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Les enfants surfeurs de Ngwe Saung

Par David Hardillier | Publié le 30/05/2018 à 20:00 | Mis à jour le 30/05/2018 à 20:00
Enfants surfeurs Birmanie

Ngwe Saung, dans le Golfe du Bengale. A un peu moins de 200 kilomètres de Yangon, la mer, les grandes plages de sable, les beaux hôtels et le calme après le tumulte de la ville. Dans ce petit coin de paradis, il n’y a pas que le tourisme qui soit un gage de succès dans la vie. Sur les plages, non loin du Yacht Club, s’entrainent des enfants sur leurs planches de surf. Ces enfants surfeurs sont le sujet d’un documentaire, intitulé The wave’s calling, réalisé par Léopold Belanger. Je l’ai rencontré pour qu’il me raconte leur histoire.

C’est à l’occasion d’un séjour à Ngwe Saung que Léopold Belanger a rencontré pour la première fois ces enfants surfeurs. Arrivé tout droit du Canada avec un Bachelor of Art (orienté production et réalisation audiovisuelles) depuis trois ans et demi, Léopold n’est pas qu’un amateur de belles images, il aime également le surf et profite donc d’une virée dans le Golfe du Bengale pour voir à quoi les vagues peuvent ressembler. Et c’est en croisant ces enfants sur la plage, avec leur planche sous le bras, que tout naturellement le contact s’est établi. Les enfants le convient à aller surfer avec eux, dans un spot situé un peu plus loin. Cette rencontre a touché Léopold et a été le déclencheur pour la réalisation de son projet de documentaire. Ces enfants sont entrainés par Csiga, un hongrois passionné de surf, instructeur, qui s’est installé en Asie du Sud Est depuis plusieurs années. Mais la personne qui chapeaute le tout n’est autre que Phone Kyaw Moe Myint. Rappellez-vous, c’est également lui qui est à l’origine de Trash Hero en Birmanie, l’association qui nettoie les espaces, ramasse les déchets et informe sur les bonnes pratiques à tenir pour garder notre environnement sain. Phone Kyaw Moe Myint travaille au Yacht Club à Ngwe Saung et en amoureux de la mer, a mis sur pied la base nautique. Il a également organisé les premiers championnats de surf, ce qui a permis à de nombreux surfeurs étrangers de découvrir le spot et d’introduire en Birmanie ce sport nouveau. Nous n’allons pas nous le cacher, ce n’est pas le spot le plus impressionnant du monde mais il peut laisser de beaux souvenirs malgré tout. Phone Kyaw Moe Myint a ainsi offert aux enfants qui le souhaitaient la possibilité de monter sur les planches qu’il mettait à disposition et donné les premiers conseils pour tenir debout dessus. Mais attention, l’homme a beau être généreux, il n’en reste pas moins exigeant et intransigeant. Pour entrer dans son groupe, il faut de la discipline et donner le meilleur de soi.

Phone Kyaw Moe Myint ne propose pas cela par hasard: il sait que la plupart de ces enfants n’ont pas les moyens de s’offrir un avenir sous les meilleures auspices et les invite donc à connaitre autre chose. L’école est obligatoire, impossible de ne se consacrer qu’au surf. Et même si à son contact et à celui de Csiga nos apprentis surfeurs améliorent leur connaissance de l’anglais, il n’est pas question de quitter le milieu scolaire. L’école de la glisse est complémentaire, l’apprentissage des choses de la vie est au cœur de l’enseignement comme le respect, la camaraderie et le dépassement de soi est au cœur de l’enseignement. La solidarité est également une valeur mise en avant lors de la formation; une fois que les plus aguerris sont à l’aise sur leur planche, c’est à leur tour d’expliquer aux plus débutants toutes les subtilités de l’équilibre. L’exercice n’est pas facile mais c’est tout le charme du projet. L’objectif est de faire grandir une passion en eux, de tenter de leur donner une chance supplémentaire dans la vie et de montrer aux parents de ces jeunes enfants que malgré leurs réticences, leur pratique est bénéfique en tout point et constitue une sorte d’échappatoire qui les sort de la monotonie de leur quotidien. A Ngwe Saung, les emplois proposés sont principalement dans les hôtels et sur les plages.

Ils ont entre 11 et 15 ans mais déjà, des talents apparaissent parmi ces enfants surfeurs. En effet, les trois meilleurs vont partir en Indonésie pour surfer de plus grosses vagues lors d’un stage de plusieurs semaines. Des plus grosses vagues mais des vagues différentes surtout. Quand les vagues présentes à Ngwe Saung sont de type "beach break", littéralement qui se cassent sur la plage, sur toute la longueur, en Indonésie elles sont du type "Reef Break". C’est le type de vague le plus impressionnant et photogénique avec la formation d’un rouleau vers la gauche ou la droite de la vague. Hormis la technique de vague, c’est aussi la confrontation et la rencontre avec d’autres surfeurs, d’autres nationalités et d’un autre niveau qui est intéressant dans ce genre de stage. C’est sous cet angle là que Léopold Belanger a souhaité traiter ce sujet, mettre l’accent sur le mode de vie plutôt que sur l’histoire personnelle de ces enfants à proprement parler. C’est avec son ami Pierre Mounier qu’ils ont  rencontré Phone Kyaw Moe Myint et qu’il a obtenu son soutien pour mener à bien son documentaire. Ce projet s’est déroulé en parallèle d’un autre projet de nos deux amis.

Tous les deux passionnés de surf, ils ont eu envie, pour immortaliser le moment, de construire eux-mêmes une planche de surf en tek. Pierre Mounier est un ébéniste formé au sein des compagnons du Devoir et a suivi une formation de design au sein de l’école Boulle, à Paris. Il a donc mis en œuvre tout son savoir pour dessiner les plans mais également assurer la fabrication de cette planche. Pierre a travaillé en étroite collaboration avec Zaw One, le shaper (celui qui crée la forme des bateaux) du Yacht Club de Yangon, qui a à son actif la création et la construction de nombreux navires. Après d’innombrables heures de travail, de beaucoup de patience et d’une collaboration intense entre les deux hommes, la planche de surf en tek a vu le jour. Pas forcément dans l’idée de la surfer; lorsque l’on sait le poids que peut représenter une planche en tek, ce n’est pas la première idée qu’il vient à l’esprit, mais c’est toute une symbolique qui se retrouve dans cette planche. Une essence de bois locale et précieuse, l’aide du shapeur du Yacht Club, toutes les conditions ont été réunies pour mener à bien la création de cette planche de surf unique. 

Maintenant, la planche est terminée et le documentaire est monté. Il est actuellement possible de le regarder sur Canal+ Su Sann, chaîne documentaire du groupe Canal+. Quant à la planche de surf en tek, elle est présente à la base nautique à Ngwe Saung.  Si vous avez l’occasion de passer votre prochain weekend sur les plages de Ngwe Saung, je vous invite à aller vous promener aux alentours du Yacht Club, on y rencontre des gens fantastiques !
Crédit photos: Léopold Belanger

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