

A l'heure où les incompréhensions grandissent entre musulmans et occidentaux à l'Ouest, la Roumanie fait preuve d'une tolérance exemplaire avec l'Islam. Le Parlement vient de voter une loi pour que les personnes de confession musulmane puissent respecter leurs traditions d'inhumation des morts. Une première en Europe
Constanta, sur le littoral de la Mer noire (photo : L.M.)
Tout est parti d'un simple fait divers. Le 25 décembre 2008, Elfidan Borali, une jeune Roumaine musulmane de 25 ans, originaire du village de Valul lui Traian, dans le département de Constanta (Est), décède à l'hôpital bucarestois de Fundeni après un accouchement difficile. Sa famille fait tout son possible pour récupérer le corps et l'inhumer, en conformité avec les préceptes de l'Islam. "Impossible", lui répond-on. L'employé responsable de la morgue est en congé et refuse de faire le déplacement. "Notre fille aurait dû être enterrée, mais elle est toujours à la morgue. On aurait dû la ramener à la maison, la laver, la pleurer et l'enterrer avant le coucher du soleil, ou le lendemain avant midi. C'est ce que nous impose notre religion et c'est un grand péché de ne pas l'avoir respecté", affirmait alors désespéré le père de la jeune fille, Culpedin Lutfi, cité par un journaliste du quotidien Evenimentul Zilei. En désespérance de cause, la famille fait appel aux membres les plus influents de la communauté musulmane de Roumanie. Leur plainte remonte jusqu'aux oreilles du ministre de la Santé de l'époque, Ion Bazac, et son secrétaire d'Etat, Raed Arafat. "Il n'existe aucune excuse, il fallait respecter la religion et la tradition de cette famille", avait alors déclaré ce dernier.
La Roumanie, "un modèle de cohabitation" pour les musulmans
Un peu plus d'un an après ce fait divers, le Parlement roumain vient de voter une loi qui permet aux personnes de confession musulmane de pouvoir récupérer le corps de leur proche décédé dans un laps de temps inférieur à une journée. Selon la loi actuelle et toujours en vigueur, ce délai doit être supérieur à 24h. "Une première en Europe", selon le mufti (repère spirituel chez les musulmans) Iusuf Murat. "Dans les pays d'Europe occidentale, le retrait rapide des personnes décédées dépend des autorités locales." Pour Cherim Enghin, président de l'Association des musulmans de Roumanie, cette loi est le signe d'un "respect de l'Etat roumain vis-à-vis des musulmans et de leur croyance". "Nous avions beaucoup de problèmes avant pour respecter les normes musulmanes qui veulent que l'on enterre le plus rapidement nos morts. Ce vote du Parlement montre que la Roumanie est un modèle de cohabitation pour toute l'Europe", ajoute-t-il. La communauté musulmane de Roumanie compte entre 70.000, selon le recensement de 2002, et 200.000 membres, selon des estimations plus récentes.
Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) lundi 26 avril 2010







