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CHRONIQUE NOCTURNE – Imaginez Sisyphe heureux

Écrit par Lepetitjournal Berlin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 19 juin 2013

Lepetitjournal.com/Berlin continue son petit tour d'horizon de la vie nocturne Berlinoise. Cette fois-ci, escale au Sisyphos, club "in" du moment situé en périphérie, à Rummelsburg, après, bien après Ostkreuz...Plongée dans un univers parallèle.



Ostkreuz, 4h30 du matin. L'obscurité commence tout juste à s'éclaircir, le ciel a viré du noir au gris anthracite. D'ici peu, il fera grand jour. Dans la plupart des villes du monde, cet instant rime avec fermetures des clubs, départ des premiers trains, retrouvailles avec son lit - ou découverte de celui d'une autre, qui sait- petites mines et esprits embrumés. Pas à Berlin. Ici, la nuit est en passe d'atteindre son paroxysme. C'est le cas au Sisyphos, en tout cas, qui semble pouvoir se remplir indéfiniment. On se bouscule encore devant l'entrée pour se frayer un chemin jusqu'au videur.


De l'extérieur, l'endroit ne ressemble à aucun autre. Derrière les hautes palissades en bois, on distingue le sommet de quelques constructions étranges, indéfinissables. On pourrait croire à une fête foraine désaffectée, ou un cirque servant de décor à un mauvais film d'horreur. Mais une fois à l'intérieur, on se laisse immédiatement happer par l'ambiance. Mêlant danses tribales, apéritif au soleil, voyage hippie et dérèglement de tous les sens, elle émane de chaque recoin, nous enveloppe et nous imprègne.

On tente d'abord de se frayer un chemin jusqu'au bar. On passe par un premier dancefloor, puis par un enchevêtrement de couloirs interminable menant à une deuxième salle. Elle est immense. Des centaines de corps s'y déhanchent sur un rythme endiablé. D'autres se pressent devant le bar. Les basses déchainent les passions. Il suffit de fermer les yeux, de laisser son corps se mouvoir tout seul et d'oublier un instant le monde extérieur. Les minutes passent sans qu'on s'en rende compte. Les lieux portent le nom de Sisyphe, mais à l'heure actuelle on pense d'avantage à Dionysos. A l'ivresse, aux chorégraphies débridées, à la folie, aux satyres et aux Bacchanales.

                

Régulièrement, un éclair de lumière révèle la déco pour le moins excentrique qui pend du plafond. Lampes biscornues, poupées à la mine grinçante, végétation exotique et stroboscopes géants.

5h et quelques minutes... On se dirige vers l'extérieur, histoire de goûter à la lumière du jour. Les rayons du soleil illuminent une scène irréelle. Des fauteuils en plus ou moins bon état sont disposés un peu partout. Ils servent de couche improvisée aux fêtards en manque de sommeil, de chambre d'hôtel aux couples d'un soir, ou tout simplement de ports d'escales, le temps de faire un break. Derrière eux, un petit étang avec au centre un ilot en bois. Des dizaines de fêtards y ont élu domicile, boivent des bières et font tourner des joints. En face, une scène qui abrite des concerts en début de soirée. Pour l'heure s'y produisent quelques numéros improbables. Un chanteur débraillé semblant tout droit sorti d'Orange Mécanique se lance dans une diatribe incompréhensible. A côté, un grand homme déguisé en clown jongle avec des bouteilles de bière. Sa démarche incertaine laisse présager le pire quant à l'avenir des dites bouteilles. Ce spectacle n'a pas l'air d'étonner grand monde : la plupart des spectateurs vaquent à leurs occupations sans leur prêter la moindre attention. Seules quelques paires d'yeux les dévisagent d'un ?il amusé.

                              

Un peu plus loin, des volutes de Marijuana s'échappent d'un miniwan Volkswagen qui n'a pas taillé la route depuis des lustres. Il côtoie le stand restauration, où il est possible d'acheter des parts de pizza préparées sur place. Idéal en cas de fringale à potron-minet. Entre deux bouchées, on lève les yeux vers l'immense camion qui occupe une partie de la place. La cabine et le toit sont squattés par des dizaines de fêtards pour qui la nuit n'est pas près de prendre fin.

Presque 10h. Le soleil oblige désormais à plisser les yeux. Il est temps de rentrer. Une nuit blanche s'estompe, bien d'autres suivront. Un week-end après l'autre. Un éternel recommencement. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Guillaume Renouard (www.lepetitjournal.com/berlin) mercredi 19 juin 2013

En savoir plus :

Sysyphos

Hauptstrasse 15

10 317 Berlin

http://www.sisyphos-berlin.net/

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Publié le 18 juin 2013, mis à jour le 19 juin 2013
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