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LE JOUR OU LE MUR EST TOMBE - Témoignages et photos de ce moment historique

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 novembre 2014

Le 9 novembre 1989, Monika et Jive, un couple allemand vivant à Berlin Ouest ont vécu cette nuit du 9 novembre 1989 portés par l'euphorie sans savoir si cela était un rêve ou la réalité. L'artiste française Nicole Montéran, installée à Berlin depuis 1967, était également présente comme bien d'autres français. Ils ont accepté, pour lepetitjournal.com de Berlin, de revenir sur ce jour historique en nous livrant leur témoignage ainsi que quelques photos que nous vous montrons dans différents panoramas. Bon voyage dans le temps.

Monika et Jive, le couple berlinois

Le 9 novembre 1989, le mur est tombé. Frontière entre l'Est et l'Ouest pendant près de 20 ans, barrière séparant les familles et mur de la honte, la chute du mur est désormais le symbole de la liberté retrouvée des Berlinois. Monika et Jive habitaient à l'Ouest de la ville et ont raconté leur à l'époque, ont raconté cette nuit. Ils y étaien

A 19h, le flash-info à la radio résonne comme une bombe pour les Berlinois, les citoyens de la RDA peuvent désormais voyager à l'étranger. Günther Schabowski, membre dirigeant du Politburo en RDA, bredouille quelques mots lors d'une émission télévisée et change tout sans le vouloir. Il donne le feu vert pour l'écroulement du mur.
Lorsque Monika et Jive entendent cette phrase, notre première pensée fût pour notre famille que nous n'avions pas vue depuis si longtemps. J'ai tout de suite pensé que tout le monde serait enfin réuni pour l'anniversaire de ma belle-mère mi-décembre.

Mais à ce moment précis, nous ne réalisons pas encore l'ampleur de ces quelques mots et reprenons donc nos activités. Vers 22h, nouveau flash-info. De plus en plus de gens essaient de franchir le mur. A la télé, on voit une géante cohue envahissant Berlin et le maire de l'époque, Walter Momper, doit même se rendre sur place. Sur toutes les chaînes de télé, partout les mêmes images, des milliers de Berlinois occupant les rues. Plus de doute, quelque chose est en train de se passer. Nous échangeons un regard, prenons nos manteaux et l'appareil photo pour rejoindre la foule. Nous avions compris que cette nuit ferait l'Allemagne.

Le métro est surpeuplé. En chemin, nous croisons les soldats qui ne servent plus à rien. Impuissants, ils regardent la foule ne demandant même plus les passeports. L'euphorie envahit Berlin, les gens rient, dansent, pleurent, boivent du champagne et s'étreignent sans même se connaître. Nous arrivons à attraper un taxi qui nous conduit à Invalidenstrasse où Walter Momper va tenir un discours. La foule encombre les rues, les politiques improvisent des discours, tout va tellement vite…

Des masses énormes de Berlinois de l'est rejoignent l'ouest. Des trabbis, voiture typique de l'est, traversent les rues acclamées par la foule. Il n'y a plus d'habitant de l'Est ou de l'Ouest ce soir, mais un peuple uni qui célèbre leur liberté recouvrée. Nous arrivons enfin à aller du coté est, chose autrefois interdite pour certains Wessis, et courons dans les rues sombres de Berlin Est qui n'ont aucune enseigne lumineuse.

A la Porte de Brandbourg, ancien no man's land, la foule est impressionnante, on peut même l'apercevoir d‘Unter den Linden. Mais cette ambiance joyeuse devient un peu inquiétante lorsque les blindés de la milice populaire nationale et les canons à eau se joignent au décor. Tout le monde se demande ce qu'il va se passer. Ce moment n'est-il qu'une simple illusion ? Un moment de répit où la liberté s'offre à vous juste pour une soirée ?

La rumeur dit qu'à 2h les frontières se refermeront. Pourtant, les Berlinois sont déjà à donner des coups de marteaux et de burins sur le mur. Jive mitraille la scène avec son appareil photo tandis que j'envisage de rejoindre les autres sur le mur. J'avais tout simplement peur de monter dessus et je n'avais absolument aucune idée de comment faire pour grimper sur ce mur si haut ! Pas le temps de réfléchir, je me retrouve en haut du mur soulevée par la masse humaine. Là-haut c'était l'euphorie, alors que les hauts-parleurs de la police « priaient » de descendre du mur.

Le lendemain, nous nous sommes demandés si nous n'avions pas rêvé. Mais non, quelques jours plus tard Helmut Kohl, Willi Brandt et Dietrich Genscher étaient devant l'Hôtel de ville Schöneberger pour tenir un discours et des milliers de Berlinois erraient dans la ville à la recherche d'un nouveau logement, pour découvrir cette autre partie de Berlin dont ils ne savaient rien, ou tout simplement pour retrouver leur famille.

Texte et photos recueillis pas Clémence Bergeron-Durand

 

Nicole Montéran, une artiste française installée à Berlin depuis 1967  

Je devais naître à Alger, mais ai vu le jour fin 1942 en pleine deuxième guerre à Montpellier. Je vins à Berlin pour la première fois en 1966, y resta a partir de 1967. Lorsqu´en 1989 le mur tombait, je vivais déjà depuis 22 ans à Berlin Ouest.
J´avais crée une famille, mes deux enfants avaient alors 17 et 13 ans. Déjà depuis quelques mois je savais que de l´autre coté du mur, il y avait eu la et autre part des… « Unruhe » que l´on peut traduire par tensions, agitations, troubles, tumultes, émeutes, soucis, alarmes,…
Ce mercredi du 9 novembre, je n´ai pu croire la radio, et France Inter. Il parlait de la Bornholmerstrasse…les gens passaient de l´Est à l´Ouest, plus de mur …c´était absolument Incroyable !
Je pris mon vélo pour aller voir. Partout des trabis (voitures de l´Est), des gens surexcités, des fleurs, des gens heureux, s´embrassant, riants, une affolante joie d´être, de se toucher pour se sentir après si de longues années enfin réunis, l´Est et l´Ouest, tous « Allemands ». Faut dire que ce mur avait annihilé, coupé, séparé tant d´amour, de joies, de membres d´une même famille, de copains, d´amis…. Alors, moi française, née pendant une guerre, je sentis l´importance de cet instant. Je voulus voir, vivre ce moment et je pédalais, je pédalais à travers les arbres et dans ce matin brumeux et gris du 10 novembre 1989 sur mon vieux vélo à travers la Tiergarten en direction de la place de Potsdam. Par France Inter, je savais qu´une grue devait ouvrir à cet endroit le « mur ». C'était alors un terrain vague avec de rares arbres, une étendue barrée par le mur qui la traversait.
Vendredi 10 novembre 1989.
Cinq ou 6 heures, la-bas à la Potsdamerplatz, je ne sais plus vraiment l´heure exacte, seulement qu´il y avait une foule de gens et au milieu une énorme machine avec un petit tuyau de cheminée et des gens dessus., plein de gens, plein de personnes avec des appareils photos… grimpés dessus. Marche avant, marche arrière, la machine va d´avant en arrière, petite cheminée crache une fumée noire, la machine et celui qui la conduit, il secoue tous ces gens, il veut aller travailler, il veut se débarrasser de tous ces gens qui l´entoure, qui l´enserre et l´empêche de partir et d´aller travailler. Le tuyau envoie des jets de fumée noire, je photographie, Walter Mompert, le maire de Berlin, arrive, son écharpe rouge autour du cou, clip, clip, je n´arrête pas de prendre des photos, mille photos…tout ça sans fin…ai -je enclenché mon film ? malheur non, je croyais avoir fait de bonnes photos c´est raté, bon, je remets un négatif, maintenant ca marche…La grue enlève le premier segment du mur, les gens afflues, Est Ouest, tumulte, je ne comprends plus où suis-je ? je photographie, je marche vers l´Est, me retrouve brusquement dans la grisaille, de vieille poubelles sales fumantes et des maisons dont les murs sont trouées de vieilles balles, des rues vides, une ou deux voitures garées, vert pomme ou bleue pales, je rebrousse chemin, je ne comprends plus rien.
Les gens s´embrassent, se touchent, trinquent, questions : où peut-on acheter un jean ?

L´Allemagne est réunifiée mais aujourd´hui et cela après 25 ans, il y a toujours et encore une différence,

il y a ceux de l´Est et ceux de l´Ouest.

Texte et photos recueillis pas Anaïs Gontier 

 
Notes sur les photos :

Le Mur de Berlin 1961-1989
Deux Murs : celui de l´Est et celui de l´Ouest.

Celui de l´Ouest.
Jusqu´à 1985, seulement des graffitis.

Puis en 1984-85 la première peinture, une conception,… en face de la Betanienhaus
Par Christoph Bouchet et Thierry Noir « Hommage à la Fontaine ». 

Alors Christoph Bouchet s´engage et proteste,
il prend un marteau piqueur et fait un trou dans le mur. Un Vopo le surveille d´un mirador. Il prend un petit bout du mur et le transporte symboliquement dans sa valise au- dessus du mur dans un voyage aérien au –dessus de la RDA.

Il faut savoir faire la différence entre le mur de l´Est et celui de l´Ouest.
De peindre celui de l´Ouest jusqu´à 1989 est le signe d´une action politique

De peindre une partie de celui de l´Est après 1989 n´a pas la même dimension.
Kani Alavi et son frère proposaient alors à des artistes comme moi, contre une rétribution de 400,-DM une surface de ce mur à peindre, qui fût ensuite la future East Side Galerie !

 La rédaction de Berlin (lepetitjournal.com/Berlin), vendredi 7 novembre 2014

 

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Publié le 6 novembre 2014, mis à jour le 7 novembre 2014
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