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Madrid vs Barcelone : la terre, la mer et deux visions de l’Espagne

« Tu préfères Madrid ou Barcelone ? » Qui n’a jamais entendu cette question ? Chacun défend son camp, tire la couverture de son côté, rarement prêt à concéder le match nul. Car au-delà du football, qui divise déjà les cœurs, un autre terrain d’affrontement s’impose : le cadre de vie. D’un côté, Barcelone et son ouverture sur le grand bleu ; de l’autre, Madrid et ses poumons verts majestueux. Alors, qu’est-ce qui comble les coeurs : contempler la mer ou s’immerger dans la forêt ? Le duel des paysages peut commencer.

Une image composite où la Méditerranée de Barcelone rejoint les jardins et palais madrilènes, comme si la mer et le plateau se répondaient au crépuscule.Une image composite où la Méditerranée de Barcelone rejoint les jardins et palais madrilènes, comme si la mer et le plateau se répondaient au crépuscule.
Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Jeanne Rabaud
Publié le 12 février 2026

Première manche : l'horizon infini contre l'immersion impériale

Tout commence par une question de perspective : préférez-vous plonger votre regard dans l’horizon ou vous blottir sous la canopée ?

 

Banc en haut de la montagne en face d'une vue imprenable de a ville de Barcelone et de ses plages
@Jeanne Rabaud

 

À Barcelone, la réponse se trouve dans sa reconquête spectaculaire du littoral. Longtemps coupée de la mer par des zones industrielles et ferroviaires, la ville s’est ouverte au grand large à l’occasion des Jeux Olympiques de 1992, moment charnière qui a permis de réaménager la côte et d’intégrer de vastes plages et zones de loisirs dans l’espace urbain.

Aujourd'hui, le paysage est né d'une volonté moderne de "casser le mur" pour laisser entrer la Méditerranée dans le quotidien des Barcelonais. Le regard est sans cesse hypnotisé par des icônes comme l'Hôtel W, cette silhouette en forme de voile, ou le Poisson d'Or de Frank Gehry. Barcelone est plate, ouverte, presque horizontale, mais encerclée par des reliefs qui lui dessinent un écrin montagneux, du Tibidabo à Montjuïc. Un lever de soleil à Barcelone semble difficile à détrôner… enfin presque.

 

Top 5 des plages autour de Barcelone (plus calmes que la Barceloneta)

 

Casa de campo en coucher de soleil
@Jeanne Rabaud

 

Si Barcelone s’arrête là où l’eau commence, Madrid choisit une autre voie : celle de l’immersion dans une « mer de verts » profonde et historique. La capitale espagnole ne cherche pas l'évasion par le large, mais par une immersion totale dans l'un des patrimoines végétaux les plus denses au monde. Avec près de 300.000 arbres d’alignement, Madrid cultive une identité profondément végétale, améliorant la qualité de l’air autant qu’elle façonne son paysage.

Le cœur de Madrid pourrait bien être son fameux Parc du Retiro, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2021 avec le Paseo del Prado. Véritable musée à ciel ouvert, il s’étend sur plus de 120 hectares. Son Palais de Cristal fait de verre et de fonte, inspiré du Crystal Palace londonien, se reflète dans un étang bordé de cyprès chauves, au milieu d’allées de marronniers parfaitement taillées.

 

 

Le paysage madrilène est sophistiqué, ordonné, héritage direct de son passé de jardin royal réservé à la monarchie espagnole. Si la dernière saison de Bridgerton vous a donné envie de courir telle Sophie dans les allées du jardin, le décor madrilène saura vous combler.

 

 

Histoire de Madrid : le parc du Retiro

 

Mais cette opposition entre le bleu infini et le vert impérial ne s’arrête pas au centre-ville ; elle se prolonge dans les reliefs naturels entourant ces deux métropoles.

 

Deuxième manche : les sentiers de roche contre la forêt de poche

 

Pont de Mulhberg-Barcelone-Duel
@Jeanne Rabaud

 

À Barcelone, le décor se fend en deux, à la manière des eaux séparées par Moïse. D’un côté le premier poumon naturel, la colline de Montjuïc, offre une vue plongeante sur le port et ses jardins. Son autre poumon, la Serra de Collserola, vient dominer la métropole depuis ses 512 mètres, au Tibidabo. À seulement quinze minutes du centre en funiculaire, cette muraille verte plonge les habitants dans une forêt méditerranéenne sauvage. La balade est contrastée par la densité plus urbaine de l’Eixample.

Pour ceux qui veulent s’éloigner de la symphonie de la ville, les miradors du parc national permettent de respirer l’air pur de la montagne sans effort. Admirer la mer tout en ayant les pieds sur terre : pour nous la réponse est claire. Barcelone est la ville rêvée pour les indécis. Tout est là, offert sur un plateau… d’argent. Oui, d’argent, car certains diront que l’or revient à Madrid.

 

5 miradors urbains à Barcelone

 

Photo d'une grande étendue d'arbres à Casa de Campo à Madrid en plein cocher de soleil.
@Jeanne Rabaud

 

Lorsqu’il s’agit de vert, Madrid sait se défendre. Bien que Barcelone soit chouchoutée, la ville est souvent critiquée pour ses parcs certes majestueux, mais parfois secs et manquant de fleurs ou de pelouse. Madrid, elle, ne fait pas dans la demi-mesure. La Casa de Campo, avec ses 1.700 hectares, est un poumon forestier qui s’étend au cœur de la ville, cinq fois plus grand que Central Park. Après une journée de travail, s’y perdre suffit à oublier la ville, à se retrouver dans une forêt de pins et de chênes verts. Ici, le luxe, c’est le silence, la fraîcheur, la lumière filtrée par les feuilles. Tout près, pourtant, la ville continue de battre à plein feu.

 

 

Depuis le Teleférico, le panorama s’élargit encore. Le Palais Royal et la Cathédrale de l’Almudena surgissent au milieu des arbres, et derrière eux, les sommets souvent enneigés de la Sierra de Guadarrama ferment l’horizon. Madrid n’a pas la mer, mais elle a appris à créer ses propres rivages, à construire sa fraîcheur. Le Parque del Oeste devient un refuge, un lieu de coucher de soleil, de pique-nique ou simplement de respiration. Elle nous apprend à aimer les terres à leur juste valeur tout en étant assez curieux pour ne pas nous arrêter aux premières apparences.

 

 

Si ces espaces naturels massifs définissent l'identité des deux cités, c'est dans la réinvention de leurs berges que se joue aujourd'hui la bataille de l'urbanisme moderne.

 

Troisième manche : Des promenades pavées à l’oasis de biodiversité

 

Chemin de planches en bois menant vers la plage de Barcelone au coucher de soleil
@Jeanne Rabaud

 

À Barcelone, la mer n’est pas juste un horizon : elle traverse la ville. L’aménagement du littoral est devenu un équilibre subtil entre nature et urbanisme. De la plage de la Barceloneta, avec ses ruelles de vieux quartier de pêcheurs, jusqu’aux silhouettes futuristes de Poblenou, le front de mer déroule de larges promenades pavées. On longe des plages bordées de palmiers par milliers, on croise des terrains de volley, des cafés, des sculptures modernes. L’espace semble respirer, laissant l’air salé nous refaire un brushing de qualité. Ce point fort séduit beaucoup de cœurs lorsqu’il s’agit de faire un choix entre Barcelone et Madrid.

En effet, faute de littoral marin, Madrid a dû faire preuve de génie pour inventer son propre front d'eau en enterrant l'autoroute M-30 qui étouffait le fleuve Manzanares. Le projet Madrid Río a ainsi créé un ruban vert de 10 kilomètres de long, constituant l'un des plus grands chantiers paysagers d'Europe. Ce nouveau paysage urbain est une prouesse de design : on y croise des ponts futuristes en spirale (comme le pont d'Arganzuela), des plages de jets d'eau et des vergers. C'est la réponse moderne de Madrid au littoral catalan. Là où il y avait du béton gris, Madrid a créé une ville qui respire, qui invite à s’arrêter, à marcher, à regarder. Pas d’horizon infini, mais un paysage vivant, qui se découvre pas à pas, qui surprend, qui séduit. Bien que le manque d’eau puisse être reproché à la capitale, elle a su trouver de nouvelles alternatives. Malgré tout, l’été reste toujours plus plaisant les pieds dans le sable en sirotant un cocktail sucré.

Au final, le duel des paysages oppose deux sensations fondamentales. Barcelone offre la contemplation : le luxe d'avoir un horizon vide et changeant au bout de la rue. Madrid offre l'immersion : le privilège de se perdre dans des forêts historiques sans quitter la ville. Sable entre les orteils ou herbe fraîche sous les chaussures ? Le duel reste ouvert, car après tout, le plus beau paysage est souvent celui que l'on n'a pas.

 

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