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Rencontre avec Andrei Ionita, jeune prodige de la musique classique

Par Adrien Le Noel | Publié le 18/09/2017 à 10:05 | Mis à jour le 22/09/2017 à 13:07
Photo : Andrei Ionita
Andrei Ionita

A seulement 21 ans, Andrei Ionita, violoncelliste, est le premier Roumain à avoir remporté le premier prix à la prestigieuse Compétition Internationale Tchaikovsky (catégorie violoncelle) qui a eu lieu en Russie en 2015. Il est aussi lauréat de nombreuses compétitions internationales dont le Vatelot-Rampal à Paris en 2007, la compétition musicale ARD en 2014 à Munich et le Grand Prix Feuermann à Berlin la même année. Ce jeune prodige joue d’un violoncelle qui a été fabriqué en 1671 par Giovanni Battista Rogeri. LePetitJournal l’a rencontré dans le cadre du Festival George Enescu. Il revient sur son arrivée dans le monde de la musique ainsi que sur son rôle d’ambassadeur de la culture roumaine.

 

-       LePetitJournal.com de Bucarest : Comment à l’âge de cinq ans, avez-vous découvert l’univers de la musique ?

 

-       Andrei Ionita : Même si je ne viens pas d’une famille de musiciens, mes parents sont de grands amoureux de musique. C’était l’idée de ma mère que je commence à jouer d’un instrument et elle m’a énormément soutenu lors de mon apprentissage. J’ai commencé à jouer au piano à l’âge de 5 ou 6 ans, et 3 ans plus tard, je me suis redirigé vers le violoncelle. J’ai ensuite fini mes études à Bucarest et je suis désormais à Berlin, au sein de l’Université des arts. J’y étudie depuis 5 ans et j’ai eu la possibilité de jouer là-bas avec Jans Petermeinz.

 

-       Comment votre professeure vous a t-elle convaincu de quitter le piano pour le violon ?

 

-       Ma professeure de piano m’a proposé cette idée et m’a dit que j’avais tout ce qu’il fallait pour maîtriser le violoncelle et que si je ne le faisais pas, ce serait fortement dommageable. Elle avait cette conviction que je pouvais davantage m’épanouir avec un instrument à cordes. A l’époque, j’avais entre 8 et 9 ans. Cela semble jeune mais j’ai commencé le violon avec du retard. J’avais des cours avec d’autres enfants qui avaient commencé avant et j’ai dû bien travailler pour les rattraper.

 

-       Vous avez déclaré avoir été inspiré par les sciences, la musique et la philosophie, quelles ont été vos sources d’inspiration ?

 

-       J’ai eu plusieurs sources d’inspiration, notamment certains violonistes. Je dirais Daniil Chafran, Jacqueline Du Pré ou encore Steven Isserlis avec qui j’ai eu la chance de jouer. Je me suis également toujours inspiré de mes cours de sciences et de philosophie quand j’étais encore au collège et au lycée, j’en ai gardé d’excellents souvenirs. Enfin, et c’est peut être ma source d’inspiration principale, ma professeure de piano qui est devenue ma professeure de violon. Elle n’était pas seulement incroyablement professionnelle, mais elle était aussi une grande mentor pour moi. Elle m’a énormément aidé et accompagné durant toutes les étapes que j’ai eu à rencontrer.

 

-       De quelle manière ces personnes, que vous avez fréquentées durant votre (jeune) carrière, ont-elles changé votre manière de voir les choses et de faire de la musique ?

 

-       Il y a certaines règles à savoir et connaître au moment de jouer d’un instrument. Ces règles sont les choses les plus importantes que j’ai apprises durant ces nombreuses heures d’enseignement, avec ma professeure notamment. C’était une manière différente de faire de la musique. Dans la musique classique, il est toujours question de l’aspect technique et de l’interprétation artistique. A un certain niveau, vous devez les combiner, et elle m’a énormément aidée sur cet aspect.  

 

-       A quel moment, lors de votre jeunesse, avez-vous réalisé que votre rêve était de devenir musicien ?

 

-       Je ne me suis jamais imaginé faire quelque chose d’autre de ma vie. J’ai juste continué à faire ce que j’aimais et cela m’a emmené là où je suis. Je pense que, d’une certaine manière, cela devait arriver, et je ne pouvais pas refuser (rires). Lors de mon adolescence, j’ai gagné deux compétitions, l’une avait lieu en Allemagne et la seconde en Hongrie. C’était deux compétitions très importantes pour quelqu’un de mon âge. Je me suis alors dit qu’il y avait peut être quelque chose à faire et que je devais continuer dans ce sens.

 

-       Vous avez remporté en 2013 le prix Aram Khacharam et en 2014 celui de l’ARD, à quel moment vous êtes vous dit que vous entriez dans la cour des grands ?

 

-       Je dirais plutôt que c’était en 2015, après avoir remporté le prix Tchaïkovski. C’était un moment incroyable à vivre et il m’a ouvert d’innombrables portes. A la suite de cette victoire j’ai pu faire des concerts au Carnagie Hall à Londres ou encore jouer avec l’orchestre philharmonique de Munich. C’est vraiment à ce moment-là que j’ai pris conscience que ma « carrière » avait pris son envol.

 

-       Pour arriver à ce niveau là, combien d’heures dans votre journée sont consacrées à la musique ?

 

-       Cela nécessite beaucoup d’entraînement et je dirais qu’en moyenne, c’est autour de 3-4h par jour. Je fais en sorte d’être extrêmement concentré durant mes entraînements. Je sais que de très nombreux jeunes musiciens s’entrainent 8h par jour, voire plus mais c’est mauvais pour votre santé, votre cerveau, votre esprit et pour vos mains. C’est extrêmement fatiguant. Sur ces 8 heures d’entraînement vous ne pouvez pas être concentré tout du long. Il vaut mieux privilégier la qualité et la concentration plutôt que la quantité. C’est ma manière de voir les choses en tout cas. En revanche, si vous vous préparerez pour un grand concert ou un grand festival avec un répertoire musical très large, vous vous devez de maîtriser ce répertoire et ça fait forcément des journées plus longues.

 

-       Avez-vous des envies particulières pour la suite de votre carrière ?

 

-       Le prix que j’ai reçu il y a deux ans a donné beaucoup d’espoir et d’inspiration aux jeunes musiciens roumains. J’aimerais changer les choses à mon échelle, mais je pense qu’aujourd’hui, la meilleure façon pour moi de servir mon pays, est de le représenter de la meilleure manière possible à l'étranger. L’un des plus grands problèmes en Roumanie n’est pas forcément notre réputation qui n’est pas très bonne, mais c’est surtout notre absence d’image à l’international. Trop peu de personnes savent ce qu’est la culture roumaine, notre identité, nos mentalités. Si je peux avoir accès à ces cercles restreints de personnalités et de musiciens, j’aimerais pouvoir devenir une sorte d’ambassadeur.

 

 

-       Vous avez notamment joué au Petit Palais à Paris, pouvez-vous nous en parler?

 

-       C’est toujours spécial de jouer à Paris. J’y suis allé 4 ou 5 fois depuis que je suis jeune. La première fois, c’était après avoir reçu une bourse d’études de la part de la Fondation Lagardère. Ils avaient un projet très intéressant avec 5 enfants qui jouaient de la musique et venaient de continents différents. Pour l’Europe, ils cherchaient un jeune violoniste en Roumanie, et après les auditions ils m’ont conservé et m’ont offert un instrument. J’ai joué lors de différents concerts au Petit Palais notamment, mais aussi aux Invalides et j’y retourne en mai pour un autre concert.

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