

La rédaction est allée à la rencontre d'Anouk Ragot, pour son exposition «Mise à nu/Povesta mea» à la galerie d'art «Elite Prof Art». Anouk est une jeune française pétillante qui a tout quitté pour suivre son mari en Roumanie. Ingénieur de profession, elle a décidé d'abandonner son travail pour se concentrer sur son art, la peinture. La Roumanie lui offre cet espace de liberté nécessaire pour tenter cette aventure un peu folle.
Crédit photo: Paola Vigo
LePetitJournal.com de Bucarest : Pouvez-vous nous parler de votre arrivée en Roumanie?
Anouk Ragot : J'étais très excitée à l'idée de vivre enfin mon rêve en partant m'installer à l'étranger. J'avais eu cette chance de vivre un an à Londres pendant mes études et selon moi c'est en partant que tu comprends mieux ton pays et que tu comprends mieux qui tu es. Il y avait donc une énorme énergie positive autour de notre arrivée, et en contraste, un grand vide au quotidien.
Un vide?
Oui (rires). J'avais l'habitude de beaucoup travailler avec un emploi du temps chargé où je me devais d'être très organisée. Du jour au lendemain, je me retrouve dans une maison vide, sans amis et sans famille. Le défi était donc de tout reconstruire. Un autre changement est que je me suis retrouvée à la maison, à la charge de mon mari, ce qui est une première et aussi un choix que l'on a fait ensemble. Nous avions toujours eu des positions professionnelles équivalentes par le passé. Les premiers mois, il a fallu retrouver notre équilibre dans notre couple.
Et vos premières impressions sur Bucarest?
Nous sommes arrivés en mars il y a un an, il faisait très beau ce qui n'est pas négligeable pour bien apprécier un nouvel endroit. Nous avons été très bien accueillis dès les premiers jours, ce qui nous a aidé à mieux appréhender notre vie au sein de cette nouvelle culture. Tout est simple ici: les gens, l'accueil, l'installation, la nourriture, la nature à seulement deux heures de voiture de la Capitale. La qualité de vie est vraiment bonne et les enfants profitent avec bonheur des nombreux espaces verts ! Pour donner un exemple : en France, nous avions des amis mais sans vraiment avoir le temps de les voir, nos week-end étaient déjà bloqués cinq mois à l'avance. En Roumanie, on dispose de notre temps et on commence à se faire de nouveaux amis que l'on prend le temps de voir assez régulièrement. Même cette façon un peu chaotique de conduire des roumains, me correspond parfaitement (rires).
Quel a été le déclic pour vous lancer dans la peinture et le dessin?
J'ai toujours peint, très jeune j'exposais ponctuellement pour des petites expos, à l'époque c'est davantage le pastel qui m'intéressait mais j'ai peu à peu appris d'autres techniques telles que l'huile, l'aquarelle, le dessin. Je suis la cinquième de la famille, mon père rêvait d'une artiste dans la famille mais il me répétait en parallèle que ce serait une vie bien difficile (rires). Je suis donc devenue ingénieur. Il ne faut pas trop influencer ses enfants car ils font justement l'inverse ! Mon père a été très déçu que je ne persévère pas dans l'art. La peinture est donc passée au second plan, sans jamais être totalement exclue de ma vie. Ma priorité avait juste basculé vers mes enfants, mon couple, mon travail, la vie d'adulte en somme (rires). A Londres, je prenais néanmoins des cours du soir de modèle vivants nus. Au début, je travaillais sur la reproduction d'oeuvres en me les réappropriant avec une explosion de couleurs. Je me réalise avec la couleur! En rentrant j'ai continué les cours du soir aux Beaux-arts à Paris. Je faisais un tableau ou deux tous les deux ans. Je n'avais même pas de place pour peindre ou exposer mes toiles. Les gens m'encourageaient mais moi je perdais confiance, cela me paraissait si lointain que je doutais de mes capacités à continuer là où je m'étais arrêtée. L'élan avait donc laissé la place aux doutes.

Quand avez-vous retrouvé la flamme?
En fin d'année dernière, j'ai eu le déclic. J'étais allée voir à la galerie «Carré d'artistes», des toiles de Daniel Castan qui m'ont fait une très forte impression, surtout une vidéo de lui sur internet, où il partage son expérience et décomplexe l'art en général : les ratés sont utiles à la progression. Il explique que le jour où il a accepté de ne pas viser le chef d'?uvre, il a commencé à trouver son style qui s'avère reconnu et très prometteur. De plus, il témoigne avoir considéré la peinture comme un travail versus un "à-côté", et s'être donné des objectifs, des plages horaires avec une rigueur quotidienne. J'ai vraiment apprécié ces conseils tous simples que j'ai voulu ensuite mettre moi-même en pratique.
Et qu'est-ce que ça a donné?
Et bien j'ai inscrit ma fille à la crèche pour me dégager du temps, mon mari m'a beaucoup soutenu et je m'y suis mis à plein temps. J'ai retrouvé l'envie et la disponibilité pour que l'inspiration puisse venir naturellement, je me suis éclatée. Mon fils de 3 ans et mon mari furent mes critiques au quotidien. En effet, j'ai gardé ce projet secret pour ne pas provoquer de nouvelles attentes chez mes parents et mes amis. Je voulais leur faire la surprise. Mes parents arrivent demain et ils vont pouvoir découvrir mon exposition, c'est un grand bonheur pour moi, c'est inespéré !
Le milieu de l'art en Roumanie a-t-il été difficile à approcher?
Oui et non, les choses se sont faites par le bouche à oreille et les gens se sont montrés bienveillants et positifs, ils avaient envie d'aider, de valoriser un travail qu'ils avaient apprécié. C'est une artiste roumaine, Carmen Marin, qui m'a donné mon plus beau coup de pouce pour cette exposition. Elle fait des choses fabuleuses et m'a coaché en toute amitié, ses conseils m'ont étés très précieux. Comme vous le voyez, les choses se sont faites de manière aussi naturelles que pour mon installation (rires). Trois jours après elle m'avait trouvé une galerie et le timing était parfait, mes parents arrivent juste pour l'exposition! Je découvre le monde des critiques d'art, je prépare l'expo, met en place la promo sur une page Facebook dédiée à cet effet. Je suis comblée.
La Roumanie vous a-t-elle inspirée?
Pas directement dans le choix de mes sujets mais elle a servi de cadre à mon bien-être et à mon épanouissement personnel, ce qui a été le vrai moteur de cette nouvelle aventure. En ce sens oui, ce pays a été le lieu idéal pour rendre les choses possibles. Ici, tous mes complexes ont volé en éclat, j'ai pu m'épanouir avec la couleur, sur les thèmes. Loin de chez soi, on s'écoute beaucoup plus, notre histoire est à réinventer chaque jour un peu plus.
Y-a-il des avantages ou des désavantages à élever vos enfants ici?
Au-delà du côté matériel, pour eux c'est une ouverture d'esprit incroyable. Ma fille, qui va avoir deux ans, comprend le français, le roumain et l'anglais, c'est une chance pour l'avenir. L'éducation en français est très bonne et très bien valorisée sur le sol de la Roumanie. Pour la santé, j'étais inquiète au départ, je ne vais pas le cacher, et j'ai été surprise de trouver de bons pédiatres qui ont été adorables et nous ont facilité les démarches., ce pays offre de beaux avantages pour toute la famille.

Propos recueillis par Grégory Rateau (www.lepetitjournal.com/Bucarest) - Lundi 24 avril 2017







