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LIRE - Leni Riefenstahl, un siècle et un an d’ambition

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Morte en 2003 à l'âge de 101 ans, Leni Riefenstahl laisse derrière elle une ?uvre cinématographique au goût amer. Les Editions Jacqueline Chambon publient une biographie qui tente de percer le mystère de la réalisatrice attitrée d'Adolph Hitler qui prétendit toute sa vie ne rien comprendre en politique

Leni Riefenstahl, vraie naïve?

Elle était belle, Leni Riefenstahl. Une beauté brune aux yeux sombres. Qui plus est talentueuse, ambitieuse, énergique, de quoi faire tourner la tête de bien des hommes. Et à en croire la biographie de Steven Bach, des têtes, elle en a fait tourner. Ne l'appelait-on pas la "Crevasse des montagnes"à cause des ses nombreuses liaisons? Oui, c'est ainsi que l'auteur la présente: une manipulatrice sachant user de ses charmes pour parvenir à ses fins, une opportuniste assoiffée de reconnaissance chez qui tout repentir était étranger, une artiste qui jusqu'à sa mort affirma ne pas avoir saisi le contexte idéologique de ses ?uvres.

Des images à la gloires de l'Empire allemand
Naïveté ou réécriture de sa propre histoire? Etait-il possible qu'elle n'ait pas perçu dans ses documentaires La victoire de la foi et Le triomphe de la volonté (sur les congrès du parti nazi à Nuremberg), Le jour de la liberté (sur la Wehrmacht) ou encore Les dieux du stade (film officiel des Jeux olympiques de Berlin en 1936) une participation active à la construction du mythe hitlérien ? Car ces images en noir en blanc dégagent une esthétique saisissante, elles glorifient le Führer et font croire à la grandeur de l'Empire allemand. Quant à ses angles de vue et son traitement du mouvement, ils présentent des innovations techniques qui placent Leni Riefenstahl parmi les pionniers du cinéma mondial. Selon le biographe, elle pouvait se le permettre, car d'une part elle était bien entourée, d'autre part n'ayant aucune connaissances techniques, elle était libre d'expérimenter.

Une vocation manquée d'actrice
Steven Bach poursuit : en réalité Leni voulait surtout devenir actrice. Dans les années 20, elle avait fait diverses apparitions plus ou moins remarquées au cinéma, s'était dirigée elle-même dans La lumière bleue (afin de se donner un rôle digne d'elle), film qui n'avait pas reçu le succès escompté, et elle caressait l'espoir de réaliser une Penthésilée dans lequel elle aurait incarné la reine des Amazones. Les documentaires de propagande n'étaient qu'une parenthèse, un boulot alimentaire susceptible de lui assurer une notoriété grâce à laquelle elle aurait trouvé un rôle dans une grosse production. Cela ne s'est jamais produit.

Des remords malgré tout
A la fin de la guerre, le Tribunal l'ayant juste qualifiée de "compagnon de route"du régime nazi, elle a pourtant été réhabilitée à exercer sa profession. Mais sa réputation ne facilitait pas les choses. Dans les années 70, elle a migré en Afrique pour photographier des tribus lui offrant de nouveaux visages guerriers. Une Wehrmacht naturiste, comme l'a défini Susan Sontag qui a désigné l'?uvre photographique de Leni Riefenstahl de "troisième volet d'un triptyque fasciste". A la fin de sa vie, l'actrice frustrée s'est consacrée à la réalisation de documentaires sur les poissons. Le silence des profondeurs sous-marines était peut-être seul capable d'étouffer les remords qui, à lire ses mémoires entre les lignes, n'ont pas manqué de la tarauder.
Céline ROBINET. (www.lepetitjournal.com/berlin.html) lundi 16 juin 2008

Leni Riefenstahl, Une ambition allemande, de Steven Bach, traduit de l'américain par Manuel Tricoteaux, Editions Jacqueline Chambon, Mai 2008

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Publié le 16 juin 2008, mis à jour le 13 novembre 2012
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