

Reconnue par la critique et par ses pairs illustres comme J.M.G. Le Clézio, récompensée par de nombreux prix, Liliana Laz?r s'est installée durablement dans le paysage littéraire français. "Terre des affranchis" (Gaïa, 2009, Lauréate 2010 du Prix des cinq continents de la francophonie, Prix Première 2010 des auditeurs de la RTBF, Prix Littéraire Québec-France Marie-Claire-Blais 2011, etc.) et "Enfants du diable" (Seuil, 2016) sont désormais des succès de librairie.
Nous avons demandé à l'intéressée ce que cette belle aventure littéraire lui inspire et surtout que signifie pour elle être écrivain roumain de langue française aujourd'hui.

Aurais-je écrit si je vivais encore en Roumanie ? Je ne le sais pas. Que représente la nationalité quand on devient écrivain ? Je me suis toujours méfiée des écrivains « nationaux ». Je reste persuadée qu'il y a un risque à s'enfermer dans une identité nationale qui finit par tuer toute créativité. Si appartenance il y a, c'est celle à une culture, elle-même sans cesse remodelée, renouvelée, transfigurée.
Le statut d'un écrivain n'est pas le même d'un pays à un autre. En France, si vous êtes écrivain, les gens font attention à ce que vous dites, toute déclaration acquiert une forme d'autorité. A l'inverse, en Roumanie on se méfie des écrivains surtout quand ils choisissent une autre langue pour s'exprimer, ce qui fait d'eux des traîtres à leur patrie. Mais combien savent ce que ce choix coûte à ceux qui vivent dans l'exil ? En m'éloignant de mon pays je n'ai pas oublié ma langue maternelle. Mettre de la distance avec ce qu'on a perdu n'est pas une lâcheté, c'est un combat permanent pour une certaine forme de survie, d'adaptation. Dans ce combat je me suis servie du français comme d'un bouclier. Cette langue française, patiemment apprivoisée durant tant d'années, a fini par m'adopter. Elle m'a autorisée à raconter le pays qui m'a vue naître et grandir, en me prêtant ses mots qui arrondissent les angles, apportent des nuances, permettent à l'indicible de prendre forme. Ma préoccupation première reste cela, raconter, en puisant mon inspiration dans la Roumanie de mon enfance. Je suis une déracinée qui vit dans la nostalgie de son terreau premier. Qui retourne le humer, année après année, le retrouvant chaque fois enrichi par la décomposition d'une nouvelle couche de feuilles mortes. Saisie par l'angoisse du temps qui passe, j'ouvre mon imaginaire aux autres pour témoigner d'un monde que j'ai connu.
Suis-je une écrivaine roumaine, de langue française ? Pour mes lecteurs je suis une écrivaine, tout simplement. Le reste n'est qu'itinéraire.

Propos recueillis par Dan Burcea (lepetitjournal.com/bucarest) mardi 28 mars 2017







