Mercredi 22 septembre 2021
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Confinement - Témoignages : deux entrepreneures dans le tourisme

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 17/04/2020 à 01:08 | Mis à jour le 17/04/2020 à 01:08
Photo : @ gulteinsta
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Afin d'appréhender les impacts du confinement en Inde sur les Français y résidant, mais aussi en vue de partager avec la communauté, la rédaction vous propose chaque jour un ou deux témoignages de personnes aux profils divers.

 

Aujourd’hui, nous donnons la parole à deux femmes, chacune co-fondatrices d’entreprises dans le secteur du Tourisme : Coraline a co-créé la guesthouse Bed&Chai à Delhi et Eléonore Gaspa a fondé l'agence Carnet de Voyages et le tour opérateur Cyclin'Jaipur dans la ville rose. Subitement, elles ont dû faire face à l’arrêt total de leur activité, s’adapter et travailler dans l’urgence pour aider aux départs des touristes. Aujourd’hui, elles nous racontent comment elles essaient de mettre ce temps à profit, tentent de pallier l’incertitude et préparer l’après !
 

Coraline : notre guesthouse Bed&Chai devait fêter ses 8 ans cette année. Nous sommes maintenant très inquiets pour le futur.

 

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“Ouverte en août 2012, notre guesthouse Bed&Chai devait fêter ses 8 ans cette année. Très fiers d’avoir réussi à développer un espace où touristes et employés-hôtes se sentent bien et partagent pour un temps un repas, un sourire, une histoire, nous sommes maintenant très inquiets pour le futur.

 

Après les premières annonces d’annulation de visas pour les touristes venant d’Europe, les répercussions se sont très vite faites sentir. Annulation de dernière minute, clients déçus de devoir reporter leurs vacances. Nous avons rapidement pris la décision de baisser nos prix et d’augmenter notre visibilité sur les agrégateurs.

 

La guesthouse est ainsi restée presque complète jusqu’à début avril où nous avons logé des touristes étrangers en attente des vols de rapatriement. Les ambassades nous ont aidés à gérer la police locale méfiante envers les étrangers. La moitié de nos employés habitent dans la guesthouse, nous n’avons donc pas de problème de personnel. Mais deux ont des santés fragiles. Il a fallu prendre des précautions supplémentaires et être stricte avec les derniers clients. Notre chef cuisinait pour tout le monde et les clients venaient prendre leur assiette un par un avant de dîner dans leur chambre par exemple, tout ça organisé par WhatsApp ! Des clients ont aidé à nettoyer, d’autres à cuisiner. Des amitiés se sont liées. Tous ont pu rentrer et continuent à nous donner des nouvelles.

 

Nous ne logeons maintenant plus qu’une cliente bloquée à Delhi par le lock down. Tous les hôtels ont peu à peu fermé. Certains se sont proposés pour loger les médecins et infirmiers, d’autres pour être transformés en centre de quarantaine mais les associations de quartier y sont strictement opposées. Il ne reste donc qu’à attendre.

 

Les prévisions sont pessimistes quant au retour du tourisme. Attirer la clientèle business indienne habituée à des hôtels plus classiques ne va pas être facile. Si notre propriétaire insiste pour que les loyers soient payés rapidement, nous n’aurons certainement pas d’autre choix que de fermer. Le plus préoccupant est de réussir à trouver des solutions pour nos employés âgés et handicapés. 

 

Pour lutter contre l’ennui et continuer à partager quelques sourires, notre chef, aidé de ses “assistants”, donne des cours de cuisine en direct sur Facebook. Nous essayons également d’aider à notre niveau les populations les plus fragiles en supportant les actions de l’ONG Tara Education et Protection de l’Enfance qui en plus d’être le foyer d’une soixantaine d’enfants, a décidé de démarrer la distribution de rations aux familles. Ils ont besoin des produits essentiels mais aussi de cahiers, stylos et papier (pour contribuer, c’est ici). 

 

J’utilise enfin ce temps pour la réflexion. Des initiatives, comme “The quarantined entrepreneurs” lancée par un entrepreneur francophone delhiite, Anouar Hachemane, qui organise des meetups, sessions de brainstorming, et interviews, très régulièrement sur l’après Corona, permettent de partager et d’avancer !"


*****
 

Eléonore : On s'inquiète pour les acteurs du secteur du tourisme et la survie de notre petite structure Carnet de Voyages et du tour opérateur dans la ville rose Cyclin'Jaipur

 

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"Le 11 mars le gouvernement indien suspendait tous les visas touristiques depuis la France. Notre saison à Carnet de Voyages et Cyclin'Jaipur était donc finie un mois et demi en avance, l'impact immédiat. Nous avons appris dans la foulée que nous devions en tant qu'agence de voyage écourter au plus vite les séjours de nos touristes sur place et les rapatrier aux ports de sortie indiens. La dernière semaine avant le confinement a donc été consacrée à l'interruption des séjours. Expliquer la situation, changer les itinéraires et acheminer au plus vite nos clients vers Delhi ou Mumbai. Quelques jours avant le début du confinement, tous nos touristes étaient de retour dans leur pays d'origine. L'ambassade de France organisera plus d'une semaine après le rapatriement des derniers touristes restés sur place. Nous nous sommes ensuite attelés à l'annulation des séjours fin mars et courant avril en procédant à des remboursements ou dans le meilleur des cas au report des voyages sur les prochains mois.

 

Le télétravail a été mis en place une semaine avant le confinement afin de minimiser les risques et mon équipe et moi-même travaillons depuis lors à domicile dans un silence irréel. Jaipur n'a jamais été aussi calme et les deux premières semaines nous nous croyons en pleine campagne depuis nos balcons et terrasses. Les oiseaux s'en donnent à cœur joie, les aigles reprennent leur territoire en pleine ville et les paons sortent au coucher du soleil. Le virus n'a pas changé leur routine. Les chiens des rues règnent en maître sur les avenues désertes. Nous pouvons enfin faire ce que le rythme événementiel de l'agence ne nous permet que trop peu : refonte du site, amélioration des procédures, des outils de travail et de communication.

 

Avec le temps vient une pointe de lassitude, on trouve le temps plus long ou trop court. On perd un peu nos repères. On s'inquiète pour les plus faibles et on critique la gestion de crise des gouvernements français et indiens. Quelle tournure va prendre la pandémie ici en Inde un pays à la densité massive de population? On s'inquiète aussi pour les acteurs du secteur du tourisme, la survie de notre petite structure et les mêmes questions reviennent sans cesse. Quand pourra-t-on reprendre l'activité? Notre trésorerie nous permettra-t-elle de tenir assez longtemps? Les gens auront-ils envie de voyager les interdictions levées?

 

La chaleur s'est progressivement installée au Rajasthan, l'été ne s'est jamais fait autant attendre... Les hautes températures freineront-elles peut être un temps l'avancée inexorable du virus. Quand à moi, je ne suis pas sortie de mon immeuble depuis plus d'un mois. Je vais tenter très bientôt une sortie course, harnachée d'un masque et de gants car nous allons fêter les 30 ans de mon compagnon. On se souviendra de cet anniversaire."

 

Nous vous invitons à lire les parcours de ces deux Françaises qui ont se sont lancés dans l'aventure et ont entrepris en Inde : 

 

La rédaction vous donne rendez-vous demain pour les prochains témoignages. N'hésitez pas à nous envoyer le vôtre si vous souhaitez le partager (bombay@lepetitjournal.com).



 


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