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Confinement : deux femmes de Mumbai racontent

Par lepetitjournal.com Bombay | Publié le 12/05/2020 à 01:05 | Mis à jour le 12/05/2020 à 01:05
Photo : Un "bungalow" de Mumbai - @strayingaround
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Après une série de témoignages de Français résidents en Inde, la rédaction a pensé qu’il serait aussi intéressant d’avoir le point de vue d‘Indiens pendant le confinement. Les vécus de chacun sont, de toute évidence, très différents les uns des autres et subjectifs. Ils ne reflètent pas la situation ou les opinions “des Indiens” ou de tel ou tel groupe social. De même, il y a autant de façons de vivre son confinement que de personnes et de familles. Lire les vies des autres, entrer par leur témoignage dans leur quotidien, nous aide à recréer un peu de ce “vivre ensemble” mis à mal par le confinement, et aussi, nous le pensons à se sentir moins seuls.

 

Cette semaine dans la série Témoignages d’Indiens sur le confinement, nous vous proposons, le témoignage de Jacqueline Jhavery, une Indienne née et élevée à Paris mais installée à Bombay depuis de nombreuses années et à Anjali Gangolli, citoyenne canadienne d’une famille indienne, vivant à Bombay depuis 10 ans.


 

Jacqueline Jhavery, un pilier de la communauté française à Mumbai

Jacqueline a toujours été intégrée à la communauté française vivant à Bombay, elle a été un membre actif du Club France de Bombay, le groupe d’accueil des Français et francophones de la ville qui a cessé son activité en 2014. Aujourd’hui, elle est bien évidemment un membre actif de Bombay Accueil qui a remplacé le Club France de Bombay. En novembre 2006, Jacqueline a été décorée de l'Ordre National du Mérite par le gouvernement français. 

 

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Voici ce qu’elle nous raconte sur son confinement : 

Le confinement a apporté beaucoup de changements dans ma vie : pas de sorties, pas de restaurants, pas de programmes artistiques, pas de rencontres entre amis… Heureusement, je ne vis pas seule car je suis entourée de deux personnes qui m’aident dans la vie quotidienne et résident chez moi.

De plus, j’habite un bungalow (c’est ainsi que l’on appelle les maisons individuelles de Mumbai) dans le quartier de Breach Candy, non loin de la mer et je peux profiter du tout petit bout de jardin autour de chez moi. Je ne suis donc pas "enfermée” totalement. Un détail : je me mets au soleil tous les matins pendant 10/15 minutes pour la vitamine D ! 

Cette période de non activité sociale m’a appris à être patiente, organisée et avoir suffisamment de médicaments et de produits de nettoyage en stock. 

Mon espoir pour le futur : voir plus de propreté à Bombay, moins de taudis, moins de pauvreté dans beaucoup de quartiers.

Et, bien sur, j'aimerais que la vie normale recommence. Mes 2 fils et leurs familles habitent à l'étranger, et, à mon âge de 81 ans, j'aimerais que les avions commencent à nouveau à voler pour qu'ils puissent venir me voir ici.


 

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Anjali Gangolli : “Quand est-ce que je vous reverrais ?”

Anjali Gangolli, titulaire d’un doctorat portant sur l’enseignement des langues étrangères aux enfants, passé à Besançon, est professeur de français, d’anglais et d’hindi, pour les enfants et les adultes, et notamment au LFIM. Anjali, passionnée de musique classique indienne, est aussi une joueuse de sitar confirmée.     

Anjali vit dans un ensemble d’appartements cogérés, niché au sein de Tardeo. 

 

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When do we get to see you again?” C’est la question que me pose mon élève, une enfant de 5 ans, à la fin de chaque cours via visioconférence. En effet, nous sommes en confinement depuis le 22 mars, et, comme d’autres enseignant(e)s partout dans le monde, notre salle de classe est devenue virtuelle. 

En mars dernier, les directions des deux établissements où je travaille en tant que professeur de français langue étrangère (FLE) ont décidé de fermer leurs locaux et de mettre en place un dispositif d’enseignement à distance. L’équipe pédagogique a été formée à l’utilisation d’un logiciel de visioconférence et, deux jours plus tard, j’ai donné mon premier cours de FLE en ligne, à un groupe d’élèves de 6 ans. J’en garde un très bon souvenir : des yeux brillants, des exclamations de joie et des éclats de rires. 

Cela fait maintenant six semaines que j’enseigne par visioconférence et cette façon de travailler est devenue la routine, pour moi, ainsi que pour mes élèves. J’ai transformé un coin de mon petit bureau en salle de classe improvisée : tapis multicolore en toile de fond, marionnettes, cartes-images et matériel scolaire à portée de la main. Pendant les visioconférences, mes élèves et moi faisons une petite pause “yoga”, ce qui nous permet de nous étirer tout en révisant le vocabulaire du corps et des verbes de mouvement ! De temps en temps, dans nos discussions, les élèves évoquent le sujet du virus, en me disant “When the coronavirus is over, I’m going to… “.

Pour ce qui concerne la vie quotidienne, le confinement se passe plutôt bien dans mon quartier. Certes, il y a eu, au début, des réactions de panique et des files d’attente interminables devant les commerces, mais j’ai l’impression que les gens se sont petit à petit calmés et qu’ils sont maintenant habitués à ce nouveau mode de vie. Le matin, les petites épiceries sont ouvertes et des marchands ambulants vendent des fruits et des légumes. La police patrouille dans le quartier et veille au respect du confinement. Même si nous ne pouvons plus sortir librement, aller au cinéma ou assister à des concerts, nous n’avons aucune raison de nous plaindre.

Malheureusement, ce n’est pas le cas pour bien d’autres, et nous sommes conscients de cette réalité. Tous les jours, le journal est plein d’actualités et de photos déprimantes. Dans ma famille, nous avons donc décidé de faire notre part pour venir en aide aux gens en difficulté. Chaque matin, ma mère se lève très tôt pour préparer du thé et des paquets de biscuits, que nous distribuons au personnel de sécurité de notre immeuble et aux vendeurs ambulants du quartier. Mon père et ma sœur, tous deux médecins gériatres, rassurent les personnes âgées anxieuses, surtout celles qui vivent seules, et les convainquent gentiment de l’importance de la distanciation sociale et du port du masque. Ma sœur fait des courses pour celles d’entre elles qui ont besoin d’aide. 

Pour l’instant, il est clair que le monde dans lequel nous vivons ne sera plus jamais le même. Espérons que nous sortirons de cette crise plus avertis, plus reconnaissants et plus solidaires.

 

 

La rédaction vous donne rendez-vous demain pour les prochains témoignages. N'hésitez pas à nous envoyer le vôtre si vous souhaitez le partager (bombay@lepetitjournal.com).



 


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