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HISTOIRE D’UN LIEU - Le marché Obor

Par Allan Bourgeais | Publié le 17/04/2019 à 00:00 | Mis à jour le 17/04/2019 à 14:11
Obor marché roumanie Bucarest histoire d'un lieu

Connu de nom pour certains Français, passe-temps du week-end pour d'autres, le marché Obor est, pour les Bucarestois, un lieu chargé d'histoire. Son histoire n'est pas celle d'un bâtiment, mais celle d'un lieu qui change au gré des besoins et des nécessités d'une ville en expansion. L'un de nos fidèles lecteurs, Allan, nous en parle...

 

 

Situé dès le début du 17e siècle au nord-est de Bucarest, le marché Obor sert alors à réapprovisionner la ville en denrées alimentaires provenant des campagnes. Le transport de la viande non transformée étant à cette époque pratiquement impossible, c'est vivant que les marchands apportaient leur bétail à la capitale. Pour des raisons sanitaires, l'abattage était interdit au sein même de la ville. Celui-ci se faisait directement sur le marché, situé à l'extrémité de la capitale pour cette raison. Il était d'ailleurs connu, notamment, sous le nom Targulde afara, le marché d'en-dehors.

 

À ses débuts, le marché Obor était aussi le lieu des exécutions publiques. Les prisonniers, forcés à traverser le marché pieds et poings liés, lettre de condamnation autour du cou, étaient hués par la foule sous les harangues des bourreaux. C'est en 1822 que cette triste pratique sera interdite par Grigore Ghica. Une croix de pierre, surnommée Croix des commerçants, fut élevée pour redonner à ce lieu sa véritable fonction. Elle était visible il y a encore quelques années, avant qu'elle ne soit démontée pour être rénovée.

 

En périphérie du marché, qui se déroulait alors les mercredis et samedis, s'organisaient régulièrement des foires d'artisans et de producteurs. La plus connue d'entre elles est celle de Mosilor, ou Mosii, qui se déroulait 40 jours après Pâques. Véritables fêtes populaires, ces foires regorgeaient d'étals en tous genres. Les traditionnels stands de fleurs côtoyaient ceux de jouets et de bijoux en toc, non loin des fameux cirques de monstres, des photographes à la minute et des jeux de chances.

 


Dans le troisième livre de ses mémoires, le prince Carol rapporte ainsi sa première visite, le 18 juin 1867 : « Mosii est importante pour la ville et ses environs. Bien que venant de villages reculés, la population paysanne est présente en grand nombre. Bien pittoresques sont les expositions de potiers et de sculpteurs de bois? Et plus encore sont les calusari, danseurs en costume national, qui donnent à Mosilor ses couleurs de fête populaire... Quel rassemblement? Toutes ces formations de musique folklorique de la ville et de ses environs qui jouent ici? »

 


Dans les années 1920, suivant le modèle des grandes capitales européennes, la mairie installe des lignes de trolleybus directes, permettant un accès rapide aux festivitésLa foire elle-même se modernise et accueille alors, en parallèle des activités traditionnelles, des attractions telles que des montagnes russes ou encore un mur de la mort ou s'affrontaient les motards les plus courageux. Ces fêtes populaires perdureront encore un temps sous le régime communiste, mais n'y retrouvant plus l'ambiance et les plaisirs d'antan, la population se lassera, petit à petit, de ces foires. La tradition tombera rapidement en désuétude.

 

Aujourd'hui, bien qu'il reste un des hauts lieux du commerce rural et populaire, le marché Obor n'a plus rien de comparable, même si on peut encore y trouver quelques stands proposant des rafraîchissements. Et les fameux mici.

 

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