BON À SAVOIR – Les Allemands et l’Eiscreme : une longue histoire d’amour

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 17/06/2015 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 15:27

Une glace en plein hiver ? Quelle drôle d'idée ! C'est pourtant courant en Allemagne. On l'associe souvent à la chaleur des pays méditerranéens, mais le dessert est particulièrement apprécié chez nos amis germaniques, qui n'attendent pas les beaux jours pour en profiter. Un amour qui vient de loin?

En terrasse ou à emporter, hiver comme été, les Allemands portent un amour inconditionné à la crème glacée (Eiscreme) ; au point que les Eiscafés et autres marchands de glaces sont désormais des éléments incontournables du paysage urbain allemand. Avec une consommation de près de huit litres de glace par an, l'Allemand se montre plus gourmand que les habitants du Sud de l'Europe, Italie comprise, et génère un marché lucratif qui s'élevait à deux milliards d'euros en 2013. Mais comment expliquer un tel appétit pour les glaces dans un pays au climat pas toujours très clément ?

 

Crédits: Mintberry

Une douceur naturellement venue d'Italie
L'histoire remonte aux années 1800, lorsqu'une vague d'immigration italienne s'est installée en Allemagne. Il s'agissait de travailleurs saisonniers du nord de l'Italie, originaires de la région du Veneto, appartenant à l'époque à l'Empire des Habsbourg. Travaillant dans l'industrie du bois, ils furent amenés à migrer lorsque de nombreux orages ont détruit la prospérité de ce commerce. Ils se sont alors naturellement déplacés vers le nord de l'empire, l'Autriche, la Hongrie, les Pays-Bas et? l'Allemagne.

Une partie de ces immigrants italiens ont décidé de se lancer dans la production de glace. A cette époque, le sucre était une denrée rare, et la crème glacée, un luxe réservé aux riches et aux nobles. Bien qu'ils ne soient pas les inventeurs de la glace à proprement parler (la recette aurait déjà été connue des Grecs, des Perses et même des Chinois), les Italiens ont une manière bien particulière de confectionner leur gelato. A base de lait entier, d'?ufs, de sucre et d'arômes naturels, le dessert est rapidement devenu prisé des Allemands.

L'industrie de la glace a connu un réel boom dans les années 1930, l'amitié politique entre les deux pays facilitant la migration et l'essor des glaciers italiens dans les villes allemandes. Bien que la Seconde Guerre mondiale ait provoqué le retour de nombreux immigrants en Italie, les vendeurs de glace ont continué à connaître du succès, particulièrement dans l'est de l'Allemagne dans les années 1950 et 1960. Sous la tutelle communiste, c'est la touche méditerranéenne de la douceur italienne qui a séduit les jeunes gens.

 

De l'art de la crème glacée
Tout au long du XXe siècle, l'Eiscreme s'est donc progressivement ancrée au menu des Allemands. La plupart des 4 000 glaciers du pays sont encore tenus par les descendants italo-allemands des migrants du siècle dernier. Bien plus qu'une boule dans un cône, la crème glacée est devenue une véritable forme d'art pour les chefs allemands, qui ont par exemple popularisé la "glace-spaghetti".

Tristement, la grande majorité des glaces produites aujourd'hui en Allemagne sont industrielles. Une poignée d'artisans glaciers continue cependant à s'attacher à la confection artisanale héritée des Italiens. S'adaptant à l'évolution des tendances, on voit à Berlin fleurir le marché des glaces bio et vegan, sans arôme artificiel ni colorant, sans lactose ou encore à base de lait de baobab.

Pour s'offrir un instant de délice après le travail ou partager un moment en famille, la douce fraîcheur de la glace continue de réunir les Allemands ; peut-être davantage que la salade de pommes de terre !

En bonus et en prévision des beaux jours d'été à venir, quelques indications linguistiques pour faire le bon choix ! :
Eis = glace
Kugel = boule
Vanille = vanille
Schokolade = chocolat
Erdbeere = fraise
Joghurt = yaourt
Zitrone = citron
Haselnuss = noisette
Himbeer = mûre
Sahne-Kirsch = cerise à la crème

Das ist lecker ! (C'est délicieux !)

Sarah Diep (www.lepetitjournal.com/berlin) jeudi 18 juin 2015

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