Édition internationale

MAISON DE FRANCE – Les employés se mobilisent contre la vente du bâtiment

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 mai 2013

L'annonce de la mise en vente de la Maison de France, située sur Ku'Damm, pour cause de restriction budgétaire sur l'immobilier français à l'étranger, a suscité l'incompréhension des employés de l'Institut Français. Représentés par les membres du comité d'entreprise, ils ont décidé de s'opposer à cette décision et au projet de déménagement de l'Institut Français dans les locaux de l'Ambassade de France, en lançant une pétition et créant une page facebook "Nein Zur Schliessung des Maison de France" afin de mobiliser le plus de monde possible.

Deux jours avant l'annonce officielle par l'Ambassadeur de France en Allemagne, Maurice Gourdault-Montagne, de la mise en vente la Maison de France, et du projet de déménagement de l'Institut français dans les locaux de l'ambassade, un communiqué rédigé par les employés circulait déjà pour exprimer leur désaccord face à ce choix.

Représentés par les membres du comité d'entreprise, les salariés de ce centre culturel français, situé dans le quartier de Charlottenburg, se mobilisent depuis deux semaines pour exprimer leur désaccord face à cette décision prise par l'Etat Français dont l'argument économique n'est, selon eux, justifié par aucun chiffre. "La vente de la maison de France a été décidée pour des raisons économiques, mais on ne nous a présenté aucun chiffre démontrant les véritables retombées financières que pourraient avoir cette vente", déclare Béatrice Monvoisin, membre du comité d'entreprise de l'Institut Français. "La base du problème est plus lié, selon nous , à l'Ambassade qu'à la Maison de France, dont le bâtiment a été récemment rénové par le biais d'un autofinancement et dont les résultats, que ce soit pour les visiteurs de la bibliothèque comme pour le nombre d' élèves des cours de Français, sont en constante progression depuis ces quatre dernières années, confie la représentante des salariés, nous pensons que des solutions peuvent être trouvées ailleurs pour financer les travaux de l'Ambassade".

Dès le lendemain de la conférence de presse tenue par l'Ambassadeur, le 23 avril dernier, afin de présenter le projet de vente et de déménagement de l'Institut Français, une pétition était créée sur le site change.org afin d'alerter l'ensemble des personnes concernées par cette décision, dont les visiteurs et clients les plus fidèles. "Nous avons récolté 4.000 signatures en l'espace de 10 jours dont la majeur partie proviennent d'Allemands", explique Béatrice Monvoisin.
Car ce que craignent la plupart des salariés, c'est de voir la fréquentation, qui n'a cessé de progresser ces dernières années (la médiathèque, par exemple, est passée de 50.000 prêts de livre par an en 2008 à 85.000 en 2012), chuter violemment la première année du déménagement. "Nous avons fait l'expérience par deux fois d'un déménagement de l'Institut, commente Thomas Trieu, en charge de la coordination des cours de français pour les professionnels, et nous avons toujours constaté qu'il nous fallait un minimum d'un an pour retrouver une clientèle fidèle et nombreuse". Selon les statistiques établis par l'Institut Français, la majorité des visiteurs réguliers de la Maison de France vivent dans le quartier de Charlottenburg, et même si ce transfert à l'Ambassade pourrait, par sa situation plus centrale, attirer une autre clientèle, les salariés avancent deux arguments contre ce déménagement. D'une part, l'environnement peu attractif de l'Ambassade située dans un quartier ministériel, touristique et hautement sécurisé et d'autre part, le problème justement lié au système sécuritaire.  

(Ambassade de France sur la Pariser Platz)

L'institut est un lieu ouvert à tous et libre d'entrée, et nous voulons qu'il le reste ainsi, commente Béatrice Monvoisin, mais si nous ne disposons pas de système sécuritaire, c'est la porte ouverte à d'éventuels attentats visant l'institut Français, comme cela a été le cas en 1983 lorsque le Consulat avait ses bureaux dans la Maison de France", poursuit-elle. A ces arguments, s'ajoutent celui du manque de visibilité qui demanderait encore plus de temps à l'Institut pour se refaire une clientèle.

Le flou des chiffres
Et quand la question des chiffres se pose, à savoir combien devrait rapporter la vente de la maison de France à l'État Français, le maintien de l'ensemble des emplois ou encore le nombre de mètre carré qui seront mis à disposition dans l'Ambassade, aucune réponse concrète n'a été jusqu'à maintenant donnée aux employés. "Nous ne sommes tenus au courant de rien, nous savons que nous allons perdre en surface mais de combien exactement, rien n'a été affirmé", explique Béatrice Monvoisin. Mais ce qui est d'ores et déjà une certitude, c'est que les 3.000 m2 d'espace dont dispose actuellement l'Institut seront fortement réduit dans les locaux de l'Ambassade, et que des cours de Français pourraient être supprimés faute de place et/ou d'élèves. "Aucune assurance n'a été donnée aux professeurs dont le statut d'indépendants rend leur situation très incertaine au sein de l'Institut si le déménagement a lieu", explique Thomas Trieu, qui affirme avec certitude que ce projet conduira à une réduction des cours et de ce fait du nombre de professeurs indépendants travaillant pour l'Institut.

La crainte du pire
Même si l'ambassadeur a assuré lors de la conférence de presse que l'Institut Français ainsi que la présence de la culture française seraient maintenues coûte que coûte en Allemagne et à Berlin, la plus grande peur des employés est de voir à terme ce pôle culturel français devenir une antenne puis disparaître. "Nous sommes certains que les bons chiffres que nous avons réussi à atteindre aujourd'hui pâtiront de ce déménagement et si l'Institut français est trop déficitaire, il pourrait par la suite être fermé", confie Thomas Trieu.
La décision définitive de vendre la maison de France sera prise en fonction du rapport que rendra la commission du Ministère des Affaires Étrangères, venue faire un état de lieux de la situation lundi et mardi dernier. "Nous n'avons pour le moment eu vent d'aucun résultats suite au passage de cette délégation, affirme Béatrice Monvoisin, mais nous avons encore l'espoir de pouvoir influencer cette décision car nous ne sommes pas du tout convaincu des effets positifs de ce déménagement, ce que nous pouvons largement prouvé par les chiffres et le soutien de nombreuses personnalités qui s'opposent à ce projet de mise en vente".

Anaïs Gontier (www.lepetitjournal.com/Berlin) lundi 13 mai 2013

A relire:

http://www.lepetitjournal.com/berlin/accueil/actualite/149786-institut-francais-fin-d-une-epoque-a-la-maison-de-france-et-debut-d-une-autre-a-l-ambassade

Savoir plus :

https://www.facebook.com/pages/Nein-zur-Schliessung-des-Maison-de-France/244519002352723?fref=ts

https://www.change.org/de/Petitionen/nein-zur-schliessung-des-maison-de-france

icone carré
Publié le 12 mai 2013, mis à jour le 13 mai 2013
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Sujets du moment

Flash infos