Édition internationale

CHRONIQUE CULTURE - Place 22

Écrit par Lepetitjournal Bucarest
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

 

Le voyage, le fait de s’immerger dans des quotidiens peut-être familiers mais néanmoins différents, aide à mettre en perspective l’actualité qui fait débat dans votre lieu d’origine. Voici quatre sujets ayant occupé les quelques moments de répit des longs voyages en train à travers la Roumanie, qui rythment dernièrement ma vie professionnelle. La place 22 de chaque wagon est dotée, sans faute, d’une prise de courant électrique…

Photo : www.bzb.ro

- L’entrée en vigueur de la loi 282/2015 visant la prévention et la diminution du risque sismique des immeubles, suite à l’incendie meurtrier de la discothèque Colectiv, du 30 octobre dernier. Magasins, bars, restaurants et autres établissements publics logés dans des édifices visiblement en piteux état, portant le tampon rouge de la plus haute menace, ont fermé leurs portes en masse, dans la capitale. Cinémas et théâtres n’y ont pas fait exception. Les responsables de ces derniers, de même que les milieux culturels, mettent en cause la mauvaise gestion du dossier par les autorités, l’absence de solutions à part celle de la fermeture pure et simple ; ils pointent également du doigt la réticence et le manque de coopération des autres occupants des immeubles en question, ayant empêché sine die la rénovation et la consolidation de ces derniers. Et si, il y a une dizaine d’années déjà, face aux refus des propriétaires, ces établissements culturels avaient refusé, par une décision unilatérale, de pérenniser leur fonctionnement dans ces endroits en détresse, mettant en exergue le poids des risques encourus par leurs personnels et public ? La culture ne fait pas sortir les Roumains dans les rues, mais le choc et l’effet surprise auraient peut-être généré un autre type de pression et de réponse politique et sociale. Au contraire, ces théâtres et cinémas ont modernisé leurs salles, repeint les façades et continué de recevoir de plus en plus de public… Cela veut dire cacher les ordures sous le tapis.

- L’arrêt de la revue Cultura. Publié par la Fondation culturelle roumaine, cet hebdomadaire a suspendu son activité et sa parution en format imprimé, au bout d’une décennie d’activité. Au-delà de toute discussion sur le sous-financement du secteur ou bien sur la qualité du contenu de Cultura (généreux, mais inégal, comme pour toutes les autres publications similaires de Roumanie), une remarque s’impose : les grands magazines culturels roumains ne se comptent, désormais, même plus sur les doigts d’une seule main. Et ceux qui restent ne se portent pas bien non plus. Le décès de Cultura, la seule publication roumaine de ce genre avec des photos couleurs et un papier élégant, a été entouré par un silence criard qui parle lui-même, et beaucoup, de la société roumaine…

- La hausse du budget pour la Culture, selon le projet présenté par le ministère des Finances de Bucarest. Soit un plus de 26,48% par rapport à 2015 – une situation presque inédite pour le ministère de la Culture, habitué depuis de longues années à couper des tranches de plus en plus consistantes de son rien de budget, rendu risible par la crise. Cependant, cette bonne nouvelle est plutôt symbolique. Les trous sont tellement grands, les priorités - tellement nombreuses et épineuses, que l’argent s’épuisera en un clin d’œil. Et encore, si le projet de budget est adopté en l’état…

- RFI Roumanie, Chevalier du Mérite culturel roumain. Un titre motivé par ''le professionnalisme, l’objectivité et l’investissement personnel au service de l’acte journalistique, qui se posent en exemple d’approche responsable de l’information'', selon les dires du président Klaus Iohannis. Avec les efforts de Radio Roumanie, du Petit journal et d’autres médias roumains et francophones du pays (mais toujours trop rares, malheureusement), nous avons là une preuve de plus que le journalisme sérieux et de qualité peut attirer un large public. C’est aussi un argument supplémentaire en faveur de l’info et des programmes culturels réalisés intelligemment, à l’abri du festivisme et des parti-pris tellement nombreux dans ce domaine aussi. Une invitation pour les professionnels du métier et les consommateurs de presse, en égale mesure, à ne plus accepter tacitement, sans résistance, le dada du journalisme chewing-gum à tout prix, alimenté par les patrons de médias au nom d’un public informe et prétendument superficiel. Enfin, c’est une incitation pour tous les journalistes du pays à faire réellement leur métier. Toutes nos félicitations confraternelles à RFI Roumanie !

Andrei Popov, journaliste culturel à la rédaction francophone de Radio roumaine internationale (www.lepetitjournal.com/Bucarest) Mardi 8 décembre 2015

lepetitjournal.com bucarest
Publié le 7 décembre 2015, mis à jour le 8 février 2018

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