

Notre rédaction est allée au contact d'un français, Bruno Lavail, qui, un beau jour, a décidé de tout quitter, pour partir travailler avec La Croix Rouge en Afrique puis en Roumanie, un mois après la chute de Ceausescu. Ce qui ne devait durer qu'un mois ou deux, s'est prolongé au point qu'il n'est plus jamais reparti. Passionné de moto, Bruno a monté son club de motards, le « Moto Touring Club » qui s'implique aussi dans des actions caritatives. La preuve donc que motard peut aussi rimer avec responsabilité et solidarité.
LePetitJournal.com Bucarest : Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Bruno Lavail: Je suis arrivé en Roumanie en 1990, par le biais de l'humanitaire avec la Croix Rouge pour aider les enfants. Je suis parti de Lyon, en passant par la Yougoslavie qui à l'époque commençait à se démembrer, pour arriver ensuite à Giurgiu sur le Danube. J'ai finalement débarqué à Bucarest et c'est là qu'a vraiment commencé ma découverte des gens.
Et quelles ont été vos premières impressions du pays ?
Et bien venant de Yougoslavie on voit tout de suite la différence, la pauvreté par exemple, un sérieux grand écart avec les pays que l'on avait traversé, mais le plus étonnant c'est qu'ici je n'étais plus un étranger. Les gens avaient le contact facile. On s'arrêtait à un coin de rue et il y avait très vite un attroupement. Les gens n'avaient jamais vu nos modèles de voiture, et ils faisaient bloc autour de nous pour nous assaillir de questions, sur nos voitures, sur notre culture, sur des auteurs français, ils parlaient notre langue et voulaient tout savoir sur la politique. La francophonie était beaucoup plus présente à cette époque qu'aujourd'hui. Aucun a priori et un sens de l'accueil incroyable.

Pourquoi être resté ?
Pour des raisons sentimentales (rires). Je ne vais rien vous apprendre de nouveau ! Pour rester ici, ça c'est une autre paire de manche, il fallait avoir une activité et c'est plus du tout comme maintenant. J'ai donc cherché un nouveau travail, en faisant le tour des contacts que j'avais pu me faire. J'étais décidé à tenter autre chose, j'ai donc bossé dans les assurances puis l'immobilier. Avec la Croix Rouge j'étais dans une bulle, là j'avançais sans filet de sécurité, tous les tracas administratifs et autres, je devais à présent m'y confronter (rires).
Quand vous est venue la passion de la moto ?
Je pensais depuis pas mal de temps à en acheter une, et vous savez ce que c'est, lorsqu'une idée vous trotte tous les jours dans la tête, on finit par la concrétiser. Ma première moto était un trail routier, une moto un peu ancienne, une Honda Africa Twin, un modèle très connu à l'époque des rallyes Paris Dakar. C'est une moto idéale pour passer des routes goudronnées à des chemins en terre, et ici en Roumanie il faut s'attendre à ce type de configuration (rires).
Comment avez-vous constitué votre club et pouvez-vous nous le présenter ?
Un jour comme ça, lors d'un pot, j'ai lancé l'idée avec deux Français passionnés de motos et c'est comme ça que les choses se sont faites. On a voulu faire les choses bien, en France les clubs de motos sont assez développés, il y en a plusieurs par département, et ce sont des occasions de rassemblement et d'échange. On voulait garder ce modèle "à la française". On a donc travaillé ensemble pour réunir des membres. Chaque mois nous faisons une sortie pour partir à la découverte du territoire. Il est vrai qu'on est loin de la mythologie des bikers, avec leur hiérarchie, leur style et leur côté casse-cou. On respecte les réglementations, on pense à notre sécurité et à celle des autres avant toute chose. Ici je vois certains motards en T-shirt, avec des shorts,... Nous, on ne fait pas de frime, nos équipements sont lourds et peu esthétiques. On aime contempler les choses autour de nous, on ne recherche pas forcément les montées d'adrénaline suicidaires (rires). On cherche avant toute chose à prendre du plaisir, en restant responsables et respectueux des gens que l'on croise et de la nature que l'on traverse. Le plus important pour nous ce n'est pas la destination mais le chemin, avec ses belles surprises et ses rencontres. On doit prendre aussi le temps de s'arrêter pour ne rien louper. Notre club est aussi une association, et nous organisons ou participons à des actions de soutien à des personnes en difficulté. Par exemple, on a dans le projet de soutenir une école de mécanique dans un village de Fagaras en leur faisant don d'une voiture et de plusieurs outils. On ne peut pas traverser la Roumanie en fermant les yeux sur toutes les injustices que l'on croise sur sa route.
D'ailleurs, comment les gens réagissent-ils dans les localités un peu reculées lors de votre passage ?
Déjà les motards ne passent pas habituellement par les petites routes de campagnes, les gens sont d'autant plus surpris de voir une meute sur deux roues traverser leur petit village tranquille. On nous entend déjà venir à des km à la ronde (rires). Ce sont surtout les enfants qui adorent, ils courent après nous pour voir les motos de plus près. Là-bas on est dans une autre réalité, la perception du temps n'est plus la même. C'est là que commence le vrai dépaysement.
Quel est le plus bel endroit que vous ayez traversé ?
Bien sur qu'il y a des routes très belles comme la Transfagarasan ou la Transalpine, mais en dehors des mois de Juillet, Août où c'est bondé de monde. Nous aimons tout autant les petites routes de campagne. Un de mes endroits préférés est la Dobrogea, car ce n'est pas un endroit surchargé de touristes. Je me rappelle d'un trajet qu'on avait fait au bord de l'eau en partant d'Istria et en passant tout au long du lac Sinoe jusqu'à des petites localités comme Babadag. Cette région permet de passer d'un paysage à l'autre, de voir des plateaux, il y a un côté aride et ensuite des forêts magnifiques. On aime aussi s'arrêter dans des pensions un peu au hasard et s'attabler à des auberges du coin.

Propos recueillis par Sarah Taher et Grégory Rateau







