

La bande dessinée a parfois, comme chez Marjane Satrapi, valeur de témoignage et mêle l'intime et l'Histoire. Elle peut aussi être un outil, un rempart contre l'oubli et offrir une entrée particulière sur un sujet grave et universelle.
Paolo Cossi n'est pas Arménien. De son propre aveu, il y a peu, il ne connaissait par grand chose de la tragédie qu'il a entreprit de mettre en images. Agé de 28 ans, il a déjà été remarqué en Italie avec d'autres histoires. Medz Yeghern est sa première publication en France. C'est un travail ambitieux et utile dont il faut saluer le courage.
Premier génocide du XXe siècle, le drame arménien est souvent ignoré ou dilué dans les horreurs de la première guerre. Pourtant, entre 1915 et 1916, la politique d'extermination menée par les autorités turques constitue bien un cas criant de crime contre l'humanité.
Devant l'ampleur de son thème, Paolo Cossi choisit de suivre le parcours de plusieurs personnages pris dans la tourmente. Là, un soldat échappe par miracle à une exécution sommaire et bénéficie de l'aide d'un jeune Turc. Ici, des femmes et des enfants sont déportés et contraints à une marche meurtrière vers le désert. Ailleurs, un Allemand tente de témoigner de ce qu'il voit. Partout, ce n'est que violences, tortures et déshumanisation. On dit des Arméniens qu'ils ont enduré toutes les morts du monde. Ils ont été un million sept cent mille à disparaître lors de ces massacres.
Utilité publique
On l'aura compris, la lecture de Medz Yeghern n'est pas exactement un moment de détente. C'est un moyen de se confronter à une mémoire douloureuse. L'extrême violence de certaines scènes interdit l'accès du volume aux jeunes lecteurs. La leçon d'Histoire est directe. La volonté de frapper est manifeste mais pas toujours très maîtrisée. C'est une des limites du travail de Paolo Cossi qui manque manifestement de maturité, y compris graphiquement, pour être tout à fait en adéquation avec son sujet. Ce n'est pas lui faire insulte que de dire qu'il est encore très loin d'un chef d'?uvre comme Mauss de Spiegelman.
Mais son travail n'en reste pas moins des plus recommandables, voire d'utilité publique à l'heure où le génocide arménien n'a toujours pas été reconnu par la Turquie.
Jean Marc Jacob (www.lepetitjournal.com) mardi 3 février 2009
Medz yeghern, le grand mal, Paolo Cossi (Dargaud), 144 pages, 9,50 euros
Le palmarès 2009 du festival d'Angoulême

- Fauve d'or, prix du meilleur album 2009 : Pinocchio, Winshluss (Les requins marteaux)
-Essentiel patrimoine : Opération Mort, Shigeru Mizuki (Cornélius)
-Essentiel révélation : Le Goût du chlore, Bastien Vivès (Casterman)
-Essentiel jeunesse : Le Petit Prince, Joann Sfar, (Gallimard)
-Essentiels du festival : Lulu femme nue, premier livre, Étienne Davodeau (Futuropolis), Le journal d'un ingénu, Emile Bravo (Dupuis); Tamara Drewe, Posy Simmonds (Denoël Graphic)
-Prix du public : Mon gras et moi, Gally (Diantre)
BR. (www.lepetitjournal.com 3/02/09)






































