hebdomadaire sur nos pages Facebook et Instagram pour les voir et les écouter, connaître leurs espoirs, leurs idées pour le futur mais aussi pour comprendre comment fonctionne leur processus de création ou d’interprétation, de travail artistique quotidien. Nous avons dû composer avec le confinement et l’après-confinement, cette période qui continue à s’avérer assez trouble.

Ensuite, notre première sortie du virtuel s'est faite avec l’exposition « Visage(s) d’Europe » sur les grilles de la Tour Saint Jacques à Paris, une exposition collective initiée par l’EUNIC France, où nous présenterons des photos de Felicia Simion et de sa série « Ethnographies ».
L’Institut culturel roumain de Paris accueille également des cours de langue roumaine pour les adultes. En mars dernier, en pleine pandémie, ces cours ont été tenus en ligne. Pour la reprise des cours, à la rentrée, on se trouve malheureusement, dans l'obligation de garder cette formule en ligne, vu l’évolution de la situation sanitaire à Paris.

On essaye, malgré tout, de sortir à petits pas de cette dématérialisation de nos événements, en proposant des activités pour un public restreint, mais qui seraient l’occasion de rencontres physiques avec les artistes. On ouvrira les portes de notre galerie en novembre prochain pour l’exposition « Vatra Luminoasă – le modèle des cités-jardins à Bucarest », initiée par Jérémy Vercken de Vreuschmen, architecte à Paris et arrière-petit-fils de Ion Hanciu, l’architecte qui a construit le quartier Vatra Luminoasă  au milieu des années 30 à Bucarest. L’exposition, dédiée au public français et international, examinera le quartier sous trois angles : l’histoire, l’architecture et l’anthropologie afin de montrer comment ce quartier faisant partie du patrimoine, à l’architecture exemplaire, a traversé les différents régimes et époques successives. Elle abordera également d’autres modèles de cité-jardins européens, ainsi que la question de la protection du patrimoine de nos jours.

 

Etes-vous optimistes en ce qui concerne l'"après"?

L’optimiste semble de toute façon la seule option possible afin de continuer. Ce qui est arrivé ce printemps ressemble beaucoup au conte de Miyazaki… notre château ambulant [notre monde tel que nous le connaissons] s’est arrêté de manière brusque et impensable. Son redémarrage, après l’effet choc de cette nouvelle réalité, n’a été possible que du fait de l’existence du feu follet. Est-ce cela le symbole de l’espoir et de la manière dont l’humanité a su retrouver à chaque fois la force pour continuer, pour se réinventer et s'adapter. Cela est fort probable.

Il y aura certainement un après car, heureusement pour nous, toutes les choses ont une fin, les bonnes mais surtout les mauvaises. Il y aura une fin donc à cette période de crise, d’abord crise aigüe et maintenant lente, douloureuse, avec les conséquences économiques que nous connaissons tous et dont le secteur culturel n’est pas épargné. Plus que cela, on pourrait dire, sans exagérer, que le secteur culturel a été le plus touché, et il le sera encore.

Pour l’après qui suivra avec certitude dans quelque temps, les espoirs et les désirs de continuer et d’avancer sont au rendez-vous : par contre, il nous faudra être conscients que tout ne sera pas comme avant. Il y aura des nouvelles manières de voir les événements, de les organiser, de créer une relation inédite avec le public et même avec nous-mêmes, avec des nouvelles variables qui, voilà, sont devenues quasi sine qua non : la distanciation, la possibilité d’un retour du virus ou la nécessité de vivre avec, la capacité d’être apte et agile lors d’un changement de paradigme, le télétravail, le virage vers plus de numérique, la nécessité de trouver de nouvelles manières de nous exprimer et de travailler.

 

Suite à la saison France-Roumanie de l'année précédente, sentez-vous une évolution palpable dans la manière dont les Français perçoivent aujourd'hui les Roumains?

La Saison France-Roumanie 2019 a produit une véritable effervescence et une ouverture sur les nouvelles manières d’expression artistique, visible des deux côtés. Les partenariats avec les opérateurs et les institutions culturelles français ont fait leur preuve et c’est à nous maintenant de continuer à construire nos programmes dans cet esprit.  

Bien évidemment, un tel changement de perception ne se construit pas en une Saison. Mais il est évident que son impact fut important. Les cours de roumain sont beaucoup plus recherchés. Les jeunes, aimantés par la musique, connaissent de plus en plus la Roumanie; le concert live que nous avons organisé avec Cercle à l'Ambassade de Roumanie, où a joué l'artiste roumain Bog, fut un lumineux succès : le public nombreux des jeunes générations n'avait jamais approché la Roumanie de près, et cela a été pour eux une première impulsion pour découvrir les autres activités de l'Institut. De plus, des personnes d'origine roumaine, mais qui n'ont pas encore eu l'occasion de se reconnecter à leurs racines, viennent de plus en plus fréquemment vers nous - ils voient l'Institut comme un tremplin idéal, ce qui nous honore grandement.

Les Français, nous en sommes certains, verront les choses avec d'autres perspectives; en tout cas, nous nous y attelons à chaque instant. C'est pour perpétuer cet engouement créé par la Saison que nous réalisons des événements renforçant cette coopération, mettant en avant les nombreux artistes se partageant entre les deux pays. De plus, cette année nous fêtons les 140 ans des relations diplomatiques entre la Roumanie et la France. Voilà pourquoi notre mission est si importante pour nous : nos liens sont puissants, et nous devons les maintenir pour que les mentalités changent dans les deux pays.

Pour conclure, nous pouvons dire qu'il est dommage qu'avec cette pandémie, nous n'ayons pu exploiter à fond cette ouverture donnée par la Saison. Mais nous ne perdons pas espoir, bien au contraire ! Que ce soit les 140 ans de relations diplomatiques, ou le maintien de Timişoara comme ville à l’honneur à côté de Bucarest ou encore pour le salon du Livre à Paris en 2021, la culture roumaine est et sera encore à l'honneur - et c'est à nous de la faire fleurir encore longtemps en France mais aussi partout, à l'étranger.

 

 

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
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