Mercredi 8 juillet 2020

A la découverte de l’art tribal indien : les peintres Warlis

Par Isabelle Bonsignour | Publié le 03/06/2020 à 23:01 | Mis à jour le 03/06/2020 à 23:01
Inde art tribal warli

Depuis une vingtaine d'années, en France et ailleurs en Europe, on peut découvrir l’art tribal indien au travers d’expositions consacrées à un ou plusieurs artistes. Cet art peut prendre plusieurs formes, mais c’est surtout sous la forme picturale qu’il est parvenu en Occident. Chaque ethnie ou tribu (adivasi en hindi) possède ses propres techniques et styles de représentation liés à ses traditions et à sa culture. 

Aujourd’hui, pour cette troisième édition, la rédaction vous présente les peintres Warlis avec l’assistance de Christian Journet de l’association Duppata.

 

art tribal indien warli

 

Les Warlis, un peuple établi principalement dans le Maharashtra

Les Warlis sont un peuple indigène de l'ouest de l’Inde. Ils vivent dans des villages de cases de couleur ocre rouge. Les murs de bambous sont recouverts de boue séchée et de bouse de vache et les toits de feuilles ou de paille. Les Warlis peignent sur leurs murs. L’acte de peindre est une cérémonie rituelle et a plus d'importance que le résultat obtenu (source Association Duppata).


 

Des peintures rituelles sur les murs des maisons

A l'origine, les peintures Warlis étaient uniquement sous forme de fresques recouvrant les murs des maisons et étaient réalisées par des femmes. Il y avait deux types de peinture, les fresques extérieures et les peintures intérieures. 

Celles de l'extérieur sont toujours orientées vers le cycle des saisons qui sont adressées à des divinités pour faire venir la pluie ou le soleil. “On a, par exemple, des fresques avec l’histoire du dieu de la sécheresse qui se bat avec le dieu de la mousson”, explique Christian Journet.

 

art tribal indien warli

 

A l'intérieur, les peintures sont liées aux événements familiaux, les mariages et les naissances.

Depuis les années 60, les peintures extérieures ont disparu. “Les seuls endroits où on en trouve encore, ce sont chez les peintres parce que cela fait partie de leur image” affirme Christian Journet.

Par contre, la pratique des fresques intérieures continue et est encore aujourd’hui réservée aux femmes. Elle est essentielle pour marquer l'événement principal dans les familles qu’est le mariage. 

“Cette peinture rituelle que les Warlis nomment “chauk” est réalisée selon de nombreux codes, pour chaque mariage d’une personne dans la famille, par quatre femmes de la communauté ayant un statut particulier. Lors du mariage, les futurs époux s'asseyent au pied de la peinture, la fresque est découverte et la déesse de la prospérité qui y est représentée remplit le rôle des témoins de mariage dans notre civilisation”, raconte Christian Journet.

 

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Une peinture uniquement bicolore, blanc sur fond ocre

Chez les Warlis, la peinture utilisée est uniquement blanche, elle est préparée avec de l’eau mélangée à de la poudre de riz et est appliquée avec un morceau de bambou sur les murs ocre marron des maisons. Ce sont toujours des peintures éphémères : à l'extérieur, elles disparaissent avec le temps et à l'intérieur, on les efface pour les remplacer par un nouvel événement survenant dans la famille. “Elles n’ont aucune valeur de patrimoine pour la communauté”, indique Christian Journet.

 

art tribal indien warli

 

Aujourd’hui, pour pouvoir vendre leurs peintures, les peintres Warlis utilisent de la peinture acrylique et peignent sur de la toile ou du coton.

A Bombay, le mur de clôture de la résidence du gouverneur de l'Etat du Maharashtra, dans la rue Walkeshwar au sud de la ville, est entièrement décoré de peintures Warlis. Les murs de la gare de Palghar, au nord de Bombay, comportent aussi des fresques Warlis.

 

art tribal indien warli
Le mur de clôture de la résidence du gouverneur

 

Parmi les artistes Warlis les plus connus

Soma Mashé est la grande figure de la peinture Warli, c’est celui qui a porté cette peinture sur le devant de la scène de l’art tribal contemporain. Il est décédé en 2018 à l’âge de 85 ans.

Shantaram Tumbada, le peintre qui a la tête dans les étoiles, a peint une magnifique fresque murale représentant “La cité idéale de l’Inde”, à Lyon dans le cadre du musée urbain de la ville (la fresque se situe à l’angle des rues Rochambeau et Théodore Levigne).

Reena Valvi Umbersad, dont les peintures révèlent les mythes fondateurs de la tribu.

Rajesh Mor, dont les œuvres sont riches de détails sur la vie quotidienne de son peuple.

Anil Vangad, qui maîtrise à merveille l’art du mouvement. Il a récemment réalisé trois compositions liées à la crise sanitaire de la Covid-19 dans lesquelles il explore les sujets d'actualité : le virus, les études scientifiques, les centres de quarantaine, la distance sociale...

 

art tribal indien warli
Anil Vangad et ses peintures sur l'actualité de la Covid-19

 

Focus sur Reena Valvi Umbersad

Née en 1975, Reena Valvi Umbersad vit dans le village Sutrakar au Nord du Maharashtra. Ses peintures révèlent les mythes fondateurs de la tribu et participent de leur préservation.

En l’absence de langage écrit, la pérennité de ce mode d’expression offre aux jeunes générations les clefs pour comprendre, à travers les éléments pictographiques, ce qui continuer à tisser la vie sociale de leur tribu. 

Très engagée socialement, Reena anime des cours de peintures auprès des enfants des écoles. Elle anime aussi des ‘‘self help groups’’ afin d’offrir aux femmes de son village des moyens pour une meilleure autonomie.

 

art tribal indien warli

 

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isabelle bonsignour

Isabelle Bonsignour

Directrice de la publication et responsable éditoriale. Expatriée au long cours et fervente lectrice du site lepetitjournal.com, elle a rejoint l’équipe en créant l’édition de Bombay.
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