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Rencontre avec le pianiste et compositeur Jean-François Zygel

Par Grégory Rateau | Publié le 02/09/2019 à 00:00 | Mis à jour le 09/09/2019 à 13:03
Jean François ZYGEL

Pour participer au projet "Enescu hors les murs" - à l'initiative de l’Institut français de Roumanie et associé au Festival international George Enescu 2019 - le célèbre pianiste et compositeur français, Jean-François Zygel se rendra à Bucarest pour une masterclass, un concert et un ciné-concert le 16, 17 et 18 septembre. En exclusivité pour nos lecteurs, il a accepté de répondre à nos questions et de nous livrer les secrets de son art.

 

 

Grégory Rateau:  Vous participez au projet "Enescu hors les murs". Pouvez-vous me parler très brièvement du compositeur George Enescu ? Est-il assez connu à l'étranger? En quoi vous inspire-t-il ?

Jean-François Zygel: Plus j'avance en âge plus je considère George Enescu comme l'un des plus grands compositeurs de la première moitié du XXe siècle. Ma musique est incontestablement influencée par ce que j'ai écouté et étudié de lui, notamment sur le plan rythmique et sur le plan harmonique. Me produire dans le cadre d'un festival portant son nom est pour moi très significatif.



Quel lien entretenez-vous avec Bucarest ? Quelles en ont été vos premières perceptions ?

La variété ! Bucarest est pour moi une ville très inspirante, car elle mêle d'une manière très particulière l'intime et le solennel, le religieux et le bucolique, la douceur de la nostalgie et l'énergie de la modernité.

 

Vous êtes connu pour être un passeur, vous voulez transmettre la musique en allant au contact des gens. Comment peut-on, de nos jours, sensibiliser les jeunes à la musique classique ?

Vous connaissez certainement cette phrase d'Enescu : « Ce qui importe, en art, c'est de vibrer soi-même et de faire vibrer les autres ». Lorsque j'étais petit, les émissions de télévision et de radio de Leonard Bernstein et de Glenn Gould ont eu une importance déterminante dans ma formation musicale. Je pense que tout artiste, s'il en a la possibilité, doit, en dehors de son travail personnel, penser à diffuser, à faire connaître et à faire aimer les grandes oeuvres et les grands compositeurs.

 

On vous connaît de grandes qualités d'improvisateur. Quand on pense improvisation, on ne pense pas spontanément au classique. Cette discipline n'est-elle pas un peu trop rigide pour le permettre ?

Ma carrière de concertiste est en effet assez singulière puisque sur scène, je n'interprète jamais d’œuvres du répertoire, je joue sans préparation ce que me dictent sur le moment mon imagination et mon inspiration. Et vous avez raison de souligner que l'improvisation a aujourd'hui peu de place dans le monde de la musique classique. Mais cela n'a pas toujours été le cas, et aux XVIIIe et XIXe siècles, de nombreux artistes comme Beethoven, Mozart, Bach ou Liszt se sont fait connaître et apprécier du public avant tout grâce à leur talent d'improvisateurs.

 

Jean-François ZYGEL


 

Quel sentiment vous apporte le fait d'improviser ?

Comme j'improvise au piano presque tous les jours depuis l'âge de huit ans, c'est devenu pour moi quelque chose d'aussi naturel que de respirer, de manger ou de dormir ! Sur scène, je suis comme en état d'hypnose, l'inspiration me porte, j'ai l'impression de voler au-dessus des choses, que tous les problèmes de la vie s'effacent et que seul existe le monde idéal de la mélodie, du contrepoint, du rythme et de l'harmonie...

 

Vous allez accompagner au piano le célèbre film "The phantom of the opera", en improvisant pour un ciné-concert lors de votre venue dans la capitale. Qu'est-ce que cela apporte-t-il à l'expérience filmique du spectateur ?

L'époque des films muets (du début du XXe siècle jusqu'à la fin des années 1920) constitue à mes yeux l'âge d'or du cinéma : le septième art n'a jamais été aussi inventif, aussi artistique, aussi poétique qu'à cette époque ! Le ciné-concert est pour moi une performance artistique particulièrement excitante, et toujours renouvelée puisqu’elle associe la musique d’aujourd’hui aux images d’hier.
C’est un spectacle "vivant", ce que le cinéma d’aujourd’hui, aussi réussi soit-il, n’est plus. Quel plaisir d'improviser au pied de l'écran, presque comme si je devenais l'un des personnages du film !

 

 

En savoir plus sur Jean-François Zygel


Après ses études au Conservatoire de Paris (CNSMDP) où il obtient dix premiers prix, Jean-François Zygel remporte en 1984 le premier prix du Concours international d'improvisation au piano de la Ville de Lyon. C'est le début d'une carrière singulière de concertiste improvisateur qui l'amènera à partager la scène avec des danseurs, des comédiens, des artistes de jazz, de la chanson ou des musiques du monde. Nommé « artiste en résidence » pour la 5e année consécutive à la Philharmonie Luxembourg, Jean-François Zygel donnera ainsi plus d’une centaine de concerts en France et à l’étranger au cours de la saison 2019-2020.

Jean-François Zygel est par ailleurs reconnu en France et à l'étranger comme l'un des meilleurs spécialistes de l'accompagnement de films muets en concert (Chorégies d’Orange, Philharmonie de Paris, Théâtre du Châtelet, Opéra Bastille, Philharmonie Luxembourg, Lincoln Center de New York, National Gallery de Washington, festival international du Film de Jérusalem, festival Arabesques de Hambourg, festival Musica de Strasbourg, Opéra de Monte-Carlo, Opéra de Nice, Auditorium de Lyon, Théâtre national de Toulouse, Arsenal de Metz…).

Jean-François Zygel a fondé il y a quinze ans la classe d'improvisation au piano au Conservatoire de Paris, engageant de nombreux partenariats avec des institutions comme le Forum des Images, la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé et la Cinémathèque française. Il est également connu du grand public pour ses interventions à la télévision (Les Clefs de l’orchestre, La Boîte à musique...) et à la radio (La Preuve par Z sur France Inter), où il défend avec humour et passion son art de prédilection. Après la parution d’un disque intitulé tout simplement Improvisations (naïve), il remporte plusieurs récompenses avec Double Messieurs (naïve), un album enregistré en duo avec le grand pianiste de jazz français Antoine Hervé. Son dernier opus, L'Alchimiste, un alliage subtil entre chanson française et piano classique, est récemment paru chez Sony.

 

Vous trouverez le lien des évènements auxquels il participera en septembre ici

 

 

grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef du site lepetitjournal.com/Bucarest, chroniqueur à Radio Roumanie Internationale et écrivain
1 Commentaire (s)Réagir
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Dominique lun 02/09/2019 - 20:29

Très bel article.... Bravo pour cette approche journalistique sobre et intelligente ...

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