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PLAGIATS - Docteurs, tricheurs et politiques

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 16/10/2016 à 22:00 | Mis à jour le 07/01/2018 à 01:12

Les découvertes de plagiats de thèses de doctorat se sont multipliées ces derniers mois. C'est dans le milieu politique que cette pratique semble la plus répandue. Il s'agit d'un phénomène relativement nouveau, mais qui cache un problème bien plus profond.

Photo : www.revista22.ro

C'est un refus catégorique des deux chambres du parlement qu'a reçu Klaus Iohannis la semaine dernière. Le président roumain avait renvoyé pour relecture une loi sur les plagiats, votée en mai. Celle-ci donne aux seules universités la compétence d'accorder et de retirer les titres de docteurs, alors que jusqu'à maintenant c'était un organisme national, le Conseil national d'attestation des titres, des diplômes et des certificats universitaires (CNATDCU), qui en avait la charge. Le texte offre par ailleurs aux auteurs de plagiat la possibilité de renoncer à leur titre de docteur sans répondre pour fraude intellectuelle. Dans la foulée de cette décision du parlement, le président du CNATDCU, Viorel Barbu, a annoncé sa démission. ''La nouvelle loi transforme le Conseil en un simple organisme décoratif, sans aucun pouvoir. Personnellement, je ne suis pas prêt à perdre mon temps'', a-t-il déclaré.

C'est Victor Ponta, alors chef du gouvernement, qui avait été en 2012 le premier à être accusé du plagiat de sa thèse de doctorat. Cette tricherie, qui a été plus tard confirmée par le CNADTU, avait ouvert une boite de Pandore, les cas de plagiat à l'encontre de l'ensemble de la classe politique roumaine se multipliant depuis. La semaine dernière encore, c'est l'ancien ministre de l'Intérieur et chef de la Police roumaine, Petre Tob?, qui a été découvert. Mais le CNADTU n'a pas toujours eu les mains libres pour mener ses investigations. En effet, quand la revue scientifique de langue anglaise Nature avait la première dévoilée le plagiat de Victor Ponta, en 2012, le Premier ministre avait immédiatement dissout le CNADTU et il avait pu garder son titre de docteur.

Détacher le politique de l'enseignement

Pour le politologue Radu Alexandru, il s'agit d'un phénomène sociologique facilement explicable et d'une ampleur sans doute encore plus grande que ce que l'on imagine. ''Sous le communisme, les titres universitaires étaient nécessaires pour monter dans la hiérarchie du parti ou des entreprises d'Etat et depuis ils sont encore vus comme un mérite, explique-t-il. Aujourd'hui, la corruption a profondément terni l'image de la classe politique et l'obtention d'un doctorat permet aux femmes et aux hommes politiques de garder un certain statut social.'' Le développement des universités privées dans les années 1990 a facilité cette pratique. ''Ces abus se sont produits du fait que nous n'avions pas, à l'époque, les mécanismes institutionnels pour les empêcher, déclarait au Petitjournal.com/Bucarest, au mois de janvier, Mircea Dumitru, alors recteur de l'Université de Bucarest et désormais ministre de l'Education. Mais, aujourd'hui, ils existent et nous sommes bien plus attentifs à ces questions.''

Pour Narcisa ?tiuc?, conférencière et docteur en ethnologie à la faculté de lettre de l'Université de Bucarest, le mal est toutefois bien plus profond. ''Mes étudiants en master me rendent des dissertations dans lesquelles ils ont copié des passages entiers de mes propres livres, dit-elle. Je pense que cette incapacité à structurer soi-même une réflexion prend racine dans le système scolaire où l'on n'apprend pas aux élèves à raisonner et à écrire.''

La semaine dernière, un concours pour les postes de directeurs des écoles a été organisé par le ministère de l'Education. Le dernier en date remontait à 2008. ''Depuis des années, on fait des nominations temporaires, suivies de destitutions, puis de nouvelles nominations temporaires'', a déclaré le Premier ministre à cette occasion. Et de conclure  : ''je pense qu'il est essentiel d'éliminer la politique partisane des écoles. L'enseignement a besoin de soutien politique, mais pas de dirigeants nommés selon des critères politiques''.

Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 17 octobre 2016

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