

Diffusé dans sa version longue ce soir sur Arte, Lady Chatterley a conquis le public et les professionnels français par son lyrisme et sa force d'expression. Invité lors de la Semaine du film français à Berlin, Hippolyte Girardot, alias Sir Chatterley, nous a confié ses impressions sur le film et son personnage
Dans le château des Chatterley, Constance coule des jours monotones, enfermée dans son mariage avec un homme froid, revenu infirme et impuissant de la Grande Guerre, enfermée dans l'immobilisme d'une petite vie bourgeoise. Mais l'arrivée du printemps et la rencontre avec Parkin, garde-chasse bourru et solitaire du domaine, vont bouleverser bien des choses?
La sublime Marina Hands illumine "Lady Chatterley"(Photo. Promo)
Une histoire de femme, tout naturellement
Lady Chatterley est la chronique de cette passion, d'une intimité qui se développe dans la sensualité. C'est aussi l'histoire de la métamorphose d'une héroïne, qui, de son cocon rigide et bourgeois, va s'éveiller à la nature, aux sensations, à la vie. L'histoire de deux "fugitifs"qui se libèrent l'un l'autre.
Loin de l'image sulfureuse qui accompagne souvent le roman de D.H. Lawrence, Pascale Ferrand, cinéaste rare et subtile, filme les corps et la sexualité comme la nature, d'une même manière directe et délicate, tout en simplicité. Et le film ne perd pour autant rien de sa profondeur. Derrière la passion du couple se dresse une barrière de classes que l'intimité ne parvient pas toujours à briser, posant aussi la question de l'émancipation de la femme dans l'Angleterre conservatrice des années 20.
Avec un film long sans être longuet, la réalisatrice maîtrise ainsi tout du long son sujet, parvenant à nous faire partager les émotions et le ressenti de ses personnages. Un petit chef d'?uvre, donc, 5 fois césarisé, qui sortira l'hiver prochain sur les écrans allemands et sera diffusé ce soir, en deux parties, sur Arte dans une version rallongée de 45 minutes.
Hippolyte Girardot: "Le film porte moins sur une passion que sur une libération"(Photo. Blandine Josselin)
Le film vu du château : Entretien avec Hippolyte Girardot
A l'occasion de la Semaine du film français pour laquelle le film était présenté, nous avons pu rencontrer Hippolyte Girardot, alias Sir Clifford, mari infirme et distant de Constance, sorte d'antithèse sociale et humaine à l'amant de Lady Chatterley. L'acteur français, dont la place n'est plus à faire dans le paysage cinématographique français, nous raconte le film "vu du château".
LPJ : Comment avez-vous abordé votre rôle dans Lady Chatterley ?
Hippolyte Girardot : Au début, le personnage ne me plaisait pas, c'était juste un mari dans un fauteuil roulant, trompé par sa femme. Mais ensuite, je me suis glissé dans la tête du personnage : Clifford est un lord, un patron, quelqu'un qui a du pouvoir, ce n'est pas une victime mais un héros de la guerre. Il se croit un homme très bien et tout à fait dans son droit, même s'il est froid et arrogant. En tant qu'acteur, jouer sur cette ambiguïté étrange, entre sa dépendance en tant qu'handicapé et le pouvoir qu'il incarne, est très intéressant.
LPJ : Le personnage de Clifford est très symbolique dans l'histoire. Quel est son rôle dans la transformation que vit Constance ?
H.G. : Clifford veut tout contrôler. Même s'il y a une forme de complicité entre lui et Constance, une certaine tendresse, leur relation s'organise autour de ce conflit : "tu es libre, ma chérie, mais voilà, jusqu'ici, jusque là? tu ne peux pas échapper à ta condition de Lady". Constance ne se libère pas facilement de cette emprise, le personnage de Clifford représente tout ce qu'elle va devoir surmonter pour se libérer et rejoindre Parkin, en particulier concernant la différence de classe.
LPJ : Pouvez-vous nous parler des différences entre la version cinéma et la version TV ?
H.G. : Au cinéma, on est souvent obligé d'aller à l'essentiel. En 3h30, la version télévisée permet davantage de fouiller les personnages, en particulier celui de Clifford. La relation de Constance et Clifford est beaucoup plus complexe dans la version TV, la construction de leur opposition plus explicite. C'est beaucoup plus difficile pour elle de se libérer. Même Parkin éprouve plus de difficultés à être avec cette femme.
Au cinéma, le film est plus direct, davantage centrée sur la passion. Pourtant, à mon avis, l'histoire porte moins sur une passion qu'une libération. C'est comme un nouveau monde qui s'ouvre à elle, cet aspect est beaucoup plus évident dans la version TV, qui insiste beaucoup plus sur le début de l'histoire. Il faut davantage de temps à Constance pour sortir du château, de l'hiver? C'est comme un papillon qui a besoin de davantage de temps pour déployer ses ailes?
Propos recueillis par Blandine JOSSELIN (www.lepetitjournal.com/berlin.html) vendredi 22 juin 2007
Lady Chatterley, de Pascale Ferrand, avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc'h, Hippolyte Girardot (2006)
Diffusion ce soir sur Arte, 1ère partie : 20h40, 2ème partie : 22h25












































