

Lundi, le Sénat roumain (chambre décisionnelle) a adopté le "bac pro". Une mesure qui, selon Norocica Maria Cojescu, directrice de l'Ecole centrale de Bucarest, laisse enfin apparaître une véritable réforme du système éducatif en Roumanie. Cependant, au-delà de la distinction entre filière professionnelle et filière générale, dite "théorique", d'autres facteurs font perdurer une "école roumaine à deux vitesses", comme le décalage entre milieu rural et milieu urbain
Norocica Maria Cojescu (photo : F.G.)
Selon Mme Cojescu, les mesures prises dans le domaine de l'éducation jusqu'à maintenant ne pouvaient résoudre, au mieux, que des problèmes à court terme. "On entend trop souvent parler de la réforme du système éducatif roumain, et ce, de façon très exagérée. On devrait plutôt parler de changements, car jusque-là, rien n'a été fait pour moderniser l'école", assure-t-elle. Contrairement aux années précédentes, l'année scolaire 2012 ? 2013 semble débuter avec quelques signes encourageants, tels que l'apparition d'un baccalauréat professionnel. "Cette mesure aura au moins le mérite de donner un diplôme spécifique à tous ces élèves des filières technologiques qui ont gonflé les taux d'échec catastrophiques du baccalauréat national ces dernières années. Sans cette distinction entre les filières, les chiffres officiels du taux de réussite au bac ne voulaient rien dire", remarque la directrice. "Cette nouveauté laisse entrevoir la possibilité d'une vraie réforme, celle d'un système ouvert où l'élève d'un lycée professionnel a le choix, même après être entré sur le marché du travail, de revenir tenter sa chance au bac général. La réalité sociale et économique imposait ce type de changement", ajoute-t-elle.
La directrice de l'Ecole centrale ? l'une des plus anciennes et des plus prestigieuses école publique de Roumanie ? rappelle sans surprise que l'enseignement général roumain est bon. Mais, outre les élites, le système n'a pas su s'adapter aux nouvelles réalités économiques et sociales, ni proposer un enseignement technique et professionnel de qualité : "Les filières techniques ont été bouleversées par la réalité de l'économie roumaine depuis 1989. Avec le démantèlement industriel, la réorientation de l'apprentissage technique vers les formations théoriques a échoué. Avec ce modèle fait pour produire des élites, l'école roumaine a perdu son caractère concurrentiel. Les formes de l'évaluation nationale pose également problème, tout comme les examens d'admission à l'université. Aujourd'hui, on trouve des fabriques de diplômes partout en Roumanie. Dans ces circonstances, c'est toute la qualité de l'enseignement qui baisse", regrette-t-elle. Elle note par ailleurs que "l'évaluation des élèves à la fin du collège pour l'entrée au lycée est insuffisante, d'autant plus qu'en milieu rural, l'enseignant surévalue ses élèves".
Pourtant, la loi sur l'éducation de janvier 2011 était déjà censée corriger les dysfonctionnements systémiques dû au décalage entre l'enseignement dans les campagnes et l'enseignement en ville. "Un des articles de cette loi devait d'ailleurs mettre un terme à la pratique de la surévaluation des élèves, mais les syndicats enseignants se sont insurgés, dénonçant une discrimination des élèves ruraux qui verraient-là leur parcours scolaire s'arrêter brutalement." La directrice souligne aussi que de nombreux articles de cette législation étaient en contradiction avec les principes évoqués par la loi : "A l'époque, le gouvernement parlait d'un budget alloué à l'Education à hauteur de 8 % du PIB. A l'encontre de la tradition roumaine, cette loi prévoyait aussi d'accorder des subventions aux établissements privés, alors que l'Education nationale roumaine n'a jamais reçu de budget supérieur à 4% du PIB. De même, la loi prévoyait d'abaisser l'âge d'entrée au collège afin d'allonger la durée de la scolarisation, mais elle durcissait dans le même temps l'accès au lycée et réduisait l'âge de la scolarisation obligatoire à 15 ans. Qu'allait-on faire d'enfants de 15 ans non scolarisés sans même avoir pensé à leur offrir la possibilité d'un parcours professionnel ?" La réintroduction du "bac pro" devrait logiquement leur donner des perspectives d'avenir. François Gaillard (www.lepetitjournal.com/Bucarest) mercredi 19 septembre 2012
Note : A cause d'une mauvaise manipulation, l'édition d'hier mardi 18 septembre est sortie tard sur le site, et n'est pas apparue sur la newsletter du matin. Nous vous prions de nous en excuser. La rédaction







