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ENTRETIEN - Dan Burlac : "Il n'y a pas encore d'industrie du cinéma en Roumanie"

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012
Dan Burlac, lors du festival international du film de Transylvanie (photo: tiff.ro)

Diplômé de la Femis, la célèbre école de cinéma parisienne, Dan Burlac a notamment était l'un des producteurs associés de la Palme d'Or 2007 4 mois, 3 semaines et 2 jours de Cristian Mungiu. Il parle du cinéma roumain, de ses succès mais aussi de ses faiblesses{mxc}


Lepetitjournal.com : De nombreux jeunes réalisateurs comme Cristi Puiu se plaignent du système de financement du cinéma en Roumanie. Quelle est votre opinion ?
Dan Burlac : Le cinéma roumain n'a pas d'autres ressources que les fonds qui sont alloués par le Centre national cinématographique, même si depuis un an et demi il existe une taxe audiovisuelle qui aide les jeunes réalisateurs. Le Centre est régulièrement critiqué pour la façon dont il distribue ces fonds, mais c'est le seul système que nous avons pour l'instant. De toute façon il n'y a pas suffisamment d'argent pour le cinéma en Roumanie, il faut trouver des co-producteurs notamment étrangers pour financer les films. C'est ce que je fais par exemple avec la France. Mais notre défi est aujourd'hui de trouver de nouvelles sources d'argent, par exemple en multipliant les salles de cinéma dans le pays. Aujourd'hui un réalisateur comme Mungiu finance ses films en partie grâce à ses relations avec les grandes agences de publicité. Il y a un cinéma roumain, mais il n'y a pas encore d'industrie du cinéma en Roumanie.

Comment avez-vous vécu la remise de la Palme d'Or ?
Nous avons senti que quelque chose s'était passé après la première projection, en voyant la réaction du public et les critiques de la presse qui ont suivi. Mais le plus important pour nous était et reste que le film soit vu. Au-delà d'une histoire qui se passe sous le régime communiste, le film est fort par la manière dont il montre le vécu des personnages, ce n'est pas un jugement sur une époque, le communisme n'est qu'un décor. Le message du film est très ouvert, une femme de n'importe quel pays peut se reconnaître dans l'expérience humaine qui y est décrite.

D'où vient le succès actuel du cinéma roumain ?
Je pense que c'est une génération qui a attendu son tour, ils se sont lancés dans leurs différents projets d'une façon très intelligente, en ayant bien regardé avant ce qui se faisait ailleurs. Et puis ce qui a véritablement fait exploser ce cinéma roumain c'est Cannes. En 2001, la présentation pendant la quinzaine du festival du film de Cristi Puiu Le matos et la thune avait marqué les esprits. Après il y a eu Mungiu avec Occident, puis d'autres réalisateurs comme Porumboiu, Mitulescu ou Lemescu qui ont bénéficié d'une grande visibiltié à Cannes. Ils ont été remarqués grâce au concours de court-métrages de la Ciné fondation du festival, qui donne sa chance aux jeunes réalisateurs sortis des écoles. Et puis la compétition entre ces cinq, six cinéastes roumains a été très bénéfique, bien qu'ils soient de très bons amis dans la vie.

Et mis à part les réalisateurs ?
Nous avons ici des directeurs de la photographie extraordinaires, des scénographes qui sont très bons. Et bien sûr de jeunes acteurs et actrices talentueux. Il y a beaucoup de complicité entre tous ces gens. Tous rêvent de faire un grand film, éventuellement de partir à Hollywood, mais ils savent que la Roumanie est en ce moment un bon endroit pour évoluer. Maintenant les jeunes réalisateurs doivent aussi confirmer ce qu'ils ont déjà montré puisqu'on les attend au tournant. Les critiques ne leur feront pas de cadeau.
Propos recueillis par Laurent Couderc. (www.lepetitjournal.com - Bucarest) jeudi 17 janvier 2008{mxc}

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Publié le 17 janvier 2008, mis à jour le 13 novembre 2012
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