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Attentat du Drakkar (I) : la sale guerre du Liban

Par Rédaction LPJ Beyrouth | Publié le 22/10/2018 à 09:55 | Mis à jour le 23/10/2018 à 10:26
attentat du Drakkar

Le dimanche 23 octobre 1983, à 6h24 du matin, 58 soldats parachutistes français et une famille libanaise meurent dans un attentat contre le poste Drakkar, situé au sud de Beyrouth, au cœur de la complexité du conflit.

Déchiré entre factions pro- et anti-palestiniennes, le Liban est en conflit larvé depuis sept ans en 1982. Cette année-là, la guerre civile, de dimension régionale depuis l’intervention de l’armée syrienne en 1976 et l’incursion de l’armée israélienne en 1978 au Sud-Liban, prend une dimension internationale.

Le 6 juin, Tsahal lance l’opération Paix en Galilée et pousse son offensive jusqu'à Beyrouth pour écraser l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat. Les Israéliens, qui ont fait la jonction avec les Forces libanaises de Bachir Gemayel, débutent le siège de Beyrouth-Ouest. Soumis à d’intenses bombardements, l’OLP et les fedayins sont acculés. Washington intervient pour éviter un bain de sang. Les belligérants s’accordent sur un cessez-le-feu le 12 août. Le 21, les Etats-Unis, la France et l’Italie créent une Force multinationale d’interposition qui évacue plus de 11 000 combattants palestiniens jusqu’au 1er septembre et supervise le départ des Israéliens.

Le 23 août, Bachir Gemayel est élu président de la République. Il est assassiné trois semaines plus tard, le 14 septembre, par des membres du Parti social-nationaliste syrien. Les Kataëb, principale composante des Forces libanaises, accusent les Palestiniens. La vengeance des Phalangistes est terrible. Du 16 au 18 septembre, plusieurs centaines de civils palestiniens sont massacrés dans le quartier de Sabra et le camp de Chatila.

Le choc est tel que l’Etat libanais en appelle à l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui met en place la Force Multinationale de Sécurité à Beyrouth (FMSB), composée de soldats français (1600 à 2000), américains (1600), italiens (1400) et britanniques (100). Le mandat de la FMSB consiste à « appuyer les forces armées du gouvernement libanais dans la protection des populations civiles ».

 

La France prise pour cible
Le premier détachement français débarque le 24 septembre 1982 dans le port de Beyrouth dans le cadre de l’opération DIODON I (24 septembre 1982 – 15 janvier 1983). Les opérations DIODON II (16 janvier 1983 – mai 1983) et III se succèdent jusqu’à la fin de l’été 1983.

A l’été 1983, les milices alliées à la Syrie se renforcent grâce au soutien de l’Union soviétique et l’intervention de l’Iran. Téhéran veut faire payer aux Occidentaux, les Etats-Unis et la France en particulier, leur soutien à l’Irak de Saddam Hussein dans le confit Iran-Irak.

Fin août, l’Iran lance la milice chiite Amal à l’assaut de Beyrouth-Ouest. La FMSB ne mord pas à l’hameçon. L’armée libanaise repousse seule les assaillants. Le 30 en fin d’après-midi, la chancellerie diplomatique, rue Clémenceau, est touchée par deux tirs d'artillerie. Trois légionnaires français appartenant au 2ème régiment étranger d'infanterie (REI), le caporal Robert A’Maiooro, les légionnaires Jean-Luc Peigney et Lionel Le Jeune, ainsi que le gardien de la paix Albert Payen, policier détaché de la Préfecture de police, sont tués.

Le déclenchement de combats dans le Chouf entre phalangistes et les Druzes soutenus par Damas inquiète Paris qui dépêche sur place le porte-avions Foch. Le lendemain, le 7 septembre, un obus frappe le QG français installé dans une aile de la Résidence des Pins. Le commandant du 7ème RGP, le lieutenant-colonel Pierre-Yves Sahler et son chauffeur, le caporal Jérôme Poux sont tués.

Le 22 septembre, une position de légionnaires français est bombardée. Bilan, quatre blessés. La France riposte. L’aviation frappe des sites d’artillerie dans le Haut-Metn sous contrôle syrien. Le lendemain, le poste Nathalie, situé tout près de la Résidence, est visé par des obus. Il y a quatre blessés. La France riposte à nouveau en bombardant des batteries syriennes utilisées par les Druzes près de Saoufar, dans le caza de Aley.

Un cessez-le-feu, parrainé par la Syrie, l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis, principale cible de l’axe syro-iranien, est décrété le 26 septembre sur l’ensemble du territoire.

 

DIODON IV
C’est à ce moment-là que débute l’opération DIODON IV, commandée par le général deux étoiles François Cann, commandant du groupement aéroporté (GAP) d’Albi.

Majoritairement composé d’appelés volontaires, le contingent français est composé de plusieurs unités de la 11e division parachutiste (DP), qui comprend le GAP et le 6ème régiment d’infanterie parachutistes (RIP), commandé par le colonel Paul Urwald. Un escadron de parachutistes de la gendarmerie nationale, le 9/11 para, accompagne le contingent.

La 3e compagnie du 1er régiment des chasseurs parachutistes (RCP), basée à l’époque à Idron, près de Pau, et la 2e compagnie du 9e RCP, basée à l’époque à Pamiers, en Ariège, font notamment partie du 6e RIP. Ces deux unités avaient déjà été mandatées de 1979 à 1982 pour renforcer la Force Intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).

La France, l’Italie et les Etats-Unis se partagent Beyrouth et sa banlieue. Les troupes américaines sont stationnées autour de l’aéroport dans la partie sud de la capitale. Les Italiens contrôlent la banlieue sud de Beyrouth jusqu’au camp de Chatila. Les soldats français sont, eux, déployés au cœur de la ville, des deux cotés de la ligne de démarcation.

Depuis DIODON III, le dispositif français est réparti sur 40 postes autour de six îlots principaux : les camps palestiniens au sud, l’ambassade de France, la chancellerie, la Résidence et le Bois des Pins, le carrefour Tell Zaatar à l’est, et les axes de liaison.

 

implantations fra,çaises au Liban 1983
Carte tirée du livre 'Les paras sacrifiés' de Frédéric Pons

 

Le poste Irma change de nom
La 3e compagnie du 1er RCP débarque à Beyrouth le 27 septembre 1983 à 6h30 par la mer. Elle est accueillie par le capitaine Jacky Thomas, commandant de la 3e compagnie, et le sous-lieutenant Alain Rigaud, déjà sur place.

La compagnie prend ses quartiers au poste Irma, dans un ancien hôtel, rue des Nations Unies, situé dans le quartier de Jnah, dans la banlieue sud-ouest de Beyrouth, à quelques encablures de l’ambassade d’Iran. Un parfait poste d’observation du secteur. Composé de deux blocs en L séparés par un escalier principal, l’immeuble de huit étages surmonté d’un abri est percé d’impacts de projectiles.

C’était un ancien repaire des services de renseignements de l’armée syrienne jusqu’en juin 1982, puis de l’armée israélienne jusqu’à qu’elle ne se retire. Avant l’arrivée des chasseurs parachutistes, le 17e régiment du génie parachutiste (RGP) avait dépollué le site. La zone autour du poste regorge de factions rivales chiites, druzes et palestiniennes.

Les paras remettent le poste en état. La première journée est consacrée au nettoyage des bâtiments. L’eau et l’électricité sont rétablies. L’entresol, où se trouvent trois cuves de fioul, pour le chauffage, est transformé en garage. 5000 sacs de sable sont montés dans les étages et sur le toit. L’adjudant Michel Moretto est chargé d’installer des barbelés pour barrer l’entrée du poste. Quelques jours plus tard, les sapeurs du 17ème RGP installent des amas de terre pour constituer des chicanes sur les trois routes menant au poste.

Les étages sont répartis de la façon suivante : la section de commandement Noir 0, commandée par l’adjudant-chef Omer Marie-Magdeleine, occupe le 1er et le 2ème étage. Le 3ème étage est occupé par la section Noir 1, commandée par le sous-lieutenant Rigaud. La section Noir 2, commandée par l’adjudant Antoine Bagnis, occupé le 4ème étage. Le 5ème étage est occupé par la section Noir 3, commandée par le lieutenant Antoine de la Bâtie. Les 6ème, 7ème et 8ème étages servent de postes de combat, en particulier pour les tireurs d’élite. Le rez-de-chaussée sud est occupé par un gardien libanais, Mohieddine Hamaoui, sa femme et ses cinq enfants. Le concierge est en contact avec le propriétaire de l’immeuble qui se trouve à l’étranger.

Trois véhicules de l’avant blindé (VAB) conduits par trois paras du 9ème RCP, le parachutiste de 1ère classe Patrick Tari, et les parachutistes Philippe Potencier et Denis Schmitt, sont mis à disposition du 1er RCP.

Le capitaine Thomas débaptise le poste Irma, le Drakkar est né.

 

drakkar octobre 1983

© ECPAD

 

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1 Commentaire (s)Réagir
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bernard hericher jeu 25/10/2018 - 19:27

Bonsoir. Vous avez fait un travail formidable de recherche et de mémoire. Je garde encore aujourd'hui une place très particulière dans mon coeur pour la population Libanaise. Des gens très attachants. Une volonté de vivre incroyable. Embrassez les de ma part.. Merci et bonne soirée. Bernard

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