"A mi-chemin entre l'échoppe d'un fou et une boutique de design" : c'est par ces mots que Jean-François Kempenich, un Francais installé à Berlin depuis 15 ans, décrit la Lampisterie, son magasin de luminaires
Reflets d'un collectionneur (photo. Marie Norre)
C'est vrai que le magasin a un petit air de cabinet de curiosités. La vitrine de la Greifswalderstraße ne manque de retenir les passants, surtout à la nuit tombée, quand les dizaines de lampes qu'elle expose sont allumées. Ces objets du quotidien semblent prendre une autre dimension.
Les enfants sont fascinés et poussent leurs parents à entrer. Et à l'intérieur, c'est une véritable caverne d'Ali Baba : les deux pièces du magasin, déjà bien fournies, ouvrent sur l'atelier de Jean-François, plein à craquer de lampes qui attendent d'être restaurées ou même transformées.
Sur les marchés aux puces ou les foires spécialisées, le propriétaire de la Lampisterie dit qu'il n'achète que ce qui lui plaît, même s'il apprécie de rendre beau un objet qui ne l'est pas forcément au départ. Pour ce touche-à-tout venu à Berlin par l'armée, resté pour l'art, le magasin est d'abord le reflet d'une passion, transmise par un ami lui aussi "lampiste".
Clientèle hétéroclite
Et ses goûts sont variés : si, en bon collectionneur, il a des pièces mascottes, comme cette lampe en peluche orange vive, le reste est tout de même plus classique et couvre tout le vingtième siècle. Les prix sont très variables (entre 10 euros pour une petite lampe de chevet à 300 euros pour les lustres précieux), sa clientèle hétéroclite : un couple de trentenaires demandent le prix d'un luminaire des années 20, tandis qu'une jeune fille revient plusieurs fois, pour finalement choisir une lampe de bureau rouge au charme très seventies.
Selon Jean-François Kempenich, le dénominateur commun, c'est "l'envie d'avoir chez eux quelque chose d'unique". Patient, il conseille, explique, montre : "Emmenez-la chez vous, regardez si ca vous plaît, n'hésitez pas à la ramener".
Nostalgie
Le luminophiliste avoue avoir parfois du mal à se séparer de certaines pièces. Ses clients aussi apparemment : il arrive qu'on entre dans sa boutique pour lui demander de "sauver" une lampe mal en point. "Ce sont des objets du quotidien, fait remarquer Jean-François, ils sont fortement ancrés dans la vie des gens".
Lui qui vend aussi des objets publicitaires anciens raconte que des gens d'un certain âge s'arrêtent parfois devant les cendriers ou les pichets Ricard : "Il y avait les mêmes dans les cafés quand on est partis en voyage de noces en France !"
Au capharnaüm de la Lampisterie, en plus des lampes qui s'entassent, ce sont aussi des atmosphères qui se croisent, des époques qui se rencontrent, et une passion qui n'est plus solitaire.
Marie NORRE. (www.lepetitjournal.com - Berlin) jeudi 22 novembre 2007
La Lampisterie. Greifswalderstraße 195. Berlin-Prenzlauer Berg.
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