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MINORITES - Lyon inaugure un centre multi-fonctionnel dans un village roumain

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 octobre 2013

Face à la présence croissante du nombre de Roms de Roumanie dans ses rues, la ville de Lyon a décidé de construire un centre multi-fonctionnel à Tinca, la commune d'où ils sont majoritairement originaires. Une initiative que certains voient toutefois d'un mauvais oeil.

Photo : J.M. 

Mercredi dernier, la communauté urbaine du Grand Lyon a inauguré un centre multi-fonctionnel dans le quartier rom de Tinca, une petite bourgade de 7.500 habitants à une quarantaine de kilomètres d'Oradea (nord-ouest). A l'intérieur, les 300 m2 du bâtiment se partagent entre des sanitaires et des douches ainsi que deux grandes salles qui serviront de garderie et de centre de formation pour les jeunes adultes. "Je ne pouvais pas rêver mieux pour les enfants de la communauté. Ici, ils pourront apprendre à parler roumain, à tenir un stylo, à manger comme il faut... toutes ces choses liées à l'éducation qui leur permettront de ne plus être à l'écart des autres enfants quand ils iront à l'école", témoigne l'un des leaders rom du quartier et futur administrateur du centre, Ludovic Teglas. La majorité des 1.500 roms de Tinca, 20% de la population, vivent dans des baraques en terre aux toits rafistolés. Pas d'eau courante, pas de route mais de la boue partout et beaucoup de misère. "Il s'agit d'une coopération décentralisée sur la base d'un travail collectif avec la mairie de Tinca, le département de Bihor et la fondation rom Ruhama avec laquelle nous avons beaucoup échangé, explique Thomas Ott, de l'association lyonnaise ITD Monde, chargée par le Grand Lyon de diriger le projet. Nous ne voulons pas intervenir sur les flux migratoires mais lutter contre la pauvreté et pour cela, nous savons qu'il n'existe pas de solution à court terme." La troisième ville française a investi 300.000 euros sur trois ans pour construire ce centre, qui ouvrira début 2014, mais aussi relier 60 maisons au réseau électrique. De leur côté, la mairie de Tinca, le département de Bihor et la fondation rom Ruhama ont la responsabilité d'assurer les dépenses d'entretien.

Visées électorales ?

Sur place, le financement pour le fonctionnement du centre est toutefois loin d'être acquis. "Nous ne pourrons pas supporter cette charge, nous l'avons dit depuis le début, prévient le maire de Tinca, Teodor Coste. Nous avons d'autres projets en cours pour le développement de la commune comme le tout-à-l'égout ou l'asphaltage des routes.Du côté du département, aucun budget n'a été prévu. Du coup, la fondation Ruhama a déposé un dossier de financement auprès de fonds norvégiens pour le développement."Il s'agirait d'une subvention pour une seule année de fonctionnement et nous attendons toujours la réponse", détaille Monica Suciu, la directrice de Ruhama. Les associations roms de Roumanie sont donc un peu sceptiques sur la pérennité du projet. "Pour moi, l'action de Tinca n'a pas de vision stratégique, ni de la part des Français ni de la part des Roumains. Les autorités lyonnaises veulent montrer qu'elles font quelque chose pour les Roms, car il ne faut oublier que l'année prochaine il y a des élections. Les Roumains, eux, en profitent pour dire qu'ils s'impliquent pour les enfants", analyse Gelu Duminica, directeur de l'ONG rom Impreuna.

A Tinca, les Roms sont néanmoins contents du nouveau centre qui s'est construit près de chez eux. Même si les hommes en âge de travailler affirment tous qu'ils ne renonceront pas à leurs allers-retours vers la France. Le manque de travail est la principale raison de cette migration pendulaire. "Les Français nous ont apporté la lumière et nous les remercions, soutient Sandu Fekete, un jeune homme d'à peine seize ans. Mais je vais bientôt repartir. C'est un travail qu'il me faut et ici, il n'y en a pas." Jonas Mercier (www.lepetitjournal.com/Bucarest) lundi 28 octobre 2013

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Publié le 27 octobre 2013, mis à jour le 27 octobre 2013
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