Dimanche 25 octobre 2020

Les filles au Liban en première ligne face au coronavirus

Par Sandra Camey | Publié le 15/05/2020 à 18:00 | Mis à jour le 16/05/2020 à 15:06
liban coronavirus

La pandémie a surgi au Liban dans un contexte de crise économique sévère. Entre lutte contre la faim, discriminations et violences, Plan International met en garde sur la vulnérabilité des filles au Liban.


La crise du coronavirus a aggravé la situation des personnes et des pays en difficultés. Le cas des filles adolescentes au Liban et particulièrement des réfugiées en est la parfaite illustration.

Déjà en condition de vulnérabilité dû à la grave crise économique qui secoue le pays, elles « luttent désormais contre la faim, le risque de violence, une mauvaise hygiène et le manque d'accès aux services de santé sexuelle et reproductive. » explique le directeur de Plan International au Moyen-Orient, Colin Lee.
 

La crise sanitaire met le Liban au tapis

La pandémie au Covid-19 apparait pendant les contestations populaires. Les citoyens libanais, fatigués de la situation économique qui fait rage dans le pays depuis trois décennies, manifestent depuis octobre 2019. Certains, malgré les mesures de confinement du gouvernement, ont préféré continuer à manifester : « Plutôt mourir du coronavirus que de la faim » était scandé le 29 mars dernier dans les rues de Tripoli et de Beyrouth.

La crise a fait flamber les prix des denrées alimentaires et des produits de première nécessité, dans un pays où 45 % de la population vit sous le seuil de pauvreté et 22% serait en état de pauvreté absolue. Entre une inflation galopante, un taux de chômage à 40%, une dette nationale de 85 milliards de dollars et le poids du million et demi de réfugiés sur le territoire, ces effets n’ont fait qu’aggraver une économie déjà à bout de souffle.

Deuxième pays d'accueil des réfugiés syriens et palestiniens depuis la première diaspora de Palestiniens en 1948, les réfugiées représentent aujourd’hui 30% de la population libanaise, plus forte concentration de réfugiés par habitant au monde. Certaines municipalités libanaises ont mis en place un couvre-feu de 9 heures à 13 heures destiné uniquement aux réfugiés, aggravant la situation matérielle et financière des camps alors qu’avant la crise sanitaire, ils étaient plus de 55% à vivre avec moins de 3 dollars par jour.
 

Pourquoi les filles sont-elles en première ligne de la crise ?

Du 15 mars au 26 avril, le gouvernement a imposé un confinement, forçant les familles à rester chez elles, ce qui a augmenté les discriminations et les violences de genre. Privées d’école, plus de la moitié des adolescentes ont vu leur temps consacré aux tâches ménagères radicalement augmenter. Selon le rapport d’étude de terrain publié le 4 mai 2020 par l’ONG Plan International, ce sont les filles et les femmes qui subissent le plus gros de la crise. En cause notamment, le risque des violences domestiques et entre partenaires intimes. Dans les camps de réfugiés, 32% des adolescentes signalent le danger du harcèlement et des discriminations.

Le manque de nourriture qui toucherait 63% des familles libanaises ajoute un facteur de stress pour ces adolescentes. Cette situation s’est même aggravée dans les camps de réfugié.e.s où 83% des familles estiment qu’elles ne pourront pas se nourrir dans les deux semaines à venir. 

Or s’il est impossible pour ces familles de mettre à souper sur la table, cela en va de même pour les produits de première nécessité tels que les protections périodiques. Deux tiers des adolescentes dont plus de la moitié sont des réfugiées syriennes, en serait privées dû à leur moyen financiers.

La crainte de la transmission du Covid-19 empêche ces femmes d'accéder aux services de santé sexuelle et reproductive, les rendant encore plus vulnérable face à cette crise.
 

L’ONG Plan International agit

Depuis 2017, l’ONG travaille en partenariat avec des organisations locales, nationales et internationales pour renforcer les capacités et répondre aux besoins des citoyen.ne.s libanais.e.s et des enfants réfugiés au Liban, en particulier les filles, qui sont touchées de manière disproportionnée par la crise.

Un plan d’urgence face à l’épidémie a été développé pour répondre aux besoins les plus urgents des personnes vulnérables, en particulier les enfants et les adolescentes. L’accent a été mis sur la protection, l’éducation et la mise en place de mesures d’hygiène et de sensibilisation au virus.


 

Nous vous recommandons

92156619_221550398957456_3872276264203059200_n

Sandra Camey

De formation scientifique et journalistique, elle s'expatrie à Berlin où elle étudie la photographie et les sciences politiques du Moyen-Orient. Aujourd’hui en écriture de mémoire sur les politiques environnementales au Moyen-Orient
0 Commentaire (s)Réagir