INSOLITE – Berlin, patrie du chessboxing

Par Lepetitjournal Berlin | Publié le 27/06/2007 à 02:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 11:09
Les deux disciplines reines du duel combinées pour un choc de titans, c'est le pari du chessboxing. A Berlin, où ce sport nouveau est apparu il y a 4 ans, un championnat s'est tenu samedi. Reportage au bord du ring, où l'on découvre que les timides boxeurs peuvent aussi être des joueurs d'échecs acharnés

Haletants, les joueurs délaissent les gants de boxe et s'affrontent au mental (Photo. Tim Daugs)

L'alliance peut sembler improbable. La boxe anglaise et les échecs rassemblés en un seul tournoi. Un effort physique intense suivi d'un effort mental intense. Cette idée insolite, à l'origine imaginée par Enki Bilal dans son album Froid Equateur (1992) est devenue réalité grâce à un amoureux des deux sports, Iepe Rubing. Cet artiste berlinois, néérlandais d'origine, organise en 2003 le tout premier championnat du monde de chessboxing (schachboxen en allemand). En 2005, il ouvre le premier club de chessboxing à Prenzlauer Berg. Depuis, d'autres tournois ont eu lieu à Amsterdam, à Tokyo, à Nantes et aux Etats-Unis. Pour Rubing, l'idée du chessboxing est d'arriver à une maîtrise complète de l'agressivité, en éprouvant la "dialectique du corps et de l'esprit".
Samedi dernier, un championnat opposait huit adversaires sur un ring improvisé en plein air, au Platoon, Weinmeisterstraße. Parmi les participants, deux Français s'affrontaient en catégorie poids lourds.

Mat ou K. O.
Ce qui frappe le spectateur d'un match de chessboxing, c'est le contraste. La mise en scène est la même que pour un grand match de boxe : un présentateur à la voix tonitruante, des filles en minijupes défilant entre chaque round, un arbitre vêtu de blanc au n?ud papillon discret? sauf qu'au milieu du ring, c'est une table carrée et un jeu d'échecs qui trône. Quelques grammes de finesse dans un monde de brutes. Les boxeurs, qui arrivent triomphants, ne jouent pas des poings d'entrée, la partie commence par un round d'échecs. Ces quatre premières minutes sont, dit-on, déterminantes pour la suite du match, car suivront à un rythme haletant 10 autres rounds, 2 minutes de boxe, 1 minute de pause, 4 minutes d'échecs, jusqu'à épuisement, K. O. ou échec et mat. Au total, chaque joueur d'échecs a 12 minutes pour gagner la partie, qui se joue en "blitz". La stratégie ne consiste pas seulement à penser un coup d'avance, elle joue sur l'enchaînement des disciplines et la capacité à gérer le changement de rythme. Au fur et à mesure des rounds, alors que la table d'échecs sans cesse replacée se couvre de sueur, le suspense est de plus en plus fort.

Après des semaines d'entraînement, les deux Français fêtent leur match au cigare... (Photo. Tim Daugs)

Les Français tiennent le ring
Sébastien Aubriot, étudiant français Erasmus à la Freie Universität de Berlin, a remporté son match, après plusieurs semaines d'entraînement intensif, aussi bien à la boxe qu'aux échecs : "J'ai mené aux échecs tout le temps, j'ai mis la pression, à la boxe j'étais un peu malmené. Il m'a poussé dans mes retranchements mais j'ai gagné grâce aux échecs. Ma stratégie c'était plus résister à la boxe et gagner aux échecs". David Steppeler, son adversaire, également français, avait plutôt misé sur la boxe pour gagner. Mat, il a dû abandonner la partie, alors qu'il lui restait un round de boxe. Pour lui, "ce sport a de l'avenir. Pour l'instant, il n'y a pas d'entraîneur de chessboxing à proprement parler, on a toujours deux entraîneurs. Du coup le niveau reste faible. Mais si on arrive à récupérer de bons joueurs dans leur deux disciplines, ça risque de devenir vraiment intéressant".
Cécile BOUTELET (www.lepetitjournal.com - Berlin) mercredi 27 juin 2007

Site du chess boxing club Berlin, club de Mitte - Prenzlauer Berg avec photos des chess-boxeurs
Site de la World Chess Boxing Organization
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