Kimberly Guilfoyle, ambassadrice des États-Unis en Grèce, aurait laissé entendre que Washington avait joué un rôle dans la chute du gouvernement dirigé par Ilie Bolojan. Selon un article du Wall Street Journal, qui cite une personne présente lors de la discussion, Guilfoyle aurait affirmé que les États-Unis pouvaient reproduire une telle opération dans n’importe quel pays.


L’avocat de Kimberly Guilfoyle, connu pour son soutien au président Donald Trump et à sa famille, a contesté le récit publié par le quotidien américain.
Selon une personne ayant assisté au dîner et d’autres personnes auxquelles l’incident a ensuite été relaté, les faits remontent au mois de mars, lors d’un dîner organisé à Athènes en présence de responsables grecs et américains. Kimberly Guilfoyle aurait alors eu une altercation avec le ministre grec de l’Énergie, Stavros Papastavrou, devant les autres convives.
Évoquant la chute imminente du gouvernement roumain, l’ambassadrice aurait déclaré aux personnes présentes : « Nous pouvons faire cela dans n’importe quel pays. Nous pouvons aussi le faire ici. »
La discussion serait ensuite devenue particulièrement tendue. Stavros Papastavrou aurait répondu que les États-Unis ne pouvaient pas remplacer le gouvernement grec, celui-ci ayant été élu par la population. L’avocat de Kimberly Guilfoyle a contesté la manière dont l’échange a été présenté, selon le Wall Street Journal.
Le gouvernement dirigé par Ilie Bolojan avait été renversé le 5 mai 2026 par une motion de censure, après le retrait du Parti social-démocrate (PSD) de la coalition gouvernementale. Le PSD, l’AUR et plusieurs autres parlementaires avaient soutenu la motion, qui avait recueilli 281 voix au Sénat et à la Chambre des députés.
Quelques semaines auparavant, le président du PSD, Sorin Grindeanu, avait annoncé que son parti organiserait une consultation interne afin de déterminer s’il souhaitait continuer à gouverner avec Ilie Bolojan comme Premier ministre. Après la chute du gouvernement, le PSD avait publiquement indiqué qu’il n’accepterait plus un exécutif dirigé par Bolojan.
Kimberly Guilfoyle et le corridor gazier vertical
Kimberly Guilfoyle joue par ailleurs un rôle important dans la promotion du Vertical Gas Corridor, un projet régional destiné à acheminer du gaz depuis la Grèce, via la Bulgarie et la Roumanie, vers l’Europe centrale et orientale. Le projet bénéficie également du soutien diplomatique des États-Unis.
En septembre 2026, l’extension du corridor vers les Balkans occidentaux a été officialisée par la signature d’un protocole d’accord à Thessalonique, en présence de plusieurs ministres de l’Énergie, d’opérateurs régionaux et de l’ambassadrice américaine en Grèce.
Le Wall Street Journal a décrit les déplacements de Kimberly Guilfoyle dans les Balkans et son engagement en faveur de ce projet destiné à permettre à l’Europe de réduire sa dépendance à l’énergie russe grâce à l’importation de GNL américain par la Grèce, avant son acheminement par gazoduc vers l’Ukraine.
Le quotidien américain affirme également que l’ambassadrice aurait suscité des interrogations chez plusieurs responsables gouvernementaux de la région en raison de son insistance à promouvoir une entreprise grecque particulière et de ses efforts pour associer Christos Marafatsos au projet, alors que celui-ci possède peu d’expérience dans les domaines de la diplomatie et de l’énergie.
Selon le Wall Street Journal, l’administration Trump souhaite que ses alliés situés sur le flanc oriental de l’Europe achètent plusieurs milliards de dollars de gaz naturel américain.
Le Vertical Gas Corridor doit permettre d’acheminer du gaz depuis la Grèce vers la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Slovaquie, la République de Moldavie et l’Ukraine. Les États-Unis ont investi dans des installations industrielles permettant de regazéifier le gaz naturel liquéfié importé des États-Unis avant son transport par gazoduc vers les acheteurs, ce qui pourrait entraîner une hausse des coûts.
En Roumanie, des interrogations ont été exprimées concernant des prix supérieurs à ceux du marché ainsi que la justification économique de tels achats.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio, dans une déclaration transmise par la Maison-Blanche, a décrit Kimberly Guilfoyle comme une « défenseure incroyablement efficace de l’agenda du président ». Il a ajouté que Donald Trump et lui-même « apprécient beaucoup » son travail, selon le Wall Street Journal.
Le quotidien américain rapporte également que Kimberly Guilfoyle dispose d’une influence importante dans une partie de l’Europe qui cherche à renforcer ses relations avec l’administration Trump. Selon le journal, lorsque l’ambassadrice est arrivée à Athènes à l’automne dernier, la région ne comptait qu’un seul ambassadeur américain confirmé pour dix pays, une situation qui, selon le Wall Street Journal, aurait renforcé le poids des quelques représentants diplomatiques considérés comme proches de Donald Trump.
Une nouvelle forme de diplomatie américaine
Le Wall Street Journal présente le parcours de Kimberly Guilfoyle comme le symbole d’une nouvelle approche de la diplomatie américaine sous l’administration Trump, mêlant célébrité, affaires et géopolitique.
Ancienne animatrice de Fox News et ex-épouse du gouverneur de Californie Gavin Newsom, Kimberly Guilfoyle évoque régulièrement ses liens étroits avec la famille Trump. Elle partage également des vidéos suivies par près de deux millions de personnes sur Instagram, alternant rencontres avec des dirigeants régionaux, défilés de mode européens et galas artistiques, auxquels elle participe souvent vêtue de robes ornées de cristaux.
Sa résidence officielle, Jefferson House, où elle organise régulièrement des réunions, aurait par ailleurs été décorée de grands portraits en noir et blanc de l’ambassadrice, selon des personnes ayant visité les lieux.
Certains responsables grecs verraient d’un bon œil l’attention particulière accordée à leur pays, longtemps considéré comme secondaire à Washington, par une ambassadrice disposant d’un accès direct au président américain. Ils craindraient toutefois dans le même temps de s’opposer à elle, rapporte le Wall Street Journal.
Le quotidien américain revient ensuite sur le dîner organisé à Athènes en mars et sur l’échange présumé concernant la Roumanie.
La réaction du PSD
Le Parti social-démocrate a réagi aux révélations du Wall Street Journal, notamment aux informations concernant les échanges que Sorin Grindeanu aurait eus avec l’ambassadrice américaine en Grèce.
Les médias roumains ont rapporté une rencontre organisée dans un restaurant de Bucarest le 31 mars, à laquelle participaient le président du PSD Sorin Grindeanu, le ministre de l’Énergie Bogdan Ivan, également membre du PSD, et le conseiller présidentiel Florin Vlădică. Le portail de presse Presa-Liberă a également publié des images de cette rencontre.
Dans une déclaration à Digi24, le PSD a affirmé que les discussions avec l’ambassadrice américaine en Grèce portaient sur des questions liées au Vertical Gas Corridor, présenté comme une route énergétique stratégique dans laquelle la Roumanie pourrait jouer un rôle important de transit.
Le parti a également souligné que ce projet figurait dans le programme gouvernemental du Premier ministre désigné Siegfried Mureșan. Le PSD a en revanche qualifié de « pures fabrications » les autres éléments évoqués et assuré qu’ils n’avaient pas été abordés lors de la rencontre.
Kimberly Guilfoyle a également participé à la table ronde « The Economist: Romania Government Roundtable », en présence de l’ambassadrice des États-Unis en Roumanie.
Les deux représentantes américaines ont alors déclaré que les États-Unis portaient un intérêt particulier au projet de Vertical Gas Corridor.
« Cette route constitue une porte d’entrée pour le gaz naturel liquéfié américain », ont déclaré les deux responsables américaines à Bucarest.







