Une Maison de la Francophonie bientôt à Bucarest. Rencontre avec Mme Laurence Marion

Par Grégory Rateau | Publié le 04/04/2022 à 00:00 | Mis à jour le 04/04/2022 à 09:17
Photo : crédit photo: Antoine Meyssonnier
Laurence Marion Maison de la Francophonie

Une Maison de la Francophonie ouvrira prochainement ses portes à Bucarest. Elle sera la deuxième du genre dans le monde après celle qui a déjà ouvert ses portes l'année passée sur le campus de la Cité internationale universitaire de Paris. La future Maison de la Francophonie, dont la finalisation est prévue pour 2023, sera dotée de 334 chambres et pourra accueillir des étudiants et des chercheurs issus du monde francophone. Une cérémonie a eu lieu le 16 mars pour marquer la pose de la première pierre de ce gigantesque établissement qui sera intégré à l'Université Polytechnique de Bucarest. Nous sommes allés à la rencontre de Mme Laurence Marion, déléguée générale de la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) pour nous en parler.

 

Maison de la Francophonie Roumanie
Maison de la Francophonie - crédit photo: Cité internationale universitaire de Paris

 

Quelles sont les particularités de cette première Maison de la Francophonie qui a vu le jour en 2021 à Paris ?

Laurence Marion: La Maison des étudiants de la Francophonie à la Cité internationale universitaire de Paris, s’inscrit dans la stratégie internationale pour la langue française et le plurilinguisme, annoncée par le président de la République Emmanuel Macron le 20 mars 2018 à l’occasion de la journée internationale de la Francophonie. Cette maison de 300 logements vient s’ajouter aux 42 maisons déjà présentes sur le campus.

Avec l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF), notre partenaire privilégié dans cette maison, nous avons fait le pari de la mise en valeur des talents des pays francophones en leur ouvrant les portes des meilleurs établissements d’enseignement et de recherche franciliens. L’AUF dispose d’un quota de 150 logements destinés à des étudiants et chercheurs de la francophonie. Avec cette maison, nous renforçons sur le campus la présence de la jeunesse francophone qui était déjà représentée par exemple à travers la Maison des étudiants arméniens, la Maison des étudiants canadiens, la Maison du Liban ou la Fondation Lucien Paye. Elle permettra d’élargir encore plus la diffusion de la langue et de la culture francophones.

En plus d’être un lieu d’hébergement situé dans un campus unique au monde, la Maison des étudiants de la Francophonie contribue également activement au renforcement de la coopération universitaire et scientifique avec les pays francophones. Elle a vocation à être la vitrine de cette culture francophone avec une programmation culturelle riche et variée autour de la francophonie et accessible gratuitement à l’ensemble des résidents ainsi qu’au grand public.

 

Nous lancerons des actions communes entre les deux maisons autour de la francophonie : des événements, des débats, des rencontres entre nos étudiants et chercheurs….

Justement, pouvez-vous revenir sur le rôle de cet établissement? En quoi cet accord de jumelage avec la Roumanie va-t-il stimuler le milieu académique francophone ici et ailleurs ?

Il nous est apparu tout à fait naturel de créer un lien avec la future Maison de la Francophonie de Roumanie, d’autant plus que l’Agence Universitaire de la Francophonie est très présente à Bucarest. Ce jumelage, qui pourra voir le jour dès que la maison sera construite, marquera notre engagement commun en faveur de la promotion de la francophonie. Il permettra d’affirmer notre ambition commune de nous doter de moyens concrets pour accueillir les talents des pays francophones dans des espaces propices pour l’étude, la socialisation et l’organisation d’événements et de festivités.

Nous lancerons des actions communes entre les deux maisons autour de la francophonie : des événements, des débats, des rencontres entre nos étudiants et chercheurs…. J’ai eu l’occasion de visiter le chantier de la Maison de la francophonie de Roumanie avec le recteur de l’Université Politehnica de Bucarest, Mihnea Costoiu. La construction avance à grands pas.

Depuis sa création en 1925, la Cité internationale universitaire de Paris place la promotion de la francophonie au cœur de son projet. Les manifestations culturelles ou intellectuelles qu’elle organise ou auxquelles elle s’associe font vivre les idéaux et les valeurs universelles que porte la Francophonie. Ces valeurs sont incarnées par nos alumni, des personnalités francophones célèbres : Léopold Sédar Senghor, Habib Bourguiba, Abdou Diouf, ou encore les Roumains Dinu Flamand et Matei Visniec, pour n’en citer que quelques-uns.

Lors de ce déplacement, nous avons également mis à l’honneur nos alumni en lançant Cité Alumni Roumanie, notre première antenne à l’étranger de notre réseaux des anciens. Une belle occasion de fédérer les membres de cette importante communauté d’anciens résidents qui sont d’excellents ambassadeurs de la francophonie et de la Cité internationale en Roumanie. La cérémonie a eu lieu à la résidence de l’ambassade de France à Bucarest, à l’invitation de l’ambassadrice de France, Laurence Auer, que je tiens à remercier tout particulièrement, et en présence du ministre roumain de l’Education, Sorin Cimpeanu.

chantier Maison de la Francophonie Roumanie
Sur le chantier de la Maison de la Francophonie - crédit photo: Cité internationale universitaire de Paris

 

 

Pourquoi avoir choisi cette collaboration avec l’Université polytechnique de Bucarest ?

La Cité internationale universitaire de Paris dispose de 43 maisons, dont 28 maisons de pays. Nous menons des réflexions sur la possibilité d’accueillir davantage d’étudiants et de chercheurs des pays européens qui ne sont pas représentés sur le campus par une maison. C’est le cas des pays d’Europe centrale et orientale.

Les échanges que nous avons pu avoir avec le recteur de l’Université Politehnica de Bucarest, Mihnea Costoiu, ainsi qu’avec le ministre de l’éducation, Sorin Cimpeanu, et le directeur adjoint de l’AUF ECO, Adrian Tanasescu, s’inscrivent dans cette volonté d’établir des partenariats qui permettent, à terme, d’accueillir davantage d’étudiants et de chercheurs roumains sur le campus, tout en permettant à la Roumanie de rayonner culturellement au sein de notre campus-monde.

Ce partenariat avec l’Université Politehnica de Bucarest s’inscrirait ainsi dans notre longue tradition partenariale avec les plus grands établissements d’enseignement supérieur et de recherche du monde. Nous serions fiers de nous associer à un acteur académique majeur, qui se place au 1er rang des universités de recherche et d'enseignement de pointe de Roumanie. Je me réjouis de l’appui de l’ambassade de France et de l’expertise et du dynamisme de l’Institut Français de Bucarest en vue de la réussite de ce beau projet.

Maison de la Francophonie Roumanie
Photo: Institutul Francez din Bucuresti

 

 

Dans le contexte de la guerre en Ukraine, est-ce que vous avez prévu des actions en faveur des réfugiés ukrainiens, notamment des étudiants ukrainiens ?

Imaginée après la Première Guerre mondiale, la Cité internationale universitaire de Paris rapproche dans un même lieu des jeunes talents du monde entier. En favorisant la vie commune, les échanges et la compréhension d’un monde riche et complexe, la Cité internationale contribue à la construction d’un monde en paix pour aujourd’hui et pour demain. Bien que centenaire, ce projet reste pleinement d’actualité. Un siècle après, dans la poursuite de ses valeurs fondatrices, elle a été présente aux côtés de la jeunesse lors de la guerre en Syrie, de la catastrophe du port de Beyrouth ou de la prise de pouvoir du régime taliban en Afghanistan.

La Cité internationale universitaire de Paris a d’abord pris des mesures d’urgence pour venir en aide aux étudiants et aux chercheurs ukrainiens déjà présents sur le campus.  Nous avons permis à nos étudiants ukrainiens d’être rejoints par leurs familles, pour ceux qui l’ont souhaité. Nous avons mis en place une collecte de dons de première nécessité, qui ont été acheminés vers l’Ukraine, avec l’aide de civils ukrainiens

Il était important pour nous d’établir une communication immédiate avec l’ensemble de nos résidents qui sont également très touchés par la situation en Ukraine. Nos résidents ont pu bénéficier d’éléments d’éclairage sur le conflit, de suivi psychologique pour celles et ceux qui en avaient exprimé le besoin et nous les avons accompagnés dans leur souhait de s’engager au profit des actions communes de solidarité qui ont été lancées.

Nous sommes en train de travailler à des solutions pour proposer une aide pérenne et sur du long terme aux étudiants et chercheurs ukrainiens réfugiés. Nous avons entamé avec les universités parisiennes des démarches pour permettre prochainement un accueil important d’étudiants et de chercheurs réfugiés sur le campus pour qu’ils puissent poursuivre leurs études et envisager l’avenir de la manière la plus sereine possible. Un nombre important de chambres leur sera réservé à la Cité internationale dès la rentrée prochaine. Nous allons prochainement lancer une grande campagne de dons afin de nous aider à les héberger, les accompagner et les protéger.

 

(...) la langue française, une langue parlée par 125 millions d’étudiants sur les 5 continents. C’est aussi la 2ème langue étrangère la plus enseignée après l’anglais, la 3ème langue la plus utilisée dans le monde des affaires et la 4ème langue la plus utilisée sur Internet.

 

Enfin, avez-vous un message en particulier à faire passer aux étudiants francophones qui nous lisent ?

D’abord, je les félicite d’avoir fait le choix de la langue française, une langue parlée par 125 millions d’étudiants sur les 5 continents. C’est aussi la 2ème langue étrangère la plus enseignée après l’anglais, la 3ème langue la plus utilisée dans le monde des affaires et la 4ème langue la plus utilisée sur Internet. Ils mettent leurs talents, leur dynamisme et leur créativité au service de cette grande famille francophone.

Je demeure convaincue que la francophonie ne passe pas uniquement par l’enseignement de la langue. C’est avant tout un formidable vecteur de valeurs communes dont on a ardemment besoin aujourd’hui : la solidarité, la diversité culturelle, la démocratie, les droits de l'homme ou le droit à l'éducation.

La Francophonie permet de construire des liens durables. J’ai été séduite par les rencontres que j’ai pu faire à l’ambassade de France en Roumanie lors de la cérémonie de lancement de notre réseau d’alumni roumains. J’ai été particulièrement impressionnée par la richesse de leurs parcours et de leurs engagements. Ces liens qui se créent entre les diplômés francophones sont d’une grande importance car leurs compétences sont mises au profit de la communauté à travers l’émulation, la solidarité et l’entraide. Pour finir, je tiens à saluer le travail remarquable des 8000 professeurs de français en Roumanie qui rendent possible ce dynamisme francophone.

 

Plus d'infos sur ciup.fr et alumni.ciup.fr

Sur le même sujet
grégory rateau

Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, ancien chroniqueur à RRI, poète et écrivain
1 Commentaire (s) Réagir
Commentaire avatar

nicolae.dragulanescu@yahoo.com lun 04/04/2022 - 12:12

La Maison de la Francophonie de la Cite Internationale Universitaire de Paris est un hotel/ foyer d'étudiants et chercheurs, pas forcement francophones ou il faut payer pour se faire loger et nourrir.... La Maison de la Francophonie du "Petit Paris" Bucarest sera pareille, mais en bien plus grand (334 lits!).... Elle sera aussi ouverte aux etudiants et chercheurs internationaux, pas forcement francophones! La Roumanie aurait fait mieux d'avoir la Maison de la Roumanie dans la Cite Internationale Universitaire de Paris!.... Par exemple, en achetant - il y a deux decennies - l'ancienne Maison du Cambodge de la Cite Internationale Universitaire de Paris, disponible a l'epoque ... Mais quoi faire pour ameliorer le sort de la langue francaise en Roumanie??? C'EST BEAUCOUP PLUS IMPORTANT QUE CETTE PUBLICITE A LA FRANCOPHONIE INTERNATIONALE!! ...L'AIF, l'AUF et l'OIF auraient pu et du avoir "la vocation et les moyens" pour consolider EFFICACEMENT la francophonie roumaine ! Pas uniquement par la publicite.... EN ECHANGE DE GROSSES COTISATIONS PAYEES ANNUELLEMENT PAR LA ROUMANIE A CES ORGANISATIONS FRANCOPHONES INTERNATIONALES...Ou est l'Universite Francophone de Bucarest promise au Sommet francophone de Bucarest en 2006 par le President Chirac? Pourquoi les professeurs roumains francophones ne peuvent toujours pas etre embauches par les universites membres de l'AUF??? Pas forcement francaises mais aussi africaines ou canadiennes??? La creation a Bucarest de la Maison de la Francophonie et de la Place de la Francophonie sont, en depit de leurs couts, uniquement des actions publicitaires superficielles SANS IMPACT sur le maintien et le developpement de l'interet des Roumains pour la langue francaise... Et sur l'avenir incertain de la langue de Moliere en Roumanie, pays ou - pendant plus d'un siecle - elle a ete LA LANGUE DE COEUR DES ROUMAINS...

Répondre

Soutenez la rédaction Bucarest !

En contribuant, vous participez à garantir sa qualité et son indépendance.

Je soutiens !

Merci !

Grégory Rateau

Rédacteur en chef de l'éditon Bucarest.

À lire sur votre édition locale