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ÉNERGIES RENOUVELABLES – l’Allemagne, un modèle, vraiment ?

Par Adrien Filoche | Publié le 23/05/2018 à 11:46 | Mis à jour le 23/05/2018 à 12:27
Energies renouvelables, Allemagne, France

Chantre de la transition énergétique, l’Allemagne est souvent perçue comme un modèle. Avec un paysage énergétique composé d’un tiers d’énergies dites renouvelables, le pays d’Angela Merkel a de quoi faire rougir la France, qui peine à atteindre la barre des 20 %. Cependant, malgré des efforts notables, la décarbonisation allemande semble trop lente pour espérer atteindre les objectifs fixés pour 2020… 

Le 1er janvier 2018, pendant une heure, l’Allemagne a pu couvrir l’ensemble de ses demandes en électricité grâce aux énergies renouvelables. Une grande première pour le pays d'Angela Merkel, où les énergies renouvelables ont produit 33,3 % de l'électricité totale en 2017. À titre de comparaison, en 2006, les énergies renouvelables ne représentaient que 6 % du paysage énergétique allemand. 

 

Transition énergétique, le modèle allemand 

Réputée pour être en avance dans le domaine du développement des énergies renouvelables, l’Allemagne est souvent prise en exemple. En septembre 2010, le gouvernement a publié une feuille une ambitieuse feuille de route énergétique (« Energiekonzept »). Parmi les principaux objectifs, figurait celui de réduire de moitié la consommation d’énergie primaire d’ici à 2050 et d’atteindre le seuil de 60 % d’énergies renouvelables dans la consommation d’énergie finale du pays. Élément déclencheur majeur, l’accident de Fukushima en 2011 oblige la chancelière Angela Merkel à revoir sa position sur le nucléaire. Le gouvernement modifie ainsi sa trajectoire, avec un « phase-out » (arrêt total de la production nucléaire) prévu au plus tard en 2022. 

‘’Laboratoire de la croissance verte’’. Voilà comment l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) qualifiait l’Allemagne dans un rapport de 2012. Entre 2000 et 2016, le pays d’Angela Merkel a énormément investi dans les énergies renouvelables afin d’enclencher une audacieuse transition énergétique (energiewende en allemand). Le bond est assez spectaculaire puisque l’Allemagne passe de 7 % à 30 % de l’électricité produite à partir des énergies renouvelables sur cette période, même si les investissements dans le secteur fléchissent à partir de 2009. 

Dans la course à la transition énergétique, l’Hexagone peut prendre exemple sur la foulée agile du voisin allemand. En France, l’objectif national annoncé lors de la COP 21 de porter la part des énergies renouvelables à 32 % pour 2030 semble déjà hors de portée. Le dernier Panorama de l’électricité renouvelable (rapport annuel dressé par Enedis, RTE, l’ADEeF et le Syndicat des Énergies Renouvelables) publié en février 2018 démontre que la part de ces énergies a diminué, avec 18,4 % pour l’année 2017 contre plus de 19 % en 2016. Une baisse qui s'explique par la chute de la production hydroélectrique (-18% par rapport à 2016), principal contributeur de l'électricité renouvelable.

Au niveau mondial, le secteur a pourtant le vent en poupe, avec des records battus dans le solaire ou l’éolien, respectivement 32 % et 10 % d’augmentation en 2017 selon l’IRENA (l’Agence internationale de l'énergie renouvelable). 

 

Le charbon durable allemand

Élève modèle et émérite de l’Europe, l’Allemagne n’échappe pourtant pas aux nombreuses difficultés résultantes du processus de transition énergétique. ‘’Malgré un exceptionnel développement de ses énergies renouvelables, l’Allemagne est en passe de manquer les objectifs qu’elle s’était fixés dans sa transition énergétique lancée en 2011. Aujourd’hui l’horizon s’est obscurci. L’Allemagne paye sa production énergétique au prix fort, le prix de l’électricité pour les petits consommateurs ayant plus que doublé entre 2000 et 2013’’, détaille une note d’analyse du Commissariat général français à la Stratégie et à la Prospective.

Autre point noir au tableau allemand, l’énergie fossile constitue toujours environ 80 % du mix énergétique. Dans les détails, le charbon (NDLR : le lignite est aussi une roche composée de carbone) représente près de 40 % de sa production d’électricité totale. L’Allemagne n’est donc pas si blanche. Mais est-ce que le processus enclenché de sortie du nucléaire vient gonfler ce chiffre, comme on l’entend souvent ? Ce n’est pas l’avis des Décodeurs du journal Le Monde. Selon eux, cette action n’entraîne pas une hausse de la consommation de charbon mais plutôt une baisse de sa réduction. Pour autant, le problème reste critique : la courbe peine à fléchir malgré des objectifs ambitieux. 

gaz effet de serre, France, Allemagne

D’ici 2020, le pays souhaite réduire de 40 % ses émissions par rapport à 1990. Or, à deux ans de la date butoir, l’échec est attendu. ‘’On aurait pu atteindre l’objectif si on s’y était pris à temps’’, estime Claudia Kemfert, chercheuse dans le domaine de l’énergie.

émissions de CO2, UELe pays reste ainsi le plus gros émetteur de CO2 de l’UE, avec 23 % des émissions totales à lui seul, loin devant le Royaume-Uni (11 %), l’Italie (11 %) ou encore la France (10 %). Outre-Rhin, l’électricité est toujours trop dépendante des combustibles fossiles (lignite, charbon, gaz et fioul). La décarbonisation, trop lente, inquiète et sème le doute quant à la faisabilité des objectifs fixés. Bien évidemment, il existe divers éléments à prendre en compte, comme celui du poids de l’énergie fossile dans l’économie allemande. Mais comme souvent, pour les gouvernements, qu’ils soient allemand ou français, le choix est entre économie et environnement laisse bien souvent un seul privilégié. 

Tout de même active et engagée, l’Allemagne a accueilli en novembre 2017 la Cop 23, passée quelque peu inaperçue après la très attendue et médiatisée Cop 21. Malgré des brèves d’initiatives proposées, aucun leadership politique capable de remplacer les Etats-Unis n’a véritablement émergé de la Conférence de Bonn. Mais encore une fois, il est essentiel de rappeler que pour chaque problème global, des approches et des solutions globales sont nécessaires. Un pays, seul, ne peut donc endosser le rôle écrasant de modèle, ni être pointé du doigt comme unique bouc émissaire.

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Adrien Filoche

Étudiant en Mastère de Journalisme spécialisation Internationale à Nice, je suis depuis janvier 2018 au sein de la rédaction de Paris du petitjournal.com
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