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CHRONIQUE ECO - Croissance économique trop rapide: le prix à payer

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croissance économique trop rapide
Écrit par Anghel Iulian
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 24 octobre 2017

Il n’était pas possible que la croissance économique de près de 6% que la Roumanie enregistrera cette année – la plus haute de toute l’Europe – ne demande pas un prix en contrepartie, compte tenu de la manière dont elle a été obtenue : presque exclusivement par le biais de la consommation, elle-même stimulée par la réduction des taxes et la majoration des salaires par voie administrative.

 

 


Après deux ans où les taxes ont baissé, le gouvernement se voit obligé de dire stop. En effet, il ne le dit pas directement, car il n’ose pas assumer le fait d'être arrivé au fond du panier.
Les économistes "mainstream", surtout ceux groupés autour de la Banque Nationale de la Roumanie, dont la philosophie est la rigueur maximale des dépenses budgétaires, ont répété pendant les deux dernières années que la réduction des taxes était trop agressive et le rythme de croissance des salaires beaucoup trop rapide – rythme dicté à un niveau administratif et non par les conditions du marché. Ils ont aussi affirmé que le budget d’état rencontrera de grands problèmes à l'avenir.  
Mais les choses se sont brutalement accélérées car, avant, la situation ne dérangeait personne. Elle n’a dérangé ni le parti au pouvoir qui reste très populaire dans les sondages, ni les gens qui ont plus d’argent suite aux majorations des salaires et aux réductions des taxes.

 


La réduction de la Taxe à Valeur Ajoutée (TVA) de 24% à 9% pour les aliments, en 2015, et ensuite la réduction par étapes de la même taxe pour tous les produits vendus de 24% à 19%, a déterminé la baisse des prix en Roumanie même de 2% pendant une période de deux ans. Cela signifie qu’une personne qui n’a même pas vu un seul leu de plus à son salaire a réellement gagné 2% sans le savoir. Ensuite, à leur tour, les salaires ont été fortement augmentés. Cette année seulement, les salaires de 1,2 millions de budgétaires ont augmenté de 21% en moyenne, suivant une croissance de 9,5% l’année passée. Cette année, les salaires de l’économie entière ont également augmenté de 14% en moyenne. Il s’agit d’une forte augmentation, mais l’économie surchauffe, la demande de main d’œuvre est maximale et les sociétés ont encore des fonds pour les augmentations salariales compte tenu que les salaires sont très bas (480 euros le salaire moyen net mensuel).

 


La réduction des taxes et les augmentations salariales ont stimulé la consommation juste avant la crise : plus 7% l’année passée et plus 8% pendant les premiers huit mois de cette année. L’économie interne n’a pas été capable de répondre à cette explosion de demande de la part des consommateurs. Par conséquent, les imports ont fortement augmenté. Mais, dernièrement, l’économie s’est adaptée, la preuve étant que la production industrielle a augmenté de 8% pendant les huit premiers mois de l’année.

 


De manière idéale, si les choses s’arrêtaient là, la Roumanie vivrait une histoire intéressante, avec une croissance économique de 5% en moyenne pendant les trois dernières années – la plus haute de l’UE durant cette période – et des augmentations de 20% en moyenne des revenus de la population, dans une période extrêmement courte. Et avec des perspectives de croissance économique de 3,5 à 4% jusqu’en 2022, si l’on en croit les prévisions FMI.

 

 

Mais, l’alliance de gauche PSD/ALDE, qui a gagné les élections il y a un an, a promis lors de la campagne électorale une nouvelle loi de la salarisation des budgetaires, applicable à compter du 1er janvier 2018, et une nouvelle loi des pensions qui aurait dû rentrer en vigueur cet automne. Les deux lois détermineraient l’augmentation des revenus salariaux ou des pensions bien au-delà des augmentations déjà effectuées.    

 


Or le gouvernement a constaté qu’il n’y a d’argent pour aucune de ces lois – sans qu'il soit nécessaire de prédire l’avenir pour savoir si cela se produira. Il s’agit de milliards d’euro de dépenses en plus au budget, dans les conditions où les revenus de l’état ont baissé par rapport aux recettes anticipées. Les recettes budgétaires sont basses précisément parce que la réduction des taxes qui a rendu possible la croissance économique de 6% a complétement vidé les coffres.

 


Par exemple, pendant les premiers huit mois de l’année, les recettes budgétaires ont été de 160 milliards lei (35 milliard euros), avec 10 milliards lei (2,1 milliards euros) de plus par rapport aux premiers huit mois de 2015 (150 milliards lei) quand le budget n’avait pas encore commencé à souffrir des réductions de taxes. Un gain de 6,6%. Mais les dépenses consacrées aux salaires des fonctionnaires ont augmenté de 33,5 milliards lei, pendant les premiers huit mois de 2015, à 45 milliards lei (plus 34%) pendant les premiers huit mois de 2017, tandis que les dépenses consacrées aux pensions et à d’autres aides sociales ont augmenté de 49 milliards lei pendant les premiers huit mois de 2015 à 60 milliards lei (plus 22%) pendant les premiers huit mois de cette année. Autrement dit : le budget a remporté 10 milliards de lei de plus en deux ans, mais a dépensé 17 milliards de lei en plus pour les salaires et les pensions ! En même temps, si le budget collectait 38,3 milliards lei de TVA pendant les premiers huit mois de 2015, alors qu'en 2017 pour la même période, il a collecté 34 milliards de lei – par la suite, une perte de 4,3 milliards de lei (presque un milliard d’euros). D’où provient la compensation de ces différences ? Elle provient des prêts qui ont déterminé l’augmentation du déficit budgétaire de 1,4% du PIB en 2015 à 3% l’année passée et, très probablement, à plus de 3% du PIB cette année. Il s’agit d’une politique intensément critiquée : comment peut-on se vanter d’avoir une croissance économique de 6%, tant qu’il existe une détérioration si grave du déficit budgétaire ? Et cela avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi des pensions et de la salarisation des fonctionnaires ?

 


Par conséquent, le gouvernement traverse des moments difficiles. L’application de la nouvelle loi des pensions et de la nouvelle loi des salaires entrainerait le déficit budgétaire vers 5% du PIB – ce qui serait intolérable. C’est pour cela que le gouvernement essaie à présent d’utiliser des subterfuges – après avoir baissé les taxes, il est obligé de les majorer afin d’augmenter ses revenus, mais sans montrer qu’il les augmente.

 


La dernière solution inédite qui suit la majoration des accises sur les carburants est la taxe de 2% « de solidarité », appliquée aux fonds des salaires des sociétés. Une autre des nombreuses promesses électorales, telles que la TVA zéro pour les transactions immobilières, l’exonération de l’impôt sur le revenu des dividendes ou l’élimination de l’impôt sur le revenu pour ceux du système sanitaire, qui devraient être rangées dans la catégorie – « j’ai fait une blague ! »
Et ce n’est pas tout : la cerise sur le gâteau des promesses c'est une nouvelle loi des pensions et une nouvelle loi de la salarisation des budgétaires. Mais cela est difficile car le proverbe dit qu’une promesse faite est une dette à payer.

 

 

Mais le gouvernement sera obligé de mettre fin au programme de relaxation fiscale et de majoration des salaires et des pensions. Sinon, les finances de l’état s’écrouleront et le gouvernement sera obligé d’augmenter les taxes de manière agressive ce qui inhiberait la croissance économique tant louée jusqu'à présent. Si cela se produit, l’inflation et la détérioration du taux d’échange leu/euro annuleront complètement ce qui est à présent considéré comme un acquis : ce qui avait pour objectif d'améliorer la qualité de vie des citoyens.   

 

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Publié le 24 octobre 2017, mis à jour le 24 octobre 2017
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