Édition internationale

VISITE DE LA PRISON STASI - Des conditions de détention poussant à la folie

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 septembre 2014

Entre quatre murs... Et rien, rien d'autre que la présence des gardes qui ne cessaient leurs contrôles. Pour visiter l'ancienne prison, Stasi mieux vaut ne pas être claustrophobe. Une visite dans le respect de la mémoire des détenus parfois encore vivants. Tous traités de manière inhumaine et souvent enfermés sur de fausses accusations parce qu'ils dérangeaient.

Deux heures dans l'enfer carcéral. Le site, finalement pas si vieux que cela, a été conservé tel qu'il était lors de son activité ce qui renforce le réalisme des scènes décrites. Escorté d'un guide, la visite commence par une remise dans le contexte par l'intermédiaire d'un film de 30 minutes. Nommé « Le centre de la terreur », le court métrage revient sur la création de l'endroit mais dessine également plusieurs portraits de détenus.
Une atmosphère particulière règne entre les bâtiments froids de l'ancienne prison. Le guide bien que courtois ne peut, par ce qu'il a à nous apprendre, réellement détendre l'atmosphère.



Les premières cellules visitées sont les plus anciennes et donc les pires puis qu'aucune loi n'exigeait un minimum d'humanité... Les prisonniers kidnappés ou jugés à tort sont conduits dans des cachots de quelques mètres carrés. Avoir une fenêtre est en option mais ce n'est pas forcément une chance selon notre guide qui explique de ne pas en avoir permet de perdre plus facilement la notion du temps. Les interrupteurs situés à l'extérieur des cellules sont en permanence sur on, les détenus ne savent donc pas si le soleil s'est levé ou non.

Une des plus anciennes cellules. Le pot posé à droite était celui qui servait aux détenus à faire leurs besoins.

Les cellules sont des petites pièces vides. A peine entrée à l'intérieur, l'envie de ressortir prend le dessus. Elles ne disposent généralement pas de quoi s'allonger. Seul un pot, destiné à servir de toilette passait de cellules en cellules... Pour se laver, un bol d'eau était apporté aux plus chanceux chaque matin mais cela pouvait très bien n'être qu'une fois tous les deux semaines voir moins. Ce manque d'hygiène amenait souvent les détenus à vouloir se couper les cheveux afin de se sentir un peu moins sale. Ayant également des problèmes de ventilation, certains faisaient le choix de ne plus parler afin d'économiser l'air frais de leur cellule.

Les cours servant aux sorties des détenus. Ceux ci venaient ici seuls afin de les empêcher d'avoir le moindre contact avec quelqu'un d'autre qu'un garde. Pour communiquer les détenus frappaient sur les murs des cellules, une fois pour A et 26 pour Z.

Condamnés à vivre
Après avoir navigué dans plusieurs allées de ce type de cellules, nous passons par la cour centrale pour accéder à des configurations de détention plus récentes. Après les cachots, les chambres de plusieurs détenus avec un lavabo semblent presque accueillantes.

50 Cellules construites plus tard que les premiers cachots en raison de la création de lois imposant un minimum de confort.

Un détail frappe en montant les étages, de solides grillages sont installés au sein des cages d'escaliers afin d'empêcher les suicides. Poussés à bout par des séances d'interrogatoires interminables pouvant durer toute la nuit, les prisonniers ne tentaient pas de s'échapper...

Grillages anti suicides installés dans les cages d'escaliers.

Etant tous majoritairement des intellectuels ou des artistes et, non des criminels aguerris, ils savaient leurs tentatives vouées à l'échec. En revanche, nombreux sont ceux qui, dépressifs ou ayant des accès de folie, souhaitaient mettre fin à leur jour. Les cellules étaient contrôlées toutes les 5 minutes, aucun détenu n'a donc pu mourir volontairement dans cette prison.

Salle d'interrogatoire type. Très sombre, les rideaux étaient toujours fermés afin que les détenus ne puissent pas voir l'extérieur.

Le dernier bâtiment visité abrite les salles d'interrogatoires. Toutes identiques au millimètre près, elles sont composées d'un bureau, d'un téléphone et d'une table destiné à accueillir le détenu. Si en cellule les prisonniers devaient dormir les mains en évidence pour ne pas être réveillés, leur position en interrogatoire était également codifiée... Ils ne devaient pas bouger sous peine d'être frappés ou pire que l'on prolonge leur séance de questionnement.

Ce site ayant environ 75 ans, de nombreux anciens détenus sont encore en vie ? Les paroles du guide retransmettent cette émotion particulière de cette douleur encore vive pour ceux qui ont connu ces murs. Après deux heures dans cette enceinte de torture, ressortir à l'air libre est loin d'être désagréable. Cette visite est l'occasion de revenir sur l'histoire de la Stasi mais aussi de réfléchir à l'éthique des conditions de détention et plus largement au rôle l'univers carcérale actuel.

Anaïs Guérard (www.lepetitjournal.com/Berlin) jeudi 4 septembre 2014

Savoir Plus :

http://www.stiftung-hsh.de/
Visites en allemand de novembre à février du lundi au vendredi à 11h, 13h et 15h.
Samedis, dimanches et jour fériés de 10h à 16h toutes les heures.

De mars à Novembre : du lundi au vendredi toutes les heures de 11h à 15h. Samedis, dimanches et jours fériés de 10h à 16h toutes les heures.

Visites en anglais : mercredi, samedi et dimanche à 14h30.

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Publié le 3 septembre 2014, mis à jour le 4 septembre 2014
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