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Carreaux en terre cuite: une usine transylvaine perpétue la tradition

Par Lepetitjournal Bucarest | Publié le 27/03/2019 à 00:00 | Mis à jour le 27/03/2019 à 00:00
Photo : Facebook / Teracota Medias
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Il y a plus de 100 ans, en 1906, la fabrique de terre cuite de Mediaş ouvrait ses portes et fabriquait des carreaux utilisés dans la construction de poêles en terre cuite. En 2015, cela a recommencé quand l’usine a changé de propriétaire, mais pas la façon dont elle produit les carreaux, reprenant une tradition héritées des artisans de la région.

 

Teracota Mediaş a été créée en 1906 par le saxon transylvain Gref Iulius, son propriétaire jusqu'en 1938. Il y a quatre ans encore, la fabrique était possédée par divers propriétaires, dont l'État roumain. En 2015, l'entrepreneur saxon Uwe Draser, propriétaire du groupe SN Deco, a repris les rênes de la fabrique et a décidé de préserver son mode de production traditionnel.

 

"Lorsque M. Uwe Draser a pris le contrôle de la fabrique, sa première idée était de ne pas laisser la tradition disparaître. Il était fasciné par cet artisanat et par les choses merveilleuses qui pouvaient être fabriquées ici. Étant donné que le premier propriétaire de l'usine était également un Saxon de Transylvanie, il a estimé qu'il était de son devoir de préserver et de poursuivre cette tradition ", explique Radu George, directeur général de Teracota Mediaş.

 

Au moment de la reprise, l'usine avait connu des difficultés financières et le bâtiment était en très mauvais état. Un investissement de plusieurs centaines de milliers d'euros a permis de lui redonner son éclat d’autrefois, un nouveau four et de nouveaux équipements destinés à faciliter le processus de production, ont été achetés. Maintenant, l'usine reçoit des commandes de toute la Roumanie et également d'Europe.

 

Les carreaux en terre cuite (cahle en roumain) sont utilisés dans la construction des murs des poêles. À Teracota, chaque carreau est pressé, poli, verni et peint à la main. La même recette pour la matière première est utilisée depuis 1906; elle comprend des débris brûlés, de l'argile kaolin, de l'argile réfractaire, du sable d'Aghireş et des briques réfractaires. "Tous ces matériaux permettent à la terre cuite produite de résister aux cycles de combustion répétés, et d’accumuler et libérer la chaleur progressivement", explique Radu George.

 

 

Traditionnellement, l'argile était incorporée dans un moule en bois avec des motifs décoratifs en relief. La même technique est utilisée aujourd'hui: le moule est sculpté à la main dans le plâtre, puis reproduit pour former une série de carreaux.

 

"La principale différence entre nous et les autres entreprises réside tout d’abord dans la recette utilisée et dans le fait que chaque carreau de terre cuite est fabriqué par pressage manuel; il en va de même pour le séchage des pièces, la peinture et le vernissage. Nous pouvons affirmer que nous sommes, à l’heure actuelle, la seule usine de carreaux en terre cuite peints et pressés à la main dans le pays ", déclare George.

 

Les carreaux se présentent sous plusieurs formes principales, correspondant à différentes parties du poêle, mais l’usine fabrique également des pièces pour les grands poêles, comme ceux qu’on trouve dans les manoirs.

 

 

La tradition de la fabrication des carreaux en terre cuite remonte aux guildes des potiers qu'on trouvait dans les villes de Transylvanie entre le XIVe et XVe siècles. Sibiu, Brasov ou Bistrita étaient à l’époque des centres de production de poterie. Au fur et à mesure que le poêle en terre cuite commençait à être utilisé plus largement, la production de carreaux se développa, aux XVe et XVIe siècles. Par exemple, dans la première moitié du XVIe siècle, des documents attestent de l'existence de la guilde des potiers à Biertan. La guilde y établit son statut en 1531. Certaines guildes de potiers étaient subordonnées à d'autres. La guilde de Cisnădie à celle de Sibiu, celle de Aţel et de Moşna à celle de Mediaş.

 

L’émergence des premiers poêles en terre cuite est liée aux tentatives d’amélioration de la cheminée ouverte, principale source de chaleur de la maison pendant longtemps, également utilisée pour la préparation des aliments. Comme elle ne produisait pas assez de chaleur, la cheminée fut améliorée grâce à l’ajout de murs en pierre ou en argile auxquels étaient ajoutés les carreaux de terre cuite qui, une fois chauffés, permettaient de maintenir la chaleur plus longtemps.

 

Avec une grande variété de modèles de carreaux, les poêles reflétaient le statut social et économique du propriétaire. Les carreaux de la collection du musée Astra à Sibiu sont décorés de motifs religieux, floraux, végétaux ou stellaires.

 

Grâce à un partenariat avec le musée Astra, Teracota a réussi à reproduire certains des anciens modèles de carreaux trouvés dans la région. L'usine peut reproduire n'importe quel modèle et fabriquer le moule pour une production en série limitée. Cela permet de réaliser des projets de restauration à partir d’anciennes pièces.

 

Parmi ces projets de restauration où Teracota a été impliquée, citons les maisons de Viscri, le manoir Apafi à Malancrav ou le manoir Banffy. "La collaboration a consisté à reproduire de vieilles pièces et à refaire les poêles dans ces endroits. Nous travaillons avec des installateurs de poêles chargés de la restauration des vieux poêles. Ensemble, nous essayons de refaire les pièces et de restaurer la beauté de ces vieux poêles", déclare George

 

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Poêle à Viscri 32

 

L'usine compte actuellement plus de 400 modèles de carreaux, avec des modèles modernes et des répliques de carreaux anciens, simples ou à motifs géométriques ou décoratifs, vernis dans une variété de couleurs et peints à la main. "Habituellement, le client nous dit qu'il veut simplement un poêle. Mais lorsqu'il arrive chez nous, il change d'avis sur le modèle lorsqu'il voit la variété que nous proposons", explique George.

 

La fabrique peut satisfaire toute une gamme de clients, depuis ceux qui veulent un poêle classique préassemblé jusqu'à ceux qui recherchent une pièce unique, avec le chevron de leur famille dessus. «Par exemple, nous avions une famille qui, une fois les pièces terminées, est venue à l'usine avec les enfants pour peindre eux-mêmes les carreaux », dit-il. "Ce qui nous aide beaucoup, c’est que dans le département de la création, nous avons une diplômée en sculpture, Mme Iulia Costescu, qui nous aide à concrétiser les souhaits de tous les clients."

 

Les installateurs de poêles autorisés sont chargés de la mise en place des poêles et Teracota a une liste de collaborateurs qui se rendent sur place pour cela.

 

Ceux qui ne peuvent pas se rendre à Mediaş peuvent voir leurs carreaux exposés à Bucarest et dans plusieurs autres villes. Après avoir été exposées durant l'événement Teracota, mon Amour !, présenté dans le cadre de la Nuit blanche des Galeries en 2017 ou au château Cantacuzino à Bușteni, les carreaux sont encore visibles dans le café-resto Acuarela à Bucarest et au musée du village de Sibiu. Dans environ deux mois, une autre exposition aura lieu au Musée ethnographique de Iaşi.

 

 

Article en anglais ici: https://www.romania-insider.com/teracota-medias-2019

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Grégory Rateau

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