Querelle au sein de la classe politique au sujet des meurtres récents

Par Grégory Rateau | Publié le 31/07/2019 à 00:00 | Mis à jour le 31/07/2019 à 06:59
Photo : Inquam Photos/Bogdan Danescu
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L’assassinat de deux adolescentes dans la ville de Caracal, dans la région d’Olt, a non seulement suscité l’indignation de l’opinion publique, mais a également déclenché une nouvelle querelle entre la coalition au pouvoir et le président au sujet des changements en matière de justice préconisés par le pouvoir et adoptés par le Parlement au fil des années. Le Premier ministre a même évoqué un éventuel référendum visant à introduire des peines plus sévères pour meurtre ou pour viol suite à cette affaire sordide.

 



Vendredi dernier, la police a trouvé des restes humains chez un homme à Caracal, ces derniers pourraient appartenir à une fillette de 15 ans portée disparue depuis mercredi. Les médias ont commencé à relier cette affaire à une autre affaire similaire survenue en avril lorsqu'une fillette de 18 ans a disparu dans les mêmes circonstances. Le suspect a été arrêté et a bien admis avoir tué les deux fillettes.


L’affaire a suscité l’indignation générale de la population en Roumanie alors que des informations commençaient à filtrer sur la réaction chaotique des autorités dans cette affaire. La fillette de 15 ans qui a disparu mercredi a réussi à appeler le numéro d'urgence, le 112, sur les environs de 11 heures le jeudi matin et à informer les autorités qu'elle était détenue dans une maison. Cependant, la police et les procureurs n'ont apparemment réussi à localiser le domicile du ravisseur qu'après de nombreuses heures et ils n’ont organisé la fouille que le vendredi matin sur les environs de 6 heures du matin. Une partie des accusations est donc dirigée contre le Service spécial de télécommunications (STS), qui n’a pas fourni le lieu exact où se trouvait la jeune fille, mais également contre les actions tardives de la police et des procureurs.



Des milliers de personnes sont descendues dans les rues à Bucarest et dans d'autres grandes villes de Roumanie et même à Caracal au cours de ce week-end, scandalisées par la réaction des autorités dans cette affaire. Les gens croient que la fillette de 15 ans aurait pu être sauvée si les autorités avaient réussi à localiser l'appel plus rapidement.



Dans le même temps, l'affaire entière a alimenté une nouvelle querelle entre les principaux acteurs politiques en Roumanie. Le Premier ministre Viorica Dancila, qui est également présidente du parti au pouvoir, le PSD, a déclaré samedi qu'elle envisageait de convoquer un référendum public visant à introduire des sanctions plus sévères pour les meurtres, les viols et les cas avérés de pédophilie. Elle a également déclaré qu'un groupe de travail interinstitutionnel s'employait à trouver «des mesures urgentes visant à améliorer le temps de réponse dans les situations critiques» et que le Parlement s'emploierait à «corriger les lacunes législatives» identifiées par ce groupe interinstitutionnel.



De son côté, le président Klaus Iohannis a convenu que certains changements étaient nécessaires pour "empêcher que d'autres tragédies similaires ne se produisent", il a également déclaré que le gouvernement roumain "devrait se demander s'il est l'auteur moral de cette tragédie".



«La violation des lois de la justice, des codes pénaux et des institutions responsables de la sécurité des citoyens a été et reste l'une des lignes directrices de cette majorité parlementaire. J'ai entendu l'appel du premier ministre à ne pas politiser cette situation. Ce serait un appel honnête si cela venait de personnes honnêtes qui recherchent des solutions ouvertes et honnêtes pour résoudre la situation. Quand il s'agit de personnes qui ont décidé de lois revisitées, qui licencient des personnes compétentes pour engager leurs proches, suppriment les sanctions infligées à certains criminels et tentent de subordonner politiquement tout le système judiciaire pour échapper à leur responsabilité, lorsque ces personnes passent des appels comme si elles n'avaient rien à voir avec ce cas présent, ils n’ont plus aucune crédibilité et leurs appels n’ont aucune valeur à mes yeux», a déclaré Iohannis.



«Suite aux interventions répétées sur le droit pénal et le droit pénal procédural, ainsi que dans le contexte des dernières actions des nouveaux instruments inventés par le PSD, la coopération entre la police et les procureurs est devenue insuffisante, et celui qui en souffre c'est bien le citoyen roumain ", a-t-il ajouté.



De son côté, Calin Popescu Tariceanu, président du groupe de coalition au pouvoir, le parti ADLE, estime qu’il n’y a aucun lien entre ce qui s’est passé dans l’affaire du meurtre de Caracal et les lois en matière de justice. Il a également qualifié les déclarations de Iohannis de "remarques stupides", selon News.ro.



Dans le même temps, l'association locale "Justice Initiative" a déclaré dans un communiqué de presse cité par G4media.ro que les modifications apportées au droit pénal par le Parlement avaient bien des conséquences sur l'affaire du meurtre de Caracal. Par exemple, s’il est reconnu coupable, le principal suspect ne peut être condamné à la prison à vie car il a plus de 65 ans. De plus, il peut bénéficier d'une libération anticipée après avoir purgé moitié de sa peine.

 

 

 

 

 

 

 

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Grégory Rateau

Rédacteur en chef et directeur du média LePetitJournal.com/Bucarest, ancien chroniqueur à RRI et écrivain
3 Commentaire (s) Réagir
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Carloman jeu 01/08/2019 - 07:52

N'y a-t-il pas en Roumanie un texte qui empêche les services de traçage des appels téléphoniques de connaître le lieu exact d'un appel ? Il paraît qu'on peut retracer celui-ci, mais seulement dans un périmètre de 10km2... C'est ce qui m'a été confié par un proche des milieux policiers... Alors, effectivement, et si c'est bien vrai, c'est criminel ! Dans les années 90, au nom de la sacro-sainte liberté, c'était la même chose aux États-Unis, jusqu'à une malheureuse affaire d'enlèvement d'enfant, et où la société de communication a refusé les fichiers à la police...

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peterdero mer 31/07/2019 - 10:52

Crime odieux, aucun mot ne peut décrire cet acte. Guéguerre des partis, c'est désolant. Si l'on pouvait seulement dire à toutes les jeunes filles, aux femmes et même aux jeunes garçons: NE FAITES PLUS D'AUTOSTOP vous prenez trop de risques. Bien souvent c'est la seule solution pour se déplacer, en cause le manque de moyens financiers des jeunes et le manque de moyens de transport. Un moyen de se protéger; Prendre en photo la plaque de la voiture et le visage de la personne qui vous prend et envoyez les photos à quelqu'un de connu. Si le chauffeur refuse les photos, prenez un autre véhicule. En France il y a le covoiturage, c'est peut-être une solution.

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mayliszka mer 31/07/2019 - 08:12

Dans l'article, l'auteur parle plusieurs fois de "fillettes"... A 15 ans et 18 ans, ce sont des jeunes filles ou des adolescentes. Ce qui ne change rien à l'horreur, mais les mots ont un sens...

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