Mardi 20 novembre 2018
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Alain Mabanckou : « Le français de demain, c’est l’Afrique »

Par Justine Huc-Lhuillery | Publié le 05/11/2018 à 08:15 | Mis à jour le 08/11/2018 à 20:18
Photo : prise de la page Facebook du Salon du livre francophone de Beyrouth
Mabanckou

L’un des auteurs majeurs de la littérature africaine, de passage au Liban à l’occasion du Salon du Livre 2018, présente son nouveau roman Les cigognes sont immortelles, qui raconte les souvenirs d’un enfant congolais dans les années 1970. L’écrivain porte un regard critique sur la francophonie.

 

Lepetitjournal.com Beyrouth : Vous portez viscéralement l’histoire du Congo dans vos écrits. Votre dernier roman raconte l’histoire d’un Congolais pendant la disparition du président Marien Ngouabi. Pourquoi avoir choisi de parler de cette période aujourd’hui ?
Alain Mabanckou : Je pense que les années 70 sont une période importante pour l’Afrique, avec tous ses Etats devenus communistes. Cette période a changé le visage de l’Afrique. Jeune adolescent à ce moment-là, j’estimais nécessaire d’en parler dans mes romans. C’est une période majeure pour les relations entre l’Afrique et l’Europe, entre le Congo et la France, mais aussi entre les différentes formes de bouleversement de la vie sur le continent africain.
 

les_cigognes_sont_immortelles_alain_mabanckou_0.jpg

Votre ouvrage raconte l’histoire violente d’une famille divisée par les luttes communautaires, et entre le nord et le sud. Pourquoi l’avoir raconté avec des yeux d’enfant ?
Je voulais rester dans le sens chronologique des choses. Le pari était de redevenir un enfant pour raconter cette histoire, à la hauteur de la vérité et de la réalité. La figure de l’enfant me permettait d’avoir une certaine proximité et une certaine naïveté avec cette période. Il y a beaucoup de mémoire, complétée par quelques recherches. Cela illustre ma réalité, celle des gens autour de moi, et l’histoire de cette période.

 

Que vous évoque un pays comme le Liban sur le plan historique, littéraire par rapport à la francophonie ?
Le Liban m’a toujours évoqué les grands écrivains comme Alexandre Najjar ou Amin Maalouf que j’apprécie. Le Liban est une fenêtre dans le monde oriental, une fenêtre à travers laquelle on entend les échos d’une langue française riche et en mouvement. C’est un pays que je ne connais pas mais je suis sensible à cet univers.

 

Vous êtes sensible à la question de la francophonie, et particulièrement à son rôle et son besoin d’évolution dans les anciennes colonies françaises. Cette francophonie a-t-elle le même rôle au Congo qu’au Liban ?
La question de la francophonie est la suivante : il y a d’un côté la francophonie institutionnelle et de l’autre, la francophonie culturelle. Pendant longtemps, on a privilégié l’institution. Il est peut-être temps qu’on recentre la francophonie sur la question de la culture, de la langue. Comme je le dis toujours, le problème de la francophonie, c’est que parmi ses membres surtout africains, 80% de ces pays sont des dictatures… La francophonie va-t-elle continuer à engraisser ces dictatures ou alors s’éloigner de celles-ci où les peuples pourraient se parler sans passer par le prisme de la politique.

Mes critiques sont souvent axées sur l’aspect politique de la francophonie qui est vieillot et colonial, qui donne l’impression que la France est en tête de cette francophonie alors qu’elle en est un membre comme les autres.

Il faut donc repenser les modes de sélection ou d’élection des dirigeants de la francophonie. Les bonnes idées ne ressortent pas. Ce n’est qu’un défilé de politiciens, là où je voudrais voir des artistes, des cuisiniers, des journalistes, ceux qui font vivre, enseignent et diffusent la francophonie. Dans la plupart des gouvernements africains, il n’y a pas de ministère de la francophonie.

 

Selon vous, quelles initiatives sont nécessaires pour faire évoluer la francophonie de façon positive ?
Il faut exiger que les membres de l’Organisation internationale de la francophonie aient dans l’esprit qu’elle incarne la liberté, l’échange, et qu’elle n’est pas une marmite dans laquelle certains dirigeants essaient de pérenniser leur pouvoir à l’extérieur. Tout le problème se trouve concentré sur le continent africain. Le français de demain, c’est l’Afrique ; or l’Afrique n’est pas libre. Comment peut-on avancer dans la francophonie si, à l’intérieur de celle-ci, les peuples qui sont censés être francophones sont encore privés de liberté d’expression, vont en prison et ont des présidents qui restent 30 ans au pouvoir ?

 

Nous vous recommandons

Justine Huc-Lhuillery

Justine Huc-Lhuillery

Captivée par les trames et les drames de la scène politique, je souhaite en comprendre les mécanismes. Mon enquête commence par le Liban.
4 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Kriss mer 07/11/2018 - 00:24

Oh comme vous avez raison ! Toute l’Histoire de la France fait ressortir de la vieille métropole France son éternelle incompréhension de sa richesse à l’international! La France, son sol, sa langue, sa culture, est un phénoménal capital international de la pensée générale mais elle est trop lourde à porter pour nos élites franchouillardes, jacobines, parigotes ! Le capital accumulé d’expérience est indéniablement là et il a été partagé avec l’Afrique mais pour aller plus loin , ailleurs, valoriser ce capital aujourd’hui? Rien ! Le système français a été incapable de valoriser cet acquis car personne n’est sorti des salons parisiens de l’hexagone! Incapable aujourd’hui de faire valoir ses valeurs France pour son peuple, sa langue, la progression de sa culture et l’Afrique y est incluse qu’on le veuille ou non. Elle a fait ce qu’elle a pu mais ce continent aurait pu être un pilier pour défendre « une certaine autre idée » de la voie économique internationale car la question fondamentale est là ! Incapables d’exploiter ce filon de notre Histoire plus largement que centralisé à Paris, envahi de parvenus diplômés de grandes écoles, de jacobins politicards orgueilleux, de copinage d’intérêts financiers. Vous voudriez faire de la langue française une passerelle internationale avec ces minus ? Nous sommes aujourd’hui risibles de cette snob fatuité qui se pavane sur 2 km2 de rive gauche! Quand de plus les mêmes élites au lieu de revoir les erreurs de notre passé démolissent plus encore notre Histoire en pleurnichant continuellement de repentance sur des faits irrémédiables d’Histoire des hommes et non de la France seule ! Toute notre Histoire internationale est truffée de dédain de « quelques arpents de neige » au loin, si loin de Paris! Combien de désinformation sur le fait que l’Afrique indépendante est tombée d’une simple colonisation par l‘étranger dans une double colonisation bien pire par elle-même en dictatures et nous par dessus! Dans ce camouflage perpétuel des évidences historiques comment voulez-vous alors qu’on comprenne cette nécessité de partager nos valeurs chez nous avec celles des autres chez eux mais pas celles des autres chez nous qu’on ne pourra jamais comprendre « parce qu’ils sont eux parce que nous sommes nous ». Comment comprendre que ces autres civilisations, cultures, pensées, langues différentes n’en sont pas moins valables que les nôtres sinon plus, car vierges encore de modernité délétère? L’Afrique est une source de réflexion par ses mille différences, nos mille expériences avec elle à cause ou grâce à la colonisation peu importe qui nous a fait comprendre la même langue, mille avantages entre elle et nous pour l’avenir, pour faire réfléchir le monde ! Or nous déconsidérons la valeur des africains chez eux en ne faisant rien pour qu’ils y restent, chassent les dictateurs, les nôtres ! conservent leurs racines et bâtissent leurs sols comme ils l’entendent pour nous démontrer qu’un monde différent peut exister celui simplement d’une nature humaine différente! La pire forme de racisme est de ne pas le comprendre et ainsi centraliser une francophonie coloniale jacobine muette sur la réalité ! La francophonie dans le sens le plus large aurait du être depuis longtemps une force commune de pensée agissante dans le mouvement mondialiste ! Or il n’en est rien ! Pourquoi ? Si l’Afrique est à 80% sous dictatures, la vieille France est elle à 100% sous double dictature, des politiciens français véreux et au dessus l’EU interlope tout autant ! La francophonie est donc là simplement pour amuser la galerie démocratique!

Répondre
Commentaire avatar

Kriss mar 06/11/2018 - 23:42

«… francophonie.. vieillot et colonial, qui donne l’impression que la France est en tête de cette francophonie alors qu’elle en est un membre comme les autres…. repenser …sélection..élection des dirigeants. Les bonnes idées ne ressortent pas. Ce n’est qu’un défilé de politiciens.. le problème .. ses membres 80% sont des dictatures… La francophonie va-t-elle continuer à engraisser ces dictatures ou alors s’éloigner de celles-ci où les peuples pourraient se parler… » Oh comme vous avez raison ! Toute l’Histoire de la France fait ressortir de la mémère métropole France son éternelle incompréhension de la richesse France à l’international , réelle hier ou qu’on lui prête aujourd’hui, peu importe, cette valeur existe et elle existe grâce au passé! La France aujourd’hui dont son sol, sa langue, sa culture, est un phénoménal capital international de la pensée générale est trop lourde à porter pour nos élites franchouillardes, jacobines, parigotes ! Le capital accumulé d’expérience est indéniablement là et il a été partagé avec l’Afrique! Alors pour aller plus loin , ailleurs, affermir sa culture, son audience, sa langue pour obliger la mondialisation à partager aujourd’hui autre chose que la mondialisation économique? Rien ! Anachroniquement le système français et ses hommes de décisions ont été incapables de valoriser cet acquis. Personne n’est sorti des salons parisiens de l’hexagone où on n’en discutaille que pour valoriser son snobisme! Incapable aujourd’hui de faire valoir ses valeurs France pour son peuple, sa langue, la progression de sa culture et l’Afrique y est incluse qu’on le veuille ou non, et aujourd’hui ce continent est un pilier pour défendre « une certaine autre idée » de la voie économique internationale car la question fondamentale est là! . Incapable d’exploiter ce filon de notre Histoire, plus largement que sa centralisation parisienne, filon envahi de parvenus diplômés de grandes écoles, de jacobins politicards orgueilleux, de copinage d’intérêts financiers. Nous sommes aujourd’hui risibles de notre fatuité qui se pavane sur 2 km2 de rive gauche! Et vous voudriez faire de la langue française une passerelle internationale vous avec ces minus ? Quand de plus les mêmes élites au lieu de revoir les erreurs de notre passé démolissent plus encore notre Histoire en pleurnichant continuellement de repentance sur des faits irrémédiables d’Histoire des hommes durs, irrémédiables du monde dur et non de la France seule coupable! Nous seuls pleurnichons alors, pendant que les autres prennent les places internationales. Nous sommes des rigolos, voilà tout ! Toute notre Histoire internationale est truffée de dédain de « quelques arpents de neige » au loin, si loin de Paris! Combien de nos enfants savent aujourd’hui que les USA auraient pu avoir le Français comme langue national, combien de nos enfants se voient désinformés sur le fait que l’Afrique indépendante est tombée d’une simple colonisation par l‘étranger dans une double colonisation bien pire par elle-même en dictatures et nous par dessus! Dans ce camouflage perpétuel des évidences historiques comment voulez-vous alors que nos loustics autoproclamés élites comprennent ce qui se passe à l’international aujourd’hui, la mondialisation qui nous enveloppe, la nécessité de partager internationalement nos valeurs chez nous avec celles des autres chez eux et pas celles des autres chez nous qu’on ne pourra jamais comprendre « parce qu’ils sont eux parce que nous sommes nous ». Comment comprendre que ces autres civilisations, cultures, pensées, langues différentes n’en sont pas moins valables que les nôtres sinon plus, car vierges encore de notre modernité délétère? L’Afrique est une source de réflexion par ses mille différences, nos mille expériences avec elle à cause ou grâce à la colonisation peu importe, mille bienfaits entre elle et nous pour l’avenir, pour faire réfléchir le monde ! Or nous déconsidérons la valeur des africains chez eux en ne faisant rien pour qu’ils y restent, conservent leurs racines et bâtissent leurs sols comme ils l’entendent pour nous démontrer qu’un monde différent peut exister celui simplement d’une nature humaine différente! La pire forme de racisme est de ne pas le comprendre et ainsi centraliser une francophonie coloniale jacobine alors qu’elle appartient par évidence historique encore et encore à ceux dont l’Histoire bonne ou mauvaise a fait qu’il en est ainsi ! La francophonie dans le sens le plus large est une force qui devrait réunir une communauté de pensée agissante dans la folie mondialiste ! Or il n’en est rien ! Pourquoi ? Simple, certains ne le veulent pas ! Oui, Il n’y a pas que l’Afrique qui soit à 80% sous dictatures, la vieille France est elle aussi sous double niveau de dictature, des politiciens français véreux et au dessus l’EU interlope tout autant ! La francophonie est donc là simplement pour amuser la galerie démocratique! Rien de plus !

Répondre
Commentaire avatar

Fabrice mar 06/11/2018 - 12:34

https://lirelafrique.wordpress.com Notre objectif N’EST PAS d’inonder l’Afrique de livres occidentaux, notre objectif N’EST PAS de remettre Martine fait du ski aux enfants africains. Notre objectif est de FAIRE CONNAITRE le livre africain aux africains (mais aussi aux occidentaux), notre objectif est de conter, de raconter, de mettre en valeur l’oralité et les sublimes écrits d’auteurs africains, de maisons d’éditions africaines.

Répondre
Commentaire avatar

Albert jeu 08/11/2018 - 14:15

Fabrice, vous avez tort de penser que l'idée d'inonder l'Afrique de livres occidentaux nous offusquerait, bien au contraire, nous avons besoin de ces livres des grands classiques Français, nous avons besoin aussi d'être saturés par la littérature française! Fabrice, il y a parmi nous des amoureux de la langue française grâce à Victor Hugo, à Voltaire, à Rousseau, à Corneille, à Molière, à Bossuet... Fabrice, nous aimons simplement cette langue française, par sa beauté, son rythme, sa musique... Nous sommes des millions d'Africains qui n'ont aujourd'hui que le français, rien d'autre, même pas leur dialecte ou langue vernaculaire!

Répondre

Rubriques partenaires

Logo partnaire Logo partnaire