Luca Niculescu propose un accord politique de six mois pour sortir la Roumanie de la crise.


Le Premier ministre désigné Luca Niculescu a proposé lundi aux partis parlementaires de conclure un accord politique d’une durée minimale de six mois afin de garantir la stabilité du futur gouvernement et de lui permettre de répondre aux urgences économiques et sociales du pays. Dans un entretien accordé à Radio România Actualități, il a insisté sur la nécessité de dépasser le simple vote d’investiture pour constituer un exécutif disposant d’un véritable soutien politique.
Parmi les priorités immédiates figure une rectification budgétaire. Sans cette mesure, les hôpitaux risquent de rencontrer des difficultés de fonctionnement, les approvisionnements en médicaments pourraient être perturbés, les budgets des municipalités bloqués à l’approche de l’hiver et les paiements aux entreprises travaillant pour l’État retardés.
Le futur gouvernement devra également faire adopter avant la fin de l’année un budget pour 2027 jugé crédible et réaliste, mettre en place des mesures énergétiques en faveur des ménages vulnérables et des entreprises, améliorer le recouvrement des recettes fiscales et renforcer les capacités de défense de la Roumanie, alors que la guerre se poursuit à ses frontières.
« Il est temps d’accélérer. Nous avons besoin d’urgence d’un gouvernement de plein exercice », a déclaré Luca Niculescu. Selon lui, la crise politique commence déjà à produire des conséquences économiques et sociales concrètes. Il appelle les partis à passer de la volonté de dialoguer à la prise de décisions.
L’accord qu’il propose devrait notamment porter sur la rectification budgétaire, l’adoption du budget 2027, la protection des ménages face aux coûts de l’énergie, la relance économique, l’amélioration des recettes publiques et le renforcement de la défense nationale. Il souhaite également que les partis qui soutiendront le gouvernement puissent définir d’autres objectifs qu’ils jugent essentiels pour le pays.
« Le fait qu’un gouvernement obtienne la confiance du Parlement ne suffit pas. Nous avons besoin d’un gouvernement capable de gouverner réellement », a-t-il insisté, estimant que les citoyens comme les investisseurs internationaux doivent recevoir un signal clair de stabilité et de prévisibilité.
Luca Niculescu prévoit de présenter jeudi au Parlement la composition de son équipe et son programme de gouvernement, dans le délai constitutionnel de dix jours suivant sa désignation officielle, publiée le 6 octobre. Il promet de s’entourer de ministres compétents et de préserver les mesures qui ont fait leurs preuves, tout en maintenant les engagements financiers et politiques internationaux de la Roumanie.
Le PSD appelle à une coalition temporaire
Le Parti social-démocrate (PSD) a accordé un mandat de négociation élargi à son président, Sorin Grindeanu, qui continue d’appeler le Parti national libéral (PNL) et l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) à rejoindre un gouvernement commun.
Le dirigeant social-démocrate plaide pour une trêve politique de quelques mois, afin de permettre au pays de traverser cette période d’incertitude. Il estime que le PNL, qui a participé aux précédents gouvernements avec le PSD, doit également assumer sa part de responsabilité dans la situation actuelle.
« La Roumanie a besoin d’un gouvernement. Si je raisonnais uniquement en termes politiques, je dirais que Luca Niculescu n’est pas notre candidat. C’est précisément pour cela que j’appelle à une période d’apaisement de quelques mois », a déclaré Sorin Grindeanu.
Il a proposé que les partis évaluent en mars l’opportunité de poursuivre leur coopération. Selon lui, le PSD est prêt à accepter le coût politique d’une participation au gouvernement, même si celle-ci risque de faire reculer le parti dans les sondages.
Grindeanu a également affirmé que, si le président Nicușor Dan devait lui confier la formation du gouvernement après un éventuel échec de l’équipe Niculescu, il demanderait officiellement au PNL et à l’UDMR de participer à l’exécutif.
Il reproche aux libéraux de vouloir soutenir le gouvernement sans prendre part à ses décisions. À ses yeux, voter l’investiture d’un cabinet tout en refusant d’y envoyer des ministres revient à se soustraire aux responsabilités gouvernementales.
Le président du PSD a par ailleurs rappelé que son parti disposait de 127 voix au Parlement et refusait d’endosser seul la responsabilité d’un gouvernement dirigé par Luca Niculescu, candidat indépendant désigné par le chef de l’État. Il appelle donc les formations politiques favorables à l’investiture à assumer collectivement les décisions à venir.
Le PNL refuse toujours de gouverner avec le PSD
Le Premier ministre par intérim et président du PNL, Ilie Bolojan, a réaffirmé que les libéraux ne participeraient pas à un gouvernement avec le PSD. Si les sociaux-démocrates rejoignent l’exécutif, le PNL passera dans l’opposition.
Le parti se dit toutefois prêt à voter en faveur du gouvernement de Luca Niculescu afin de mettre fin au blocage politique. Il distingue ainsi le soutien parlementaire à l’investiture d’une participation directe à la coalition.
L’UDMR adopte une position proche sur ce point. Par la voix du maire de Sfântu Gheorghe, Antal Árpád, la formation a indiqué qu’elle pourrait voter pour le gouvernement sans nécessairement y obtenir des portefeuilles ministériels. Ses priorités portent sur la stabilisation économique, la création d’emplois, l’indexation des pensions et les mesures démographiques.
L’USR exclut les ministres du PSD
L’Union sauvez la Roumanie (USR), dirigée par Dominic Fritz, maintient son refus de soutenir un gouvernement comprenant des ministres social-démocrates. À l’issue de sa rencontre avec Luca Niculescu, son président a réaffirmé que le parti entendait respecter les engagements pris devant ses électeurs.
Dominic Fritz accuse le PSD d’avoir provoqué l’impasse politique et contribué à la hausse des prix. Il estime qu’un accord gouvernemental doit reposer sur un programme cohérent, des réformes concrètes, la lutte contre l’inflation et le respect de l’État de droit.
L’USR se dit en revanche disposée à examiner la formation d’un gouvernement minoritaire réunissant le PNL, l’USR et l’UDMR. Dominic Fritz affirme qu’il s’agit du seul gouvernement politique que son parti pourrait soutenir.
Il a également évoqué la possibilité d’élections anticipées si Luca Niculescu échouait à réunir une majorité durable au Parlement. Selon lui, cette option deviendrait la plus équitable si l’impasse ne laissait d’autre issue qu’une majorité réunissant le PSD et l’AUR.
À quelques jours de la présentation du futur cabinet, les positions restent donc éloignées. Luca Niculescu tente de convaincre les partis de s’engager sur un programme commun pour six mois au minimum, tandis que le PSD réclame une coalition incluant le PNL et l’UDMR, que les libéraux refusent toute alliance avec les sociaux-démocrates et que l’USR exclut leur présence au gouvernement. L’obtention d’une majorité capable de soutenir durablement l’exécutif demeure le principal obstacle.







