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MICHEL GODARD - ''Si je pensais avoir déjà joué mon meilleur concert, ce serait triste''

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Michel Godard est le musicien jazz qui a remis au goût du jour le serpent, cet instrument oublié au nom exquis. En concert à Bucarest fin mars dans le cadre du festival Jazz in Church -cf. photo, le musicien français nous a accordé un précieux moment. Compositeur et interprète, il nous dévoile son univers, au croisement du jazz et des musiques classique et contemporaine.

 Photo : Razvan Radu

Lepetitjournal.com/Bucarest - C'est quoi la musique de Michel Godard ?

Michel Godard - Ma musique appartient à un courant du jazz européen de ce début de siècle qui s'est éloigné des influences américaines. On utilise pour cela des instruments d'origine baroque voire de la Renaissance. C'est tout simplement un nouveau langage qui est en train de se créer. Il y a de plus en plus d'expériences musicales qui sont des nouvelles manières de penser et dont les sources ont des origines lointaines.

Comment mêler des genres qui peuvent paraître très différents pour les non-initiés ?

Les instruments du jazz européen et ceux de la musique classique des 16ème et 17ème siècle s'harmonisent assez naturellement. Bien-entendu, il faut travailler la technique instrumentale et connaître les différents styles musicaux. Mais une fois qu'on les connaît en profondeur, on peut sortir d'une pratique classique et s'atteler à un travail de création. J'ai commencé par la musique classique puis joué dans des orchestres comme ceux de la Maison de la Radio. Petit à petit, j'ai découvert l'improvisation car je fais partie d'une génération de musiciens qui avait accès à des univers musicaux différents. Cette quête de liberté ainsi qu'éviter de reproduire des choses déjà existantes m'ont permis de trouver ma propre musique et proposer quelque chose d'inédit pour le public.

Justement, qu'est-ce que cela veut dire que se dépêtrer des conventions ?

C'est comme dans la vie en général où l'on te donne des codes et des limites pour vivre le plus facilement possible. La plupart des gens s'en tiennent à ça, d'autres éprouvent le désir de changer les choses. Certains musiciens ont cette envie de repousser les barrières toujours plus loin. La découverte du serpent, l'ancêtre du tuba, m'a permis de faire un lien entre la musique ancienne et les musiques d'aujourd'hui. Cet instrument à vent était complètement oublié. J'en suis tombé amoureux et j'ai voulu le revisiter. C'est fabuleux de partir à la rencontre d'un ancêtre que l'on voit seulement dans des livres mais que l'on ne peut même pas écouter sur des disques. Sa mélodie ressemble beaucoup à la voix humaine. Et le fait de souffler permet de mettre en vibrations certaines énergies qui ne correspondent pas à celles que l'on utilisent lorsque l'on joue de la guitare ou du piano. C'est quelque chose de très puissant pour un être humain.

D'où vient cette soif d'hybride en musique ?

Le jazz a toujours puisé ses influences dans différents lieux très divers, comme toutes les musiques. Mais l'inspiration est aussi liée aux musiciens avec lesquels on joue. Lorsque je veux faire un nouveau disque, je sais avec qui je veux jouer. Le fait de connaître les musiciens et leurs instruments me donne beaucoup de liberté. Je n'écris pas dans une abstraction totale, j'écris pour des projets particuliers. Pour moi, c'est mieux de jouer avec des amis. Ce n'est pas forcément plus facile mais c'est beaucoup plus agréable. Dans la musique classique, c'est plus rare. Quand on est dans un orchestre, les gens d'à côté ne sont pas forcément des personnes que l'on a envie de voir tous les jours. C'est une chance de pouvoir choisir les musiciens avec lesquels on joue. C'est aussi agréable pour le public, cela rend les choses plus vivantes.

Quelle est la différence entre un public de concert et un public d'orchestre ?

Dans un concert de jazz, on est en relation directe avec le public. Je sens ses réactions et son énergie. Quand je suis dans un orchestre, je ne sens pas tout ça. Le chef d'orchestre réalise ce travail de liaison et c'est d'une certaine manière plus confortable. Être en communion avec les émotions du public, c'est très beau mais c'est difficile. Cela demande beaucoup d'énergie.

Quel serait le meilleur moment de votre carrière, si vous ne deviez en garder qu'un seul ?

Certainement un moment qui ne m'est pas encore arrivé. C'est pour ça que je fais cette musique. C'est ce qui fait la différence entre être musicien de classique et musicien de jazz : le second cherche toujours à aller de l'avant. Si je pensais avoir déjà joué mon meilleur concert, ce serait triste. J'espère faire mieux et connaître des expériences toujours plus fortes. Si je voulais baser ma musique sur le fait de gagner de l'argent, je tomberais dans quelque chose d'extrêmement trivial. Je suis passionné par cette musique depuis tout jeune. Je pensais que la célébrité et la richesse rendaient heureux. J'ai compris plus tard que c'était complètement ridicule et que ça ne servait à rien. C'est seulement alors que j'ai pu véritablement perfectionner mon art.

Interview réalisée par Pauline Choitel - (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Lundi 11 avril 2016



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Publié le 10 avril 2016, mis à jour le 6 janvier 2018
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